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Musique

Mis en ligne le 01/08/2005

Musiques classique et lyrique: la saison 2005 -2006 de l'Opéra Royal de Wallonie

Apothéose mais transition incertaine


Cinq représentations d’un opéra français du XVIIIème siècle (peu apprécié – c’est un euphémisme - par Wagner) : « Les Huguenots » de Meyerbeer (qui exposera des amours contrariées par des confrontations religieuses ces vendredi 17, mardi 21, jeudi 23 et samedi 25 juin à 19 heures et le dimanche 19 juin à 15 heures) clôturera au Théâtre Royal de Liège l’actuelle saison de l’Opéra de Wallonie. Mais ensuite ?

Que nous réservera le proche avenir?

Assurément une programmation brillante qui, préparée par quatre re-créations lors des trois précédentes saisons, s’ouvrira en apothéose par la double représentation de, cette fois, l’intégralité de la célèbre Tétralogie wagnérienne (en quatre samedis : les 17 et 24 septembre ainsi que les 1er et 8 octobre ou bien en onze jours : les 12, 15, 19 et 22 octobre).



En quête de l’anneau (Ring) des Nibelungen (qui étaient, dans la mythologie germanique, les nains, du Royaume de Nibelung, possesseurs de trésors souterrains ), la Cité ardente permettra, comme lors de Festivals à Bayreuth, la découverte de l’ensemble du prologue et des trois épisodes d’une saga musicale d’une durée totale de 15 heures (entractes déduits) : l’Or du Rhin (la photo), la Walkyrie, Siegfried et le Crépuscule des Dieux.
Les impressions ressenties lors des représentations de ce colossal monument de l’art lyrique s’avèreront exceptionnelles, tant en raison de la qualité des interprètes que du fait de la remarquable mise en scène de Jean-Louis Grinda (particulièrement ingénieuse notamment parce que l’excellent orchestre de l’O.R.W., placé sous la baguette de Friedrich Pleyer (la photo ci-dessous), sortira de sa fosse et sera élevé au fond de la scène, pour y symboliser le paradisiaque Walhala).



Il va évidemment s’agir de moments prestigieux de la vie musicale liégeoise qui atteindra ainsi des sommets que pourront nous envier bien des capitales (….même « culturelles »).
Dès novembre, la saison « normale » promet, elle, d’être équilibrée entre traditions et audaces et donc très intéressante. Verdi, Rossini et Ponchielli ramèneront chez nous (où elle est chez elle) l’Italie.
De Verdi, nous découvrirons sa Juliette : « Luisa Miller » qui nous viendra de Montpellier.
En février, Alberto Zedda continuera à nous faire partager sa passion rossinienne grâce à un spirituel « Comte d’Ory » produit à Pesaro.
Et, dans un an, Jean-Louis Grinda mettra en scène una « Gioconda » d’Amilcare Ponchielli, d’après Victor Hugo, avec notamment le ballet de l’Opéra de Nice. A propos, saviez-vous que le Directeur de cet Opéra est Liégeois ? Il se nomme Paul-Emile Fourny. Et, "rivnou amon nos autes", il mettra en scène, en avril, le célébrissime « Faust » de Charles Gounod.
Pour les fêtes de fin d’année, c’est une comédie musicale créée à Broadway qui sera reprise : il s’agit du « Titanic ». (photo ci-dessous)



Il y a cinq ans à Liège, elle était sans doute davantage « dans le vent » grâce au succès que venait alors de recueillir le remake cinématographique américain de ce naufrage.
Au début du printemps prochain, le duo Jérôme Savary, à la mise en scène, et Jean-Pierre Haeck à la direction de l’orchestre, fera, grâce à une opérette de Franz Lehar, danser huit fois les Liégeoises (et deux fois les Carolorégiennes), en rendant le goût de la vie à « La Veuve Joyeuse ».
En mai, l’ironique Mozart de « Cosi fan tutte » nous reviendra dans la mise en scène (contestable et cela reste heureux) de Philippe Sireuil.
Mes petites filles Suzon et Coline (en classes primaires d’immersion dans la langue de Shakespeare) devront m’expliquer l’opéra-fantaisie de deux anglais, le compositeur Oliver Knussen et l’écrivain Maurice Sendak : « Max et les Maxi-monstres (Where the Wild Things Are) » (rien que ma prononciation les fait rire).
Une maman envoie au lit sans souper son fils têtu qu’elle traite de monstre, avec, au Royaume des rêves, des conséquences imprévisibles…
Autre Royaume (imaginé par André Gide mais méconnu) : celui du riche Roi Candaule qui répugne à partager quoi que ce soit, même le bonheur. L’auteur de la musique et du livret sera pour nous, fin janvier, à découvrir : il s’appelle Alexander von Zemlinsky.
Nous pourrions encore évoquer le récital d’un Don Giovanni qui a séduit l’O.R.W. : Ludovic Tézier mais nous préférons insister sur deux aspects majeurs de l’activité d’une entreprise qui (sans parler des vedettes venues du monde entier) fait travailler à l’année, à temps plein ou partiel, plus de 250 artistes, employés et ouvriers : à savoir une dizaine de dirigeants, une septantaine de musiciens, près d’une soixantaine de solistes et de choristes, une septantaine d’accessoiristes, couturières, machinistes, techniciens, une quarantaine de membres du personnel de salle, d’entretien et de conciergerie, quelques administratifs, bref toute une équipe.
La première de ces réalités consiste dans l’attention constante portée à l’enfance et à la jeunesse : petit théâtre, maîtrise, partenariats avec les théâtres Arlequin, du Marais, de la Place, ou avec les Midis du Jazz, saison sur mesure pour les 8 à 26 ans, vraiment les initiatives sont multiples et de la meilleure veine. Par exemple, je vous recommande douze représentations du « Petit Prince », José Brouwers ayant fidèlement adapté et mis en scène le conte de Saint-Exupéry.
Le second aspect qui mérite insistance, c’est l’effort d’accessibilité à chacune et à chacun qui est réalisé par la diversité des formules d’abonnement et des prix d’entrée.
Passez, entre 11 et 18 heures, du lundi au samedi, au bureau d’accueil et de réservation de l’O.R.W.et vous serez surpris par l’éventail des choix qui vous seront proposés. Mais une difficile transition s’annonce.
Sous la plume du Ministre d’Etat, Philippe Monfils, président du Conseil d’administration de l’Opéra Royal de Wallonie, nous lisons dans le premier texte de la brochure de présentation de la saison 2005-2006, des propos comme ceux-ci : « …la remise en cause de ce prestigieux outil marquerait ( …) le repli et le déclin (….) la stabilisation de l’ORW (…) passe par un contrat programme établi pour plusieurs années, …. ».De tels mots ne sont pas utilisés à la légère.
En 2003, le Ministre de la Culture de la Communauté française, Richard Miller, prenait des engagements que son successeur Daniel Ducarme s’empressait d’oublier, avec autant d’insouciance que celle qu’il mettait à ne pas remplir ses propres déclarations d’impôts.
Les successeurs bruxellois des réformateurs continuent à estimer que l’opéra coûte cher à Liège, en oubliant que celui de Bruxelles est payé par tous les Belges trois fois plus.
La régionalisation tant des institutions culturelles fédérales que de la Communauté française elle-même nous paraît donc toujours constituer la seule manière pour les Wallons de ne pas être, une fois de plus, roulés dans la farine.
Cette revendication de bon sens qui fut celle, pluraliste, des initiateurs d’un mouvement comme « Wallonie, Région d’Europe » semble oubliée par trop de responsables ministériels et parlementaires de notre Région.

A Liège, 2006 sera une année charnière.

Pour faire beaucoup progresser notre Opéra, nous avons eu la chance de pouvoir compter sur un directeur général et un directeur musical qui, tels deux Obélix, étaient tombés dedans quand ils étaient petits.
Petit chanteur de Vienne, en ce qui concerne Friedrich Pleyer. Sa profonde culture musicale a naturellement imposé une cohérence, une homogénéité, une harmonie nouvelles à des musiciens qui doivent savoir se mettre au service de l’expression vocale.
A partir du début de l’an prochain, Patrick Davin, de retour de Bruxelles, sera appelé à le remplacer par intérim en tant que premier chef invité.
Le baryton Guy Grinda est inopinément décédé à Liège, à l’âge de 82 ans le 21 avril dernier. Il avait dirigé les opéras de Reims et, entre 1986 et 2002, de Toulon, bien après qu’une cantatrice lui ait donné un petit Jean-Louis qui ne fit pas seulement à Paris de bonnes études de gestion mais qui fut imprégné d’art lyrique dès son plus jeune âge.
Après avoir été l’adjoint du Bruxellois Paul Damblon, Jean-Louis Grinda lui succéda en 1996 comme directeur général de l’O.R.W. et, bientôt, celui qui allait devenir incontestablement le plus Liégeois des Monégasques se révéla, à tous points de vue, comme le responsable dont notre scène lyrique avait besoin pour s’imposer non seulement en Wallonie et dans l’Eurégio mais aussi en vue d’excellentes coproductions européennes.



Jean-Louis Grinda (la photo) vient d’accepter de prendre au début de l’été 2007 la direction générale de l’Opéra de Monte-Carlo. Il rentre chez lui, tout en restant lié à notre Cité.
On peut certes regretter son départ mais on peut aussi le comprendre et on doit surtout saluer son apport qui fut considérable.
La transition sera d’ailleurs d’autant moins aisée à assumer que de très importants travaux de rénovation rendront la scène et la salle du Théâtre Royal de Liège indisponibles pendant une assez longue période, dans un avenir proche.
Les efforts pour maintenir tant la qualité des réalisations que la disponibilité et la motivation du public vont devoir s’avérer considérables.
Certes, ces travaux constituent un gage de l’intérêt que suscite l’avenir de l’Opéra Royal de Wallonie mais cet avenir, bien au delà de la prochaine saison, il conviendra que tous les Liégeois se battent pour l’assurer. On ne peut pas aimer l’opéra sans aller le voir et l’écouter.
Cette grande institution culturelle a chez nous atteint son plus haut niveau de qualité, bien supérieur à ceux des passés proche et lointain. Elle constitue un atout majeur dans un domaine nécessaire – la culture – qui en vaut bien d’autres, même la logistique des transports.
Sa défense et sa promotion s’imposent dès lors comme un devoir pour l’ensemble des citoyens conscients des besoins du Pays de Liège.





Jean-Marie Roberti