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Musique

Mis en ligne le 09/09/2005

ENTENDU POUR VOUS : aux Nuits de Septembre - La soprano malmédienne Sophie Karthäuser et « Les Folies Françoises » illustrent avec brio que, religieuses ou profanes, les passions sont interchangeables

Ce jeudi 8, en la Salle philharmonique du Boulevard Piercot à Liège, devant une assistance moins nombreuse que les soirées précédentes, les Nuits de Septembre ont, sous le titre « L’église à la chambre…ou le contraire », illustré, par deux grandes œuvres de la fin du 18ème siècle composées par Joseph Haynd et Luigi Boccherini, le fait que les passions (cette fois la douleur) apparaissent interchangeables qu’elles soient profanes ou religieuses, qu’elles soient éprouvées par celle ou celui qui croit au ciel ou bien par celle ou celui qui n’y croit pas.

L’ensemble musical « Les Folies Françoises » (photo ci-contre) (dont la dénomination fait référence à une composition de François Couperin) dirigé par le violoniste Patrick Cohën-Akenine et composé aussi d’une autre violoniste Leonor de Recondo, d’un altiste Michel Renard et d’un violoncelliste François Poly (rejoint par un second interprète du même instrument Hervé Douchy chez Boccherini) ont réussi une longue et difficile double prestation d’une exceptionnelle qualité.

La soprano malmédienne Sophie Karthauser (ci-contre)  qui, au Conservatoire de Liège, était chez elle puisqu’elle y a conquis, à l’issue de ses études commencées en 1992, des premiers prix de chant-opéra, de chant-concert, d’art lyrique, de musique de chambre, de clarinette, etc… a montré, dans les onze strophes latines du Stabat Mater de Boccherini, toute l’étendue et la pleine maturité de son très grand talent. Cette brillante cantatrice, à la voix pure et au ton parfaitement juste, s’avère assurément une des plus remarquables artistes de Pays de Liège et elle mériterait assurément, nous semble-t-il, se voir confier de prochains grands rôles par notre Opéra Royal de Wallonie.
La version, réécrite, en 1801, par Joseph Haynd, pour un quatuor de musique de chambre, de ses « Sept dernières paroles du Christ en croix » dure environ une heure et s’avère d’une grande sobriété, successivement majestueuse, ample, grave, chantante ou lente avant de se conclure par un bref « terremoto » (tremblement de terre après que l’expiration du Christ). L’émotion, qui pourrait, en effet, être profane lors d’une autre mort atroce, annonce le romantisme.
Le Stabat Mater (qui signifie en latin « la Mère était debout ») est un chant catholique sur les douleurs de la Vierge au pied de la croix de Jésus. Il a inspiré de nombreuses compositions musicales dès le 14ème siècle. Celle du compositeur toscan Luigi Boccherini écrite en Espagne en 1881 s’avère elle aussi d’une grande sobriété dont n’est cependant pas absente la diversité. Cette prière proclame ici que nous voulons pour mériter notre propre rédemption partager la douleur déchirante d’une mère témoin du calvaire de son fils. Cette invocation ne nous paraît, dès lors, pas dénuée d’un égocentrisme certain qui caractérise celles et ceux qui compatissent dans leur propre intérêt. Et cette forme d’égoïsme peut, elle égalementi, être aussi bien le fait de croyants que d’incroyants.
Comme pour l’Office des joueurs des Carmina Burana, nous nous demandons pourquoi les deux œuvres jouées jeudi soir n’ont pas été interprétées dans une de nos nombreuses belles églises, d’autant plus que, sans conditionnement d’air, dans la moiteur de cette fin d’été, les vieilles pierres des édifices religieux offrent davantage de fraîcheur. Mais, cela étant, cette soirée demeure incontestablement une réelle réussite supplémentaire pour nos Nuits liégeoises de Septembre.





Jean-Marie Roberti