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Il y a déja

Mis en ligne le 30/07/2005

Expo Universelle de 1905: Comme si "Proxi-Liège" y était allé. Série de Pierre André N° 15

Pas de trêve estivale pour nos mandataires en 1905. L’actualité de l’Expo exige leur présence. Quand ce n’est pas le Congrès international de la Boulangerie, c’est celui de l’Acétylène ou de Chimie et de Pharmacie sans compter, tout aussi important, celui dédié à l’Alimentation rationnelle du Bétail ou encore à la Photographie. Tous ces Congrès se déroulent dans la seconde quinzaine de juillet. Et encore n’a-t-on pas cité le 10ème Congrès international des associations de presse qui commence le 25 juillet.

Les associations de presse, en Congrès à l’Expo, sont reçues par Léopold II

L’importance de cette manifestation n’échappe à personne et surtout pas à Léopold II qui a prévu de recevoir, le 28 juillet, dans l’après-midi, en son palais de Bruxelles, tous les participants venus à Liège débattre de questions importantes relatives à l’avenir de la profession. Notre excellent confrère du quotidien « L’Express », le secrétaire du Congrès, Charles Bronne a eu bien du mérite à rassembler plus de quatre cents journalistes venus de dix-huit pays dont les Etats-Unis et l’Arménie. Heureusement, son travail a été quelque peu facilité par l’invention de Graham Bell, le téléphone. Déjà, en 1882, en Belgique, ils sont deux mille abonnés et la tendance au téléphone fixe va croissante fin du 19ème siècle et durera presque tout le 20ème avant de connaître une vague à la baisse. Le poète écrira « Vous avez demandé Paris, je vous Le donne ». (1)
Charles Bronne a réussi l’impossible. Ils sont tous là, y compris le président Singer, un Autrichien, qui répond en termes élevés à l’accueil que lui réserve, dans les salons du Palais provincial, le gouverneur Léon Pety de Thozée, en l’absence du ministre Gustave Francotte, retenu, à Bruxelles, par les devoirs de sa charge.

Les travaux du Congrès des associations de presse

Après les devoirs protocolaires, sous la présidence, tout d’abord, de Joseph Demarteau, rédacteur en chef du journal « La Gazette de Liège », commencent, en la Salle des Fêtes de l’Expo, les séances de travail consacrées à divers thème dont le duel entre membres de la presse. Un thème complètement dépassé en 2005. En 2005, on se borne à se tirer la gueule mais en 1905, si l’on en croit un texte du célèbre « Gil Blas » : « il est infiniment drôle de voir ces spadassins de la phrase s’injurier comme des portefaix, jeter leur encrier, et dégainer des flamberges à la façon des soudards sans orthographe. Vraiment l’insulte entre journalistes est un moyen trop facile de se passer de talent ! ». On discute également de la carte internationale d’identité, réduction des tarifs télégraphiques de la presse, réduction des tarifs postaux pour les journaux, du bulletin officiel des associations de presse. Des thèmes récurrents dans tous les Congrès de presse.

Le secret des sources : réclamé en 1905, obtenu en Belgique en 2005, refusé encore aux USA

Cependant, une question s’est posée avec beaucoup plus d’acuité : la protection du secret professionnel en matière judiciaire. Le rapporteur, le confrère Taunay s’est attaché à dire qu’il y a pour les journalistes le même droit au secret professionnel que pour les médecins, les avocats et les officiers. L’assemblée s’est mise d’accord pour adopter le texte suivant :
« 1° que le secret de la rédaction est et demeure inviolable
2° que quiconque transgresse ce principe non seulement offense l’honneur du journalisme mais nuit aussi aux conditions vitales de la presse
3° que sous aucun prétexte les personnes appartenant au journalisme ou les corporations ne peuvent accepter l’obligation de témoigner.
Partout il faudra déclarer que les tentatives faites pour obtenir ces dépositions resteront vaines et que les journalistes préféreront se soumette aux conséquences légales de leurs refus ».
En Belgique, grâce à une proposition de loi déposée par Olivier Maingain, président du FDF, le droit pour les journalistes de revendiquer le secret de leurs sources d’information a été reconnu en mai 2005. Il n’en est pas encore partout. Ainsi, aux Etats-Unis, notre consoeur du New York Times, Judith Miller est en prison depuis le 6 juillet 2005 pour outrage au magistrat pour avoir refusé de coopérer à une enquête en révélant ses sources. Toutefois, en février 2005, le sénateur républicain Richard Lugar a déposé son projet de loi et des textes sensiblement identiques sont défendus par des démocrates. Un vœu exprimé, un siècle plus tôt, à l’Expo de Liège, demeure encore un vœu pieux…

Et tandis que les journalistes sont à l’Expo, que se passe-t-il dans le monde?

La terre n’arrêtant pas de tourner même durant le Congrès des journalistes à Liège, que trouve-t-on dans la presse ?
La fin du feuilleton de la mutinerie du cuirassé « Prince Potemkine » dont l’équipage s’est rendu aux autorités roumaines à Constantza. Emile Vandervelde lance un appel en faveur des mutins pour éviter leur extradition vers la Russie.
Aux antipodes, à Melbourne, le 27 juillet 1905, l’assemblée législative de Victoria confère aux femmes le droit de vote. « Tous les socialistes du monde applaudissent à cette grande victoire de l’égalité des sexes » note l’organe du POB. En Belgique, il a fallu la loi du 26 juillet 1948 pour conférer le même droit à nos concitoyennes. Pour la petite histoire, lors du vote intervenu à la Chambre, le jeudi 19 février 1948, il s’est encore trouvé trois irréductibles pour s’opposer à cette audace…cent quatre-vingt trois ont estimé que tout compte fait, il est grand temps d’accéder au « suffrage universel intégral… ».
Enfin, une information relative à la visite de l’Expo par l’homme le plus petit de Belgique, sinon d’Europe – 82 centimètre sous la toise – Joseph Cajot de Sprimont. En 2005, on risque de trouver politiquement incorrect la formulation de 1905: « le nain, à l’organisme sain, né de parents robustes, fut le clou du jour et les curieux le suivaient en foule. On le mit sur la table, on le fit chanter, on lui fit un grand succès … ». (à suivre)
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(1) Marcel Thiry – Œuvres poétiques complètes – p. 244 - Bourses à Roermonde – 1934 – Dames





Pierre André