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Musique

Mis en ligne le 06/02/2006

ENTENDU POUR VOUS : Le "Mozart Festival" mérite une anagramme: Langrée… en régal

Afin de commémorer le deux cent cinquantième anniversaire de la naissance à Salzbourg, en la fête de Saint-Jean Chrysostome de l’an 1756, de Wolfgang Amadeus Mozart , un Festival a eu lieu du lundi 23 au dimanche 29 Janvier 2006 en la Salle philharmonique du Boulevard Piercot à Liège.
J’ai tenu à aller écouter les sept concerts et quatre des six récitals de mi-journée de ce Festival…. marathon . J’avais l’intention d’en rendre compte régulièrement dans « Proxi-Liège ». Mais les hommes proposent et l’informatique dispose…
Je dois dès lors me contenter de vous confier quelques impressions d’ensemble sur ce très grand moment de la saison musicale liégeoise. Mon enthousiasme reste, en effet, entier.
Heureux ! Voilà le mot qui convient. Musiciens et solistes, mélomanes et curieux, pendant cette semaine intense, toutes et tous furent heureux de partager l’euphorie d’un Festival où, devant des salles combles, personne ne se servit de Mozart mais tous le servirent avec sensibilité et intelligence.

L’orchestre

Le cadre de l’orchestre philharmonique de Liège se compose de nonante sept musiciens : deux concertmeisters, quinze premiers violons, quatorze seconds violons, douze altos, dix violoncelles, neuf contrebasses, quatre flûtes, quatre hautbois, quatre clarinettes, quatre bassons, cinq cors, quatre trompettes, quatre trombones, un tuba, deux timbales et trois percussions.
Cette formation de base est adaptée aux amples compositions des 19 et 20èmes siècles alors que les symphonies du 18ème furent composées pour des ensembles de taille plus réduite.
Dès lors pour interpréter (outre la sonate pour piano seul « alla turca » confiée à Andreas Staïer) dix-huit chefs d’œuvre de Mozart (huit de ses quarante et une symphonies, les ouvertures de quatre de ses dix-neuf opéras, trois de ses multiples concertos ainsi qu’un de ses airs de concert, une de ses messes et une musique funèbre maçonnique), l’orchestre a été scindé en deux formations de 45 et 50 musiciens (dont trois cornistes et trois trombonistes communs aux deux ensembles) intitulées respectivement « Salzbourg » et « Vienne » qui ont joué, chacune, neuf des compositions présentées en fonction de sept thèmes quotidiens : Mozart à Paris, Mozart franc-maçon, Mozart à Prague, Mozart « alla turca », le Concert anniversaire du 27 janvier (en habit de soirée avec sur scène, in fine, un gâteau dont les bougies furent soufflées) , les trois dernières symphonie et enfin les Concerto et Messe du Couronnement.
Il n’était pas évident de transformer un grand orchestre « franckiste » (ayant pour « hymne » la « Symphonie en ré ») en deux ensembles mozartiens aptes à servir le génie du compositeur autrichien. Cette gageure a été réussie grâce au travail acharné de professionnels de grande qualité, motivés à la fois par un chef charismatique et par un public de plus en plus enthousiaste (l’influence des supporters sur toute équipe n’étant plus à démontrer).
Que les classiques viennois de Richard Piéta et les dynamiques salzbourgeois d’Endre Kleve (nous parlons des deux concertmeisters), en soient vivement remerciés.

Louis Langrée

Le directeur musical de l’O.P.L . Louis Langrée est alsacien et s’est d’abord imprégné des polyphonies de Jean-Sébastien Bach. Il est considéré à présent comme un « mozartien d’exception » : il a conduit les plus grands opéras de Mozart à Glyndebourne et a triomphé depuis trois ans comme directeur du Mostly Mozart Festival de New-York où il est désormais invité par le Metropolitan Opera. Quand il est arrivé à Liège en 2001, après le trop long règne (plus de vingt deux ans) de Pierre Bartholomée, plusieurs musiciens nous dirent : « Pourvu qu’on le garde… ». En cinq ans, il a grandement contribué à l’éclatante progression de notre orchestre qui est le meilleur ensemble philharmonique du Royaume. A la fois en comprenant et en mettant admirablement en valeur une double identité, française et germanique, sans doute commune aux Liégeois et aux Alsaciens (encore que nous soyons plus latins que ceux-ci) et aussi en ouvrant davantage l’orchestre à des compositeurs qui étaient moins proches de sa sensibilité que ne le sont Beethoven, Franck ou Mahler.
Si le Festival Mozart est devenu une triomphale réussite, c’est aussi parce qu’entre mars 2001 et octobre 2005, Louis Langrée a dirigé à l’O.P.L. seize œuvres de Mozart….
Louis Langrée ne se contente pas de pénétrer en profondeur toute la subtile richesse des chefs d’œuvre mozartiens, il excelle en plus dans l’art de communiquer cette intelligence à ses musiciens d’abord mais aussi à ses auditeurs. Et pas seulement lorsqu’il commente le « dessous des quartes » mais encore quand il dirige les exécutions publiques, avec sobriété et une convaincante conviction. Son incontestable charisme, souvent souriant, s’exerce à la fois à l’égard des musiciens et des auditeurs. Chez ces derniers, l’interrogation la plus fréquente se mêle déjà aux regrets anticipés: « Que va-t-on faire quand il sera parti ? ». L’adage selon lequel « les cimetières sont peuplés de gens irremplaçables » ne suffit pas à les rassurer. Et qu’il soit régulièrement réinvité les saisons prochaines ne les satisfait qu’à moitié… En tout cas, en dirigeant magistralement dix-huit œuvres de Mozart en sept jours, Louis Langrée vient, une fois de plus, d’offrir beaucoup de bonheur aux mélomanes liégeois qui apprécieront sans doute que l’anagramme de son nom soit : en régal…

De grands moments

Parmi les six prestations de la mi-journée (cinq récitals d’œuvres de Mozart pour piano et un apéritif-concert pour glassharmonica, flûte, hautbois, alto et violoncelle, par un soliste et par onze jeunes diplômés ou étudiants de notre Conservatoire) et parmi les sept concerts des deux formations de l’O.P.L. (renforcées par quatre instrumentistes de réputation internationale, cinq solistes « maison », une soprano et, le dernier jour, quatre chanteurs et le chœur symphonique de Namur dirigé par Denis Menier), il y eut de très grands moments.
Lors des récitals, nous avons particulièrement apprécié les excellentes interprétations de six des sonates pour piano de Mozart (la 333, les 332 et 281 et les 311, 570 et 576) par trois jeunes japonaises venues étudier à Liège : Melles Kana Kasai, Nozomi Ishihara et Emi Aomatsu qui ont démontré (si besoin en était) l’universalité de Mozart. Nous n’avons pas pu apprécier Harold Noben et Gabriel-Alexandru Teclu deux pianistes qui confirment le caractère international de la population estudiantine de notre Conservatoire musical (qui semble cependant recueillir trop peu d’inscriptions) mais des amis nous en ont dit le plus grand bien. Par contre, nous n’avons pas été séduit par le curieux « Glassharmonica » présenté et interprété par Thomas Bloch, la musicalité de cet instrument insolite nous apparaissant peu convaincante.
Enfin, un regret : lorsque la gratuité est décidée et le public trop nombreux pour les places disponibles, il convient de ne pas le décevoir en s’adaptant (par exemple, soit en déplaçant les répétitions prévues dans la grande salle, soit en trouvant pour les récitals un autre endroit plus vaste disponible à la mi-journée et cela nous semble possible).
Quant aux sept concerts animés par l’O.P.L. et Louis Langrée, ils furent tous très intéressants et atteignirent plusieurs fois les plus rares moments de grâce musicale.
Le lundi 23, quatre excellents solistes des pupitres des instruments à vent (Sylvain Crémers, hautbois, Théo Vanhove, clarinette, Bruce Richards, cor et Pierre Kerremans, basson) ouvrirent le Festival en dialoguant gracieusement avec leur orchestre qui interpréta ensuite la 31ème symphonie intitulée « Paris » en jouant avec une maîtrise admirable cette très élégante composition.
Le mardi 24, Mozart franc-maçon se dévoila dans la merveilleuse ouverture de « la flûte enchantée » puis par le très prenant adagio d’une ode funèbre. Avec le public, nous attendions surtout le concerto pour clarinette et orchestre avec, en soliste, le jeune clarinettiste de l’O.P.L., Jean-Luc Voltano. Nous comprenons que Louis Langrée ait décidé d’enregistrer avant son départ de Liège cet été, ce chef d’œuvre mozartien avec ce très brillant instrumentiste appelé, lui aussi, à réussir une grande carrière internationale. Si, dans « Le Soir », Serge Martin parle justement d’une clarinette magique, d’une conversation basée sur la complicité, la volubilité et la sensualité et, enfin, d’ « essentiel » grâce à la ferveur d’un dialogue d’égaux dans l’allegro initial, à l’allégresse communicative du rondo final et surtout à la nudité révélatrice de l’adagio central, il est par contre des critiques qui écrivent n’importe quoi. Ainsi Sylvain Rouvroy qui dans « Resmusica.com » prétend que la fatigue se faisait sentir, qu’on attendit en vain davantage de fantaisie, que le stacatto s’avèra moins élégant ou encore que la lecture du concerto fut un peu trop sage dans le troisième mouvement. Pour nous, la prestation de Jean-Luc Voltano fut un des grands moments du Festival et le « bis » brillantissime qu’il offrit au public enthousiaste annonçait déjà le festival « Viva España » du mois prochain.
Le mercredi 25, Mozart à Prague nous valut une autre merveilleuse ouverture d’opéra, celle de « Don Juan », la prestation de la très talentueuse et très belle soprano française Magali Léger dans l’air « Bella mia fiamma » et l’admirable trente huitième symphonie « Prague » où, une fois de plus, par la netteté de ses attaques, par sa cohésion sans faille et par son enthousiasme communicatif, l’orchestre se hisse au niveau d’un tel chef d’œuvre.
Le jeudi 26, le concert « Mozart alla turca » valut certes par l’ouverture de l’opéra « L’enlèvement au sérail » et par le cinquième concerto pour violon dont le soliste fut Frank Peter Zimmermann mais, aussi et surtout, par la sonate pour piano 331 qu’interpréta en remplacement de Fazil Say, malade, Andréas Staïer. Dans le troisième mouvement, l’originalité de son interprétation du rondo connu sous le titre de « La marche turque » s’avéra époustouflante. Quel brio très peu académique au service de cette finale pourtant ultra-célèbre!
Le vendredi 27, la soirée anniversaire, fut dominée par l’exceptionnelle complicité du violon de Zimmermann et de l’alto du jeune français Antoine Tamestit dans la Symphonie concertante K 364. L’andantino central aurait dû être écouté à genoux. Langrée le comprit si bien qu’il le fit reprendre en « bis ». Quelle beauté ! … par ailleurs fort bien encadrée par l’ouverture de « la clémence de Titus » et par la trente sixième symphonie « Linz » dont le majestueux allegro spiritoso s’avère, lui aussi, admirable.
Le samedi 28, les trois dernières symphonies écrites en 1788 par Mozart démontrèrent combien Langrée et son orchestre comprennent profondément les chefs d’œuvre mozartiens.
Et on pénètre encore mieux toute la richesse de l’ultime symphonie « Jupiter » quand on a écouté huit jours avant le directeur musical de l’O.P.L. la commenter.
Enfin, le dimanche 29, l’apothéose du Festival Mozart fit succéder deux couronnements très différents : le 26ème concerto pour piano rejoué en 1790 lors du couronnement de l’empereur Léopold II et la messe dite du Couronnement qui aurait été jouée à Salzbourg en 1744 pour le couronnement de l’image miraculeuse d’une vierge (anecdote contestée, ce qui n’enlève rien à la plus belle et à la plus jouée des messes de Mozart). Dans le concerto (puis dans une pièce de Liszt jouée en bis) le pianiste Stefan Vladar manifesta une maestria sans pareille. Et la messe finale fut admirablement servie par l’Orchestre, par quatre jeunes solistes (la soprano Ilse Eerens, la mezzo-soprano Angélique Noldus, le ténor Lars Piselé et la basse Joan Martín-Royo) ainsi que par le chœur symphonique de Namur. Nicolas Blanmont écrit dans « La Libre Belgique » : « Standing ovation de la salle, c’est bien le moins ». Il avait raison : c’était bien le moins et (même si je renonce à vous parler de gastronomie viennoise ou bien d’expositions comme celle « sur les traces de Mozart à Vienne, à Liège et ailleurs ») je tenais à vous dire, en dépit des avatars informatiques que j’ai déplorés, combien ce Festival sert la musique et sert Liège. Merci à la R.T.B.F. qui retransmit les sept concerts en direct sur Musiq3, consacra cinq émissions « culture-club » de son premier programme radio, une page spéciale du J.T. de la « une » le 27 janvier et les « niouzz » de la veille sur la « deux » T.V. de l’avoir bien compris,





Jean-Marie Roberti