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Musique

Mis en ligne le 12/09/2005

ENTENDU POUR VOUS : Des voix d’anges, venues d’Outre-Manche jusqu’en Hors-Château pour couronner de très belles « Nuits de Septembre » liégeoises.

« The Choir of New College Oxford » n’est – à vrai dire – un chœur qui n’est pas trop nouveau. En effet, il fut fondé par l’Évêque de Winchester et Haut Chancelier d’Edouard III , William of Wykeham, en 1379. Il est dirigé, depuis 1976, par le Dr Edward Higginbottom. Un ensemble de garçons d’environ 10 à 14 ans (chez nous ils étaient onze) forment un choeur de sopranos accompagnés par des clercs adultes, altos, ténors et basses (ils furent 13 puis 14). Depuis plus de six siècles un quart, ils sont habilités à chanter les liturgies, catholique puis anglicane, dans la grande chapelle d’Oxford. Sous la direction du pianiste et organiste Higginbottom, spécialiste de Couperin et Commandeur français des Arts et Lettres, ils ont produit quelque septante disques (la musique sacrée de Purcell et les oratorios de Handel, enregistrés avec le King’s Consort, s’étant vendus à plus de 300.000 exemplaires !).

Leur réputation est mondiale et leur déplacement à Liège pour clôturer les 48èmes Nuits de Septembre constituait donc un événement culturel important. Si le public avait répondu nombreux à l’invitation, par contre les responsables publics comme les sponsors privés (à la notable exception du P.-D.G. du Groupe Herstal et de la F.N., Philippe Tennesson) brillaient généralement par leur absence.
La soirée de ce dimanche 11 Septembre, en l’Eglise Saint-Antoine rénovée (où Jérôme Lejeune voudrait retourner les saisons prochaines), s’intitulait « Musiques pour l’Église anglicane » et comprenait deux parties.
La première débutait par un motet de Nicholas Lutdford, musicien de l’église Sint-Stephen à Westminster, qui illustrait la tradition polyphonique du début du 16ème siècle, avant la réforme anglicane. On entendit ensuite des œuvres de tradition liturgique latine qui furent écrites par William Byrd et par son professeur Thomas Tallis qui, bien que catholiques, durent s’adapter à cette réforme. Les deux pièces pour orgue et les trois psaumes de Byrd illustrèrent particulièrement la maîtrise polyphonique de ce grand compositeur.
En prélude à la seconde partie, entièrement anglaise, on entendit une émouvante élégie pour deux jeunes sopranos et basse continue d’Henry Purcell – le principal compositeur anglais de la seconde moitié du 17ème siècle – écrite à l’occasion du décès de la Reine Mary. Ensuite l’office de la mort de celle-ci fut recomposé en mêlant les sentences funèbres écrites par Thomas Morley pour les funérailles en 1603 d’Elisabeth 1ère à des compositions de Purcell chargé de réécrire (nonante deux ans plus tard) un motet dont la partition avait été perdue et de compléter la célébration par une Marche et une Canzona pour trompettes à coulisse et tambour. Le concert se termina par un admirable chœur à huit voix (Hear my prayer : Ecoute ma prière) d’Henry Purcell.
Les enfants, les clercs et le directeur du chœur étaient tous vêtus de longues robes sacerdotales uniformément rouges sur lesquelles tranchaient les collerettes blanches soigneusement plissées des jeunes sopranos. Ces garçons avaient à la fois des voix et des têtes d’anges qu’elles soient blondes, châtains ou rousses. L’un des très remarquables jeunes solistes avait l’allure, en plus mince, d’Harry Potter (ses doigts fins s’allongeant sur la couverture noire de sa partition) et un autre, que Tchantchès qualifierait de « crollé rosset », brillait par son dynamisme.
La rigueur très « british » de la sélection et de la formation de ces enfants aux voix naturellement pures permet d’atteindre un niveau de qualité musicale exceptionnel. L’enthousiasme du public liégeois a été à la mesure d’une telle réussite.
Ce concert a été enregistré par Musiq3 (R.T.B.F.) : n’en ratez pas l’écoute si cela vous est possible.
Conclusion : chacun s’accordait à dire que les Nuits de Septembre 2005 ont constitué un grand cru.Que leur directeur artistique et ses collaborateurs des Jeunesses Musicales en soient félicités.
L’an dernier, Jérôme Lejeune reprenait la barre de ces Nuits après vingt-deux ans d’interruption de sa direction. Il a confirmé cette année la pertinence de ses choix.
Mais qu’il ne pense pas que c’est gagné pour 2006. C’est au troisième coup qu’on voit les Maîtres, ainsi que nous le dit un proverbe wallon qu’on éprouve du mal à écrire dans notre langue sans avoir le dictionnaire de Jean Haust sous la main….





Jean-Marie Roberti