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Musique

Mis en ligne le 08/09/2005

ENTENDU POUR VOUS : aux Nuits de Septembre : En hommage à la Namuroise Sophie Watillon, somptueux mariage vénitien des merveilleuses orgues de Saint-Jacques et de deux harmonieux cornets à bouquin

Ce mercredi 7, en l’Eglise abbatiale Saint-Jacques de Liège, Jérôme Lejeune, directeur artistique des Nuits de Septembre a annoncé que les trois interprètes des « Dialoghi Venetiani » (Dialogues vénitiens) dédiaient leur concert à la mémoire de Sophie Watillon.
Née le 7 décembre 1965 dans une famille namuroise très musicienne, cette artiste fut vaincue par un cancer le 31 août dernier.
Partenaire de Jordi Savall et de Philippe Pierlot, cette très talentueuse instrumentiste et soliste de viole de gambe venait d’achever l’enregistrement d’un « disque bouleversant » (écrivait vendredi dernier dans la « Libre Belgique » Martine Mergeay) consacré aux œuvres pour violes de Christopher Simpson.
En présence d’un nombreux public ainsi que du Gouverneur de la Province de Liège Michel Foret et de son prédécesseur en Brabant wallon, Valmy Féaux, Président d’un Festival de Wallonie qui continue à se résigner à l’abandon d’une partie de ses trop maigres subventions à des prestations bruxelloises, cette soirée s’avéra enchanteresse.
Outre des œuvres de Monteverdi et de Frescobaldi (décédés l’un et l’autre en 1643), elle présenta des compositions d’une douzaine de musiciens vénitiens moins connus du début du XVIIème siècle (A. Gabrieli, Rossi, Fontana, Guami, Bovicelli, Cazzati, da Viadana, Bassano, Scarani, Riccio, Castello et un anonyme) et de l’amstellodamois Jan Pieterzoon Sweelinck (dont le programme nous apprend qu’il est né en 1652 et décédé en 1621, sa date de naissance réelle étant cependant - sans faute de frappe - 1562).

Grâce à deux solistes d’un niveau exceptionnel, l’Américain Bruce Dickey (1ère photo) qui vit en Italie pour assouvir ses passions, notamment instrumentales et son élève à Bâle, Jean Tubéry (2ème photo), directeur du Chœur de Chambre de Namur, ce concert mit particulièrement en valeur le cornet à bouquin qui est un instrument constitué de deux parties en bois percées de trous et assemblées et entourées d’une gaine en cuir pour éviter les fuites, avec une embouchure taillée dans de la corne de vieux bouc (bouquin). Au début du dix-septième siècle, de prestigieux virtuoses italiens mirent à l’honneur cet instrument seul capable de rivaliser en virtuosité concertante avec le violon.

C’est un somptueux mariage avec l’orgue renaissance de Saint-Jacques reconstruit par Guido Schumacher en 1998 qui nous fut proposé grâce à notre célèbre concitoyen Bernard Foccroulle.
Celui-ci, né à Liège le 23 novembre 1953, obtint au Conservatoire, un diplôme supérieur d’orgue et un premier prix de fugue et collabora au Centre de Recherches Musicales de Liège avant de partir s’installer à Bruxelles où il professa à l’I.N.S.A.S.. Polyglotte remarquable, cet organiste (qui a réalisé une très belle intégrale de Bach sur des instruments historiques) a succédé, il y a quinze ans, au fort endetté Gerard Mortier comme Directeur Général du Théâtre Royal de la Monnaie où un Flamand actif à Amsterdam, Peter de Caluwe, prendra sa suite à la mi- 2007.

Foccroulle est très estimé dans les milieux belgicains où l’on considère normal que l’Opéra reçoive trois fois plus de subventions publiques à Bruxelles qu’il n’en obtient en Wallonie ou bien en Flandre (alors que la capitale du royaume représente dix pour cent de sa population).
Aux duos vocaux succédèrent en Italie, au début du dix-septième siècle, des dialogues de musiques profane ou religieuse où deux instruments soprano (due canti) faisaient merveille particulièrement lorsqu’il s’agissait de cornets à bouquin (3ème photo) loués comme les plus aptes à imiter la voix humaine.
Le très talentueux trio Foccroulle – Dickey –Tubéry a parfaitement servi la renaissance musicale vénitienne et a rendu lors de cette Nuit liégeoise de Septembre le plus bel hommage qui soit à la regrettée gambiste namuroise Sophie Watillon.





Jean-Marie Roberti