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Musique

Mis en ligne le 27/12/2005

Entendu pour vous à l’O.P.L : un orchestre à la mesure de la monumentale troisième symphonie de Gustav Mahler

Le directeur musical de l’Orchestre Philharmonique de Liège, Louis Langrée, a pris la parole avant de conduire son orchestre renforcé dans la torrentueuse troisième symphonie de Mahler.

Deux hommages

Il a rendu un double hommage : à Sylvain Dupuis, d’abord, à Micheline Potier et Calogero Giglia, ensuite.
Ces derniers sont des musiciens de l’Orchestre, l’une appartenant au pupitre des seconds violons et l’autre à celui des altos mais tous deux faisant donc partie des instrumentistes « à cordes ». Ils ont, ensemble, entamé leurs études musicales supérieures au Conservatoire royal de Liège il y a quarante quatre ans puis ils ont , ensemble, obtenu de faire partie de l’Orchestre Philharmonique de notre Cité, il y a trente huit ans. Ils se sont mariés ensemble et, ensemble toujours, ils prennent leur retraite en cette fin d’année 2005. Ce concert Mahler a donc été le dernier de leur longue et brillante carrière professionnelle passée toute entière au service de notre prestigieuse institution musicale classique qui depuis 1967 a, comme eux, considérablement progressé. Les chaleureux applaudissements qu’ils ont recueillis ont témoigné de la grande estime qu’ils ont amplement méritée.
Sylvain Dupuis est, lui, un musicien liégeois né en 1856 et décédé en 1931. Il entra au Conservatoire en 1865, joua au Pavillon de Flore avec d’autres musiciens liégeois, alors peu connus : (tels Eugène Ysaye, César Thomson, Guillaume Guidé…), remporta les second puis premier Prix de Rome en 1877 et 1879 (en composant alors le « Chant de la Création »), partit en Allemagne écouter et admirer les opéras de Wagner, séjourna ensuite à Paris où il connut notamment César Franck, Martin Marsick, Edouard Colonne et Vincent d’Indy, qui devint son ami, revint fonder à Liège en 1888 les « Nouveaux Concerts », fut en 1900 engagé à Bruxelles comme premier chef d’orchestre du Théâtre de la Monnaie, tout en dirigeant à Liège les « Concerts Populaires ». En 1911, il succéda à feu son ami Radoux comme Directeur du Conservatoire de Liège , tâche à laquelle il se voua entièrement pendant trois lustres, jusqu’à son entrée dans sa septantième année. Il ne se contenta pas seulement de populariser chez nous Wagner, Richard Strauss ou Debussy, il fit aussi connaître Mahler. Louis Langrée expliqua combien le compositeur et chef d’orchestre autrichien avait apprécié la première interprétation en dehors du monde germanique, de sa deuxième Symphonie qui , grâce à Sylvain Dupuis, reçut chez nous un excellent accueil du public et de la presse, ce qui incita Mahler à venir ensuite Boulevard Piercot la diriger lui-même une nouvelle fois.
Cet hommage de Langrée à Dupuis montre aussi que le plus Liégeois des Alsaciens souligne une nouvelle fois à juste titre la sensibilité musicale à la fois française et germanique qui anime depuis plus d’un siècle la vie musicale de la Cité Ardente.

« Le songe d’un matin d’été », hymne grandiose à la création

Sous la baguette de Louis Langrée, le vendredi 23 décembre dernier, relayés en direct par la R.T.B.F. sur « Musiq3 », l’Orchestre Philharmonique de Liège et son concertmeister Endre Kleve, la mezzo-soprano britannique Anne-Marie Owens, les voix de femmes du Chœur symphonique de Namur, dirigé par Denis Menier et les enfants de la Maîtrise de l’Opéra Royal de Wallonie que conduit Jean-Claude Van Rode, ont en tout cas apporté un nouveau témoignage de la parfaite symbiose existant entre musiciens liégeois et grands compositeurs d’Outre-Rhin..
Une symphonie d’une heure et demi dont le premier des six mouvements dure trente minutes, ce n’est pas courant. Quand l’orchestration fait appel à cinq clarinettes, huit cors, quatre trompettes, un tuba, deux harpes, de nombreuses percussions, sans oublier les cloches, et lorsque l’orchestre philharmonique (dont l’entièreté de l’effectif atteint normalement nonante sept musiciens) se voit renforcé non seulement par une soliste mais, en outre, par deux chœurs, un de femmes et un d’enfants, on peut présumer que l’on va entendre du Mahler.
Et c’est beau, c’est grand, c’est une musique qui met admirablement en valeur les divers pupitres d’un orchestre dont la puissance impressionne tant dans les mouvements lents que dans les moments d’une énergie explosive. . La supériorité de Mahler découle de ses connaissances sans cesse perfectionnées des potentialités orchestrales. Et s’il fut souvent incompris par les musiciens de culture latine, les Liégeois, Sylvain Dupuis le premier, constituent à cet égard une réjouissante exception. Sa troisième symphonie qui est en ré mineur (comme d’ailleurs sa neuvième et dernière et aussi comme l’unique symphonie de César Franck, « hymne » de l’O.P.L.), il l’intitula « Songe d’un matin d’été » (et non, tel le cinéaste suédois Ingmar Bergman, « Sourires d’une nuit d’été » !).
Cet hymne grandiose à la création, il le divisa en deux parties comprenant chacune trois chapitres (la première exprime la nature où, après une introduction « énergique et décidée » consacrée à l’éveil de Pan, vient le cortège de Bacchus lors duquel l’Eté fait son entrée ce qui permet dans les deux mouvements suivants à Mahler d’exprimer ce que lui disent d’une part , d’une manière « très mesurée », les fleurs des champs et, d’autre part, « sans hâte » les insouciants animaux de la forêt ; enfin la seconde partie affirme la présence humaine avec l’apparition de la voix, Mahler s’inspirant de Nietzsche pour confier, avec une lenteur mystérieuse, ce que lui dit l’homme et terminant avec des voix d’enfants et de femmes exprimant, avec impertinence dans un tempo joyeux, ce qu’au paradis lui disent les anges , le calme, lent, long et profond final affirmant que l’Amour lui dit constituer le ciment de tous les éléments de la Nature°.
Plus que la soliste et que les chœurs, dont l’enchanteresse intervention est très brève, c’est l’Orchestre, avec un O majuscule, qui joue le tout premier rôle dans cette œuvre monumentale et, une fois de plus, l’O.P.L. démontre, en excellant dans un répertoire d’une telle ampleur, le niveau de qualité qu’il a atteint et qui en fait une des meilleures formations philharmoniques de l’Europe du Nord-Ouest.
Ces mercredi 11 et jeudi 12 janvier boulevard Piercot puis le samedi 14 au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, il ouvrira l’an neuf à nouveau avec Nietzsche (dont « Ainsi parlait Zarathoustra » fit l’objet d’une composition musicale de Richard Strauss que nous avons déjà annoncée) puis viendra, du 23 au 29 du premier mois 2006, l’incontournable « Festival Mozart » célébrant le deux cent cinquantième anniversaire de la naissance du prodigieux musicien de Salzbourg. Mais nous en reparlerons





Jean-Marie Robert