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Il y a déja

Mis en ligne le 10/09/2005

Expo Universelle de 1905: Comme si "Proxi-Liège" y était allé. Série de Pierre André N° 21

Ouf, le 5 septembre 1905, un soupir de soulagement est perceptible à l’Expo de Liège. La paix est signée entre Russes et Japonais, à Portsmouth, dans le New Hampshire (USA). L’article premier du Traité « stipule le rétablissement de la paix et de l’amitié entre les empereurs des Etats et les sujets respectifs de la Russie et du Japon ». En proie à des mouvements insurrectionnels, la Russie accepte sans trop rechigner les divers points qui la privent notamment du Sud de l’île de Sakhaline au sous-sol riche (1). En revanche, au Japon, seul le journal « Kokuhin » approuve le Traité que la presse et l’opinion publique considèrent comme « la plus grande humiliation subie par le Japon ». Les locaux du journal sont assiégés, la résidence du Ministre de l’Intérieur incendiée, l’état de siège proclamé et le Traité n’est ratifié par l’empereur du Japon que le 15 octobre 1905.

Les sections russe et japonaise à l’Expo.

A Liège, les visiteurs se pressent plus nombreux encore aux sections russe et japonaise. « L’exposition de la section japonaise est très belle et très riche, il est vraiment dommage que la place qui lui a été réservée dans les Halls (1800 mètres carrés) soit trop restreinte » note le Guide Desoer. En effet, les vitrines sont trop rapprochées l’une de l’autre. Bref cela nuit beaucoup à l’aspect général.
Dès décembre 1903, sur rapport du ministre des Finances, Sa Majesté l’Empereur de Russie, Nicolas II (la photo) « a daigné donner Son consentement à la participation officielle de la Russie à l’Exposition universelle de 1905 à Liège ». L’Empire russe et le Royaume de Belgique entretiennent des liens économiques étroits. « Il convient de rappeler que le Midi de la Russie a depuis de longues années exporté ses céréales, ses graines oléagineuses, ses laines à Anvers et que Cockerill a été l’un des premiers à fournir du grand outillage industriel à la Russie » rappelle le Guide Desoer. De nos jours, nous importons davantage de la Russie que nous exportons vers ce grand pays. « On peut espérer, que l’Exposition de Liège mettant en relations plus directes les producteurs et les consommateurs, servira d’une manière puissante à l’élargissement de ce mouvement commercial ». Il faut que croire que cet espoir s’est (partiellement) réalisé car nous avons encore en mémoire, ces propos tenus par un président du « Grand Liège », Jacques Levaux « J’ai été conçu sur le Don et je suis né, à Paris, rue de Vaugirard ».

Congrès pour l’extension de la langue française.

Bien que le dernier article du Traité de Portsmouth précise « le Traité sera rédigé en français pour les Russes et en anglais pour les Japonais, le français faisant foi en cas de contestation », dans certains milieux, on est bien conscient, en 1905, qu’il faut lutter pour l’extension de la langue française.
D’autant plus que, comme l’écrira en 2005. dans le journal « Le Figaro » (1er septembre) Claude Duneton : « il est important de songer qu'il y a cent ans à peine les habitants de la France n'étaient pas encore francophones de naissance, si je puis dire. Hormis quelque 20% d'entre eux, appartenant aux classes cultivées et à la bourgeoisie citadine, la masse de la population avait alors pour langue maternelle soit une langue régionale, soit un dialecte «francien». La proportion était encore plus forte aux XVIIIe et XIXe siècles dans une France essentiellement rurale (...) Notre pays, et c'est sa grande originalité en Europe, fut donc très longtemps peuplé d'une vaste majorité d'étrangers à la langue française ».
Pour sa part, Emile Vandervelde (la photo) écrit dans le quotidien « Le Peuple », le 1er septembre 1905, cent ans jour pour jour avant Claude Duneton : « de tous les ciments qui servent à former une nation, le fait de parler une même langue est sans conteste le plus solide. (…) Si c’était la communauté de langue qui faisait le patriotisme, la moitié des Belges, le tiers des Suisses devraient être Français et d’autre part, beaucoup de Français n’auraient motif pour être attachés à leur patrie d’origine (…) En réalité donc, si l’unité de langage existe en France (…) c’est grâce à l’école ».

Quand Camille Lemonnier célèbre le Pays de Liège

Le professeur Wilmotte de l’ULg a la responsabilité de cet important Congrès. Il a mis sur pied un Comité de propagande à Paris, au sein duquel on retrouve André Gide. Quant à la section littéraire, elle est dirigée par Anatole France assisté du Suisse, Paul Seiptez, et du Belge, Camille Lemonnier. Le secrétariat est assumé par Albert Mockel et parmi les membres, on peut citer la comtesse de Noailles, Maurice Maeterlinck, Remy de Gourmont, Henry de Regnier. Le Congrès a été un succès, trois jours durant, les 10, 11 et 12 septembre. Il ne pouvait pas en être autrement. Comment ne pas venir à Liège, après avoir lu, dans le journal « Le Figaro », ces quelques lignes de Camille Lemonnier ? « Le pays de Liège, sous ses pommiers et ses bois, garde la fraîcheur d’une nature où l’idylle et la bucolique flânent de compagnie.( …) Liège comme une petite France, boit le vin de ses coteaux et mène ses farandoles, la fleur bleue du vergissmeinnicht (2), à la bouche. Cette farandole des soirs clairs de l’été, elle la danse pour les visiteurs de son Exposition (…) Les mascarons du Palais des Princes-Evêques, de leur coté réveillés au souvenir des grands prélats amis du rire, tendent leur oreille cornue et se congestionnent d’hilarité ».( à suivre)
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(1) Depuis 1945, les Russes ont récupéré l’entièreté de l’île.

(2) Vergissmeinnicht signifie myosotis en allemand





Pierre André