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Musique

Mis en ligne le 07/09/2005

ENTENDU POUR VOUS : aux Nuits de Septembre - Une séduisante parodie :« L’Office des Joueurs » de « La Messe des Fous », extrait de recueils poétiques médiévaux,les « Carmina Burana ».

Ce mardi 6 Septembre, c’est en la Salle Philharmonique du Boulevard Piercot à Liège que s’est déroulée la deuxième soirée des quarante huitièmes « Nuits de Septembre », en présence de l’ancien Ministre Valmy Féaux, Président d’un Festival de Wallonie en voie de bruxellisation, à l’heure d’une Ministre de la Culture qui ne se préoccupe ni de la répartition régionale de ses trop maigres moyens budgétaires, ni des privilèges qu’octroie à Bruxelles la concentration des institutions culturelles fédérales.
Devant une assistance nombreuse, jusqu’au troisième étage d’où la vue s’avère panoramique, le Directeur artistique Jérôme Lejeune a présenté les quatre groupes qui se sont associés sous la coordination générale de l’organiste Christophe Deslignes, pour créer un spectacle musical insolite :

- les cinq musiciens du groupe Millenarium (les Jongleurs) (la photo) qui jouent de l’orgue portatif, des percussions (y compris des sonneries d’autel), des flûtes ainsi que d’une part, du luth, de la citole et du tympanon et, d’autre part, de la vièle et du cistre ;
- les six chanteurs du Chœur de Chambre de Namur (les Goliards qui se défoulent) : un contre-ténor, deux ténors, un baryton et deux basses ;
- les cinq interprètes a capella de plain-chant grégorien de l’excellent groupe flamand « Psallentes » (les Chanoines), placés sous la direction d’Hendrik van den Abeele ;
- et les dix fillettes et deux garçons du chœur d’enfants de l’école lorraine de musique de Forbach (les Enfants de Chœur) dirigés par Michèle Bastian-Hullar.
Nous avons, grâce à eux, entendu reconstituer (tel qu’il aurait pu avoir lieu dans une Cathédrale du Nord de la France, au début du 13ème siècle, entre Noël et l’Epiphanie, période de défoulement, alors autorisé par le clergé) un « Office des Joueurs » de « La Messe des Fous », extrait de recueils poétiques médiévaux, les « Carmina Burana » (devenus célèbres grâce à la cantate scénique composée en 1937 par Carl Orff et alors utilisée par la Propaganda Abteilung des nazis).
Cette parodie a souvent suscité la naissance d’une denrée rare dans une salle de concert : le rire.
Parfois un peu facile quand est utilisé un anachronique « blues » en « langue» américaine mais cela se fait cependant sans abuser du procédé. Les joueurs se plaignent d’être dépouillés par le Seigneur … Dé ! Les actes des apôtres deviennent ceux des apô…vris. L’Evangile selon Marc devient celui du faux Mark d’argent. Oremus (prions) devient ornemus (parions), etc…
Si l’on navigue souvent du subtil au grotesque, on montre aussi par contraste les beautés de la liturgie lorsqu’on écoute les chanoines respecter les chants de l’ordinaire de la messe.
Cette soirée a été accueillie avec ferveur par le public et constitue assurément une réelle réussite bien que nous ayons été étonnés par le fait que ce spectacle (où le chant occupe davantage de place que les interprétations musicales sur instruments anciens) ait été représenté dans une salle de concert plutôt que dans une église. D’aucuns craindraient-ils un anticléricalisme qui n’a plus guère de raison d’être ?





Jean-Marie Roberti