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Musique

Mis en ligne le 29/05/2006

"Mines de rien"


Lorsque j’ai découvert la chanson italienne, c’était, si je ne me trompe pas, dans les années 60. Sur le lac Majeur, à Palanzza très exactement. J’y avais découvert Bobby Solo et son incontournable « Una lacrima sul viso ». A cette époque des premiers flirts et des slows langoureux, la voix de Bobby Solo me parut extraordinaire et au même endroit, je découvrais celle d’Adriano Celentano, mais dans un style nettement différent puisqu’il s’agissait de rock.
Dès cette époque, j’ai eu beaucoup de plaisir à écouter les chanteurs italiens dont il faut dire qu’ils sont nés dedans. C’est peut-être parce que je préfère entendre ces chanteur dans la langue de Verdi, de Toscanini ou encore de Caruso que je n’apprécie pas tellement (même si parfois ils sont excellents) nos chanteurs d’origine italienne lorsqu'ils chantent en français. J’ai l’impression qu’ils dénaturent leur talent.
Aussi, ai-je été très fortement surpris, enthousiasmé et même ému lorsque j’ai découvert «Mines de rien », le CD qui vient de sortir à l’occasion du « 60ème anniversaire des accords belgo-italiens sur le charbon » composé, écrit et interprété par un Italo-Liégeois Elio Visconti et chanté en français. Quel bonhomme ce Visconti…

Je ne savais pas qu’il chantait

Mais qui est Elio Visconti. En fait, je le fréquente assez régulièrement depuis maintenant près de 6 ans, car il est notamment attaché au cabinet du bourgmestre de Liège Willy Demeyer et s’occupe principalement des grands événements. Mais j’ignorais totalement qu’il était auteur, compositeur interprète. Je l’aurais sûrement encore ignoré si je n’avais reçu ce CD par hasard alors que je n’avais pu me rendre à la conférence de presse où il était présenté.

Elio Visconti, de son vrai nom Elio Tavolieri est né à Liège, le 12 octobre 1959 de parents immigrés italiens. Son père Antonio est arrivé à Liège en 1952, pour travailler dans la mine. Il y restera cinq ans, avant de devenir glacier, ce qu’il est toujours aujourd’hui. Antonio est aussi un excellent accordéoniste, il est réputé dans son village (Atina dans le Lazium) pour les sérénades qu’il joue à la demande des soupirants.
Quant à Elio, son enfance et son adolescence seront baignées de musique. Il chante l’Eglise, à la maison des jeunes, aux mariages, aux communions, aux anniversaires, à l’école, etc… A douze ans, il entre dans son premier groupe. A 16 ans, il est repéré par André Simons, auteur-compositeur-interprête important de l’époque, qui lui écrit deux chansons pour concourir au Festival de la chanson française de Spa. Elio est finaliste de la sélection de la RTB, mais se pose un problème autour d’une question d’âge. Finalement, Elio n’ira pas à Spa. André Simons présente un producteur à Elio, Roland Verloven, qui lui fera enregistrer son premier disque à l’âge de 17 ans. « Lei et Tellement femme », une face en italien et l’autre en français, avec un texte de Claude Lombart, la musique est signée par Elio.
Succès d’estime qui permet à Elio de faire ses premiers pas à la télévision, à RTL, dans l’émission de Valérie Sarn, « La Bonne Franquette ». Ce passage TV engendre de nombreuses sollicitations tant de la part des médias que des organisateurs de spectacle. Elio enregistre ensuite une des rares chansons qui ne soit pas de lui, puisqu’elle est signée pour le texte par Paul Libens et pour la musique par Jean-Marie Troisfontaines « Le chien de l’Italien ». Meilleure vente Belge, il occupe pendant plusieurs semaines la tête du hit parade de la RTB. Il devient un habitué de « Buona Domenica » l’émission en langue italienne de RTL, animée par Rocco De Primis, mais aussi de « Ciao Amici » de la RTB, animée par Francesca Adam. Entre temps, sur les conseils de Roger Darton, avec qui il participera à de nombreux spectacles au Trianon, et de Jeannine Robianne, il entre au Conservatoire Royal de Liège, ou il décroche un prix pour un monologue sur l’œuvre de Molière. Elio continue d’enregistrer des disques, de se produire sur scène, en Belgique mais aussi à l’étranger, France, Espagne, Portugal, ou il obtient un succès avec l’adaptation d’une de ces chansons qu’il chante en Portugais. C’est aussi l’époque, ou il se produit régulièrement au Canaries, plus exactement à TEN-BEL (Teneriffe-Belgique) ou il devient un des artistes francophones les plus apprécié. On lui proposera un contrat à l’année qu’il finit par refuser, préférant continuer sa route en Belgique. A cette époque, les spectacles, les animations (tournée loterie nationale, jeux télévisés et podium RTL et RTBF), les enregistrements se succèdent avec régularité. Il rencontre Philippe Dekeuqueler, avec qui il enregistre un medley de chansons italiennes célèbres que l’on entendra beaucoup dans le cadre du mondial de football de 1990. Ce medley est d’ailleurs intitulé « Italia 90 » et est enregistrés à la mode disco. L’exercice n’est pas la tasse de thé d’Elio, mais une collaboration avec les éditions 21 à Paris, qui s’occupent entre autres de « Rondo Veneziano » n’est pas à négliger. Ce qu’Elio veut c’est chanter ces chansons, il parvient d’ailleurs à insérer un air original de son crû dans le medley. Un conflit ce fait jour avec son producteur, les deux hommes s’adorent, mais ne sont pas d’accord sur la suite des événements, à savoir le type de chansons, le style à adopter. Pour Elio, nourri au terreau de la chanson française, un chanteur italo-liègeois, n’est pas forcement un chanteur de guimauves, ce qu’on voudrait lui voir faire, et encore moins un fabriquant de mauvaise « dance »….
Nous sommes début des années 90. Elio reçoit un appel du Secrétaire Communal de la Commune d’Ans qui lui propose une rencontre pour parler d’un spectacle et lui présenter un certain Michel Daerden, qui a besoin de quelqu’un pour organiser un spectacle sur le thème de l’Europe.
L’animation est un succès et Michel Daerden fait une proposition de collaboration à Elio, pour le développement des Relations publiques et des événements à Ans. L’homme à une fibre relationnelle évidente et de l’expérience dans le monde de l’organisation. Il s’adapte rapidement à son nouvel environnement et crée une série d’événements. La collaboration dure huit ans. En 2000, Elio rejoint l’équipe de Willy Demeyer qui accède au mayorat de Liège avec le même type de mission. Il est très présent dans l’élaboration de multiples événements qui se déroulent à Liège depuis six ans et participe au développement d’initiatives nouvelles comme le prochain festival rock de Liège « Les ARDENTES ». Mais dès qu’il peut revenir à la musique il ne rate jamais l’occasion, c’est comme cela qu’il a écrit une chanson pour Jean-Michel Saive (Love and sport ) , en 2005 il a remporté les prix de la meilleure chanson, de la Sabam et du public, au « Festival de la chanson italienne ».

Un CD absolument gratuit

Aujourd’hui, Elio Tavolieri qui a repris son nom de scène « Elio Visconti » nous fait le grand plaisir de sortir ce mini album de cinq chansons inédites consacré à l’immigration italienne issue des accords miniers de 46. Un cd réalisé sous forme d’hommage et de remerciement à son père.
Les cinq titres de l’album : « De nulle part », « Des Cendres », « Tomber à mon tour », « Naître et mourir » et « 1959 », ne peuvent vous laisser indifférents. Tout y est pour en faire un succès : une poésie bien écrite avec une musique qui porte les mots plutôt que de les couvrir comme dans beaucoup de nos chansons actuelles ; une interprétation puissante à certains moments, pour souligner une certaine rage, profonde à d’autres pour mettre en valeur une mélancolie de très bon goût. Et par-dessus tout ça (comme dirait Bécaud) on vous donne en étrenne, une vraie voix d’homme (cela devient rare dans la chanson française) qui n’a besoin d’aucun effet particulier tant elle est vraie et juste. Comme chantent tous les Italiens d’ailleurs.
Et ce qui ne gâche rien, c’est qu’il ne s’agit nullement d’une opération de promotion. En effet, le Cd qui a été tiré à 1500 exemplaires, avec le soutien de 17 sponsors dont la Ville et la Province de Liège, est destiné à être distribué gratuitement.
Vous trouverez « Mines de rien » à la Maison du Tourisme du Pays de Liège, place Saint-Lambert, lors de la Fête Nationale Italienne, le 2 juin prochain (au Consulat), à la « Journée italienne » le 11 juin à Blegny-Mine, en le demandant à la radio Hitalia (04.247.48.48) ou encore à la FNAC, dès le 2 juin. Le CD est entièrement gratuit.
On le trouvera également à l’occasion d’autres manifestations culturelles d’ici la fin de l’année.
Elio tient aussi à préciser et remercier l’aide qu’il obtenue auprès d’amis comme Alec Mansion, qui a mit son infrastructure à sa disposition, comme Carmelo Prestigiacomo, entre autres, guitariste-compositeur, membre du groupe « Vaya con dios » et Luc Baiwir.
Alors, dépêchez-vous, ce CD « Mines de rien » risque de devenir rapidement introuvable…





Gaston Lecocq