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Théâtre

Mis en ligne le 16/02/2006

Théâtre de la Place : « DRAMUSCULES » de Thomas Bernhard


Prenez deux dames au sortir de l’église, rentrant chez elles dans la nuit noire. Prenez un agent de police et sa femme devant la télévision. Prenez la mort de M. Geistrattner. Prenez deux ministres-présidents et leur épouse, dans des corbeilles de plage… Vous obtiendrez quatre farces au rire ravageur qui tordent le cou au fond bien-pensant, et xénophobe, de l’Autriche profonde.
« Au fond, a dit un jour Thomas Bernhard, je n’écris que parce que beaucoup de choses sont désagréables. Si tout était agréable, je ne pourrais absolument rien écrire, et personne n’écrirait ».

Thomas Bernhard, avec ces pièces courtes et cruelles, fustige, à grands coups de dérision et de critique jubilatoire, la phraséologie et le discours du National-Socialisme renaissant, poursuivant sa dénonciation de l’hypocrisie et du mensonge qui constituent, à ses yeux, les fondements socio-politiques du monde d’aujourd’hui.
S’attaquant à l’œuvre de Thomas Bernhard, Françoise Bloch a décidé, à son tour, d’exorciser et de prendre au piège la mauvaise foi de ceux qui voudraient voir le retour au pouvoir de ceux-là mêmes qui ont mené l’Europe dans l’horreur. La Haute-Autriche est bien proche du Plat Pays…
A voir d’urgence… !

Françoise Bloch

Après des études à l’Institut national supérieur des arts du spectacle, section mise en scène, Françoise Bloch signe ses premiers spectacles au Théâtre de la Balsamine et à l’Atelier Sainte-Anne. Ils sont le fruit d’un travail d’improvisations et émanent de propositions de comédiens. Ce n’est que plus tard, en 1992, avec Karl Valentin, qu’elle aborde les textes. Elle a, au fil du temps, construit une fidélité aux auteurs dont le propos est politique ou sociologique : Dario Fo, Michel Vinaver et Thomas Bernhard, qu’elle a déjà abordé avec sa mise en scène de Au but. Son travail est caractérisé par un esprit frondeur, critique et, souvent, jubilatoire. Au Théâtre de la Place, on se souvient également de sa mise en scène de Tout ça du vent. Par ailleurs, Françoise Bloch est, depuis 15 ans, pédagogue au Conservatoire royal de Liège.


Thomas Bernard

Né le 9 ou 10 février 1931 à Heerlen, au Pays-bas, il vit d’abord chez ses grands-parents à Vienne, avant que sa mère ne revienne en Autriche en 1932. Il ne connaîtra jamais son père naturel.
La vie de Thomas Bernhard est immédiatement marquée par une grande précarité (financière mais aussi affective et physique). Il passe sa jeunesse à Salzbourg, élevé par son grand-père, l’écrivain Johannes Freumbichler. Ce dernier lui donne le goût de l’art et de l’écriture. Atteint d’une grippe a 17 ans, il est considéré perdu par tous les médecins mais s’en sort miraculeusement. Son grand-père meurt la même année et le jeune Thomas Bernhard décide de devenir écrivain. Transporté dans un sanatorium, il est finalement contaminé par la tuberculose. Sa mère meurt en 1949 et il apprend son décès comme il a appris la mort de son grand-père : par le journal. Il quitte définitivement les hôpitaux en 1951.
Il commence alors des études au Conservatoire de musique et d’Art dramatique de Vienne ainsi qu’au Mozartheum de Salzbourg. Après quelques expériences dans le journalisme et la critique, il écrit son premier roman, GEL, en 1962, mais s’oriente de plus en plus vers le théâtre. La vie de Thomas Bernhard est marquée par la succession de scandales que ses livres provoquent. Le scandale absolu est atteint en 1968, lorsqu’on lui remet un prix national de littérature pour Frost. Le ministre de l’Education et tous les responsables quittent la salle alors que Thomas Bernhard tient un discours attaquant frontalement l’Etat, la culture autrichienne et les Autrichiens.
En 1969, il se lie d’amitié avec le metteur en scène Claus Peymann, qui lui sera d’un grand soutien tout au long de sa carrière. En 1970, il obtient le prix Georg Büchner. Thomas Bernhard souffre toute sa vie d’un souffle court et meurt en 1989, un 12 février, comme son grand-père. Il était alors âgé de 58 ans. Dans son testament, il interdit la diffusion et la représentation de ses œuvres en Autriche pour les cinquante années suivant sa mort. Ses héritiers annuleront cette clause du testament. A sa demande, son cadavre est enveloppé dans un tissu blanc et placé dans un cercueil le plus simple possible, « comme les juifs orthodoxes ». Thomas Bernhard a écrit 250 articles, 5 recueils de poésie, 23 grands textes en prose et nouvelles, 18 pièces de théâtre.

Pourquoi cette œuvre aujourd’hui ?

Comme l’explique Françoise Bloch : « En 1930, un électeur allemand sur cinq vote pour le parti National socialiste. Aujourd’hui à Anvers, un électeur sur quatre vote Vlaams Belang. Bien sûr les programmes, les circonstances, ne sont pas les mêmes. Néanmoins, sur le plan de l’opinion, on peut dire que le terrain est prêt: une partie de la population ne demande qu’à « agir » en accord avec ses opinions.
On n’a jamais autant parlé des années 33-45. Des émissions, des commémorations, des livres, des expositions, des colloques disent « ce qui fut » et c’est très bien. Mais tous ces rappels mettent à distance ( c’était il y a 60 ans, il y a 70 ans…) et, paradoxalement, nous empêchent de considérer la dimension permanente de ce mal à l’œuvre dans l’homme : cette part de barbarie que seule la volonté politique et l’éducation peuvent canaliser.
Que mon voisin vote extrême droite ou soit convaincu par des idées populistes, ça me déprime chaque fois que j’y pense. Mon voisin est-il dangereux ? Pour moi ? Pour d’autres ? Est-il dangereux parce qu’il vote ? Ou parce qu’il tient des propos racistes en public quand il est saoul et que personne ne le fait taire ? Ou bien faut-il dire que mon voisin n’est que potentiellement dangereux ? Si c’est le cas, que recouvre cette potentialité ?
Bernhard met le passé au présent sans nuances, sans détour et nous offre, en riant comme un diable, des portraits de monstres très ordinaires. »

- Une création de la Cie Zoo Théâtre en coproduction avec le Théâtre de la Place

-Mise en scène : Françoise Bloch, Scénographie : Claude Santerre, Costumes : Christine Flaschoen, Création Musicale : Patrick Waleffe, Son : François Joinville, Assistante à la mise en scène : Estelle Franco,
Avec : Delphine Bibet, Olindo Bolzan, Didier de Neck, Sophia Leboutte et Mohamed Ouachen

- Rencontre le 21 mars : Conférence "Journées Thomas Bernhard" Samedis 18 et 25 mars

-Spectacle : du 14 au 25 mars à 20h15, sauf les mercredis 15 et 22 à 19h . Dimanche 19 à 15h


- Photo: Pierre Houcmant

Info et réservations :Théâtre de la Place - 1 place de l’Yser 4020 LIEGE - 04/342.00.00 (de 13 à 18h)
Site Internet: www.theatredelaplace.be