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Musique

Mis en ligne le 25/02/2006

Jérôme Savary a mis en scène le "Comte Ory" et la "Veuve joyeuse" à l'O.R.W


Lorsqu’on appartient à sa génération et qu’on aime le théâtre, rencontrer Jérôme Savary constitue un moment non seulement agréable mais aussi enrichissant.
Cet infatigable serviteur des arts de la scène a notamment créé le « Grand Magic Circus », dirigé le Théâtre National de Chaillot et, aujourd’hui, l’Opéra comique et il a multiplié les mises en scène.
L’Opéra Royal de Wallonie l’avait invité à présenter sa nouvelle adaptation de la célèbre opérette de Franz Lehár, « La Veuve Joyeuse » que notre « maison » coproduit avec l’Opéra- Comique et les Opéras de Trieste et de Lausanne (Représentations à Liège les vendredi 17, samedi 18, mardi 21, jeudi 23, vendredi 24 et samedi 25 mars à 20 heures ainsi que les dimanches 19 et 26 mars à 15 heures puis, au Palais des Beaux Arts de Charleroi, les samedi 1er et dimanche 2 avril, respectivement à 20 et 16 heures).
Précédemment, Jean-Louis Grinda avait programmé une production du Festival de Pesaro : l’opéra de Gioacchino Rossini : « Le Comte Ory » qui n’avait jamais encore été présenté à Liège bien qu’il s’agisse de la seule œuvre en langue française du compositeur italien. Cette production ayant fait « faux bond » à l’O.R.W., son Directeur général en a conservé (outre l’essentiel de la distribution, y compris le titulaire du rôle titre, confié à Marc Laho, diplômé de notre Conservatoire) un atout majeur, particulièrement apprécié du public liégeois : la direction musicale, toujours passionnée et passionnante, du meilleur spécialiste de Rossini : Alberto Zedda. Et il a obtenu de Jérôme Savary qu’il reprenne (et, à son habitude, peaufine) sa mise en scène de ce « Comte Ory » expérimentée à Lyon en 1988 et produite, dans une version nouvelle, au Festival de Glyndebourne en 1997, version reprise à la fois à Glyndebourne en 1998 et au Capitole de Toulouse en 2001, avant de l’être, cette année, à Liège (où, après les représentations de ces vendredi 24 et dimanche 26 février, l’œuvre sera encore jouée, à 20 heures, cette semaine, le mardi 28 février et les jeudi 1er et samedi 3 mars).
Ce sont ces deux mises en scène successives (réalisées avec le concours de Frédérique Lombart) qui ont conduit à nouveau Jérôme Savary à Liège, ville qu’il connaît bien pour y avoir travaillé, il y a un bon tiers de siècle, grâce, rappelle-t-il, à Robert Stéphane, à une époque, ajouterons-nous, où la R.T.B.F. se préoccupait du développement de ses centres régionaux de production.

Que nous a dit Jérôme Savary ?

A propos du « Comte Ory » d’abord :
« J’ai cherché à préserver la cocasserie du livret libertin et anti-clérical, tout en conservant la délicatesse de la musique. Cette fable coquine médiévale est breughelienne et rabelaisienne.

Je n’ai toutefois pas trop souligné les traits salaces de l’histoire, préférant laisser à chacun le soin d’imaginer… Quant à Rossini, certains le croient cuisinier à cause du tournedos auquel il a donné son nom. Il s’est arrêté de créer à trente-cinq ans et fut un des premiers à pouvoir bien vivre de la nouveauté que constituaient les droits d’auteur. Mais on ne se lasse pas de l’écouter. Et Alberto Zedda, avec qui j’ai le plaisir de travailler pour la première fois, en a une connaissance sidérante. »
A propos de « La Veuve Joyeuse » ensuite :
« Cette opérette aux airs mondialement connus, je l’ai raccourcie d’une quarantaine de minutes et supprimé un des deux entr’actes. Je voulais un tempo plus rapide pour ne pas fatiguer l’attention du public à l’égard d’une œuvre dont la musique est sublime. Et cette œuvre est féministe : les femmes y ont le dessus, j’aime ça. On y peint l’adultère qui réclame des femmes bien du courage car tromper un mari, même quelque peu ridicule, constitue souvent un fameux parcours du combattant. »
Et, enfin, que dit-il de lui-même ?
« Pour moi, il n’y a pas d’humour sans une certaine mélancolie poétique faite de tendresse. Comme cela été rappelé, il est vrai que je marche uniquement au désir et au plaisir. Je suis comme une fille de joie. Le résultat est garanti. J’offre du plaisir contre l’achat d’un billet de théâtre. Et je ne manque pas de projets. J’ai monté autour des chansons (que j’adorais) de Charles Trenet, un spectacle « Y a de la joie ». Je rêve à présent de raconter mon copain Charles Aznavour au travers des mélodrames de trois minutes qu’il chante si bien mais lui se méfie d’un spectacle nécrologique prématuré. En attendant, je prépare une « Revue Nègre » pour ressusciter la Nouvelle Orléans et parce que j’ai découvert à New York une fille capable d’incarner Joséphine Baker adolescente, à l’état de perle brute. Et, comme prochain opéra, je pense à celui de Kurt Weill : Mahagonny… »
Dommage que tous nos metteurs en scène n’aient pas la jeunesse de Jérôme Savary !

Les photos de Jérôme Savary pendant l'entretien et en cours de répétition sur la scène de l'O.R.W sont de Jacky Croisier





Jean-Marie Roberti