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Il y a déja

Mis en ligne le 23/07/2005

Expo Universelle de 1905: Comme si "Proxi-Liège" y était allé. Série de Pierre André N° 14

Le dimanche 1er janvier 1905, le Moniteur Belge publie la loi « ouvrant un crédit spécial pour la célébration du soixante-quinzième anniversaire de l'Indépendance nationale ». En 1905, la Belgique unitaire parle « pointu » comme à Paris. Le « septante et un » de Michel Zecca (RTL-TVI 18h 30) n’est pas encore de mise comme il l’est pour le « 175-25 » de 2005.
Le crédit spécial est de 17 millions 500 €. Les députés du POB ont refusé de le voter. Le citoyen Mansart déclare, à la séance du 22 décembre 1904 : « les fêtes célébreront les institutions et la dynastie : il ne convient pas aux socialistes de s’incliner ni devant les unes ni devant l’autre ».
Paul Janson, député de la « gauche libérale » tente d’obtenir l’unanimité en faveur du projet déposé par le gouvernement de droite de Paul de Smet de Naeyer. Il s’adresse aux représentants POB : « je crois pouvoir dire que j’ai rendu quelques services à la démocratie et, c’est à ce titre que je veux vous montrer que vous vous égarez et je veux essayer, pendant qu'il est temps encore, de vous ramener à la vérité et au patriotisme. Reconnaissez-le vous aussi.
Voilà, Messieurs, les raisons pour lesquelles, quant à moi, je voterai de grand coeur la proposition qui nous est soumise.
Est-ce à dire que je me déclare satisfait du régime actuel? Absolument pas...
J'ai été un des premiers dans cette enceinte à montrer que la liberté de travail pouvait et devait être restreinte dans un intérêt d'hygiène sociale et qu'elle n'excluait pas la protection des faibles contre les forts; et j'ai réussi à faire voter, avec le concours de l'honorable M. Beernaert, une modeste loi sur le travail des enfants dans les mines. C'était le point de départ. Nous avons fait du chemin depuis, et M. Bertrand rappelait alors avec infiniment de raison des discours de M. Woeste qui condamnait alors ex cathedra des idées qui ont aujourd'hui conquis l'opinion. Voilà comment le progrès se réalise!
Fêtons notre indépendance et notre Constitution, fêtons-les de tout coeur en oubliant le programme et les divergences des partis! Nous ferons ainsi une oeuvre grande et belle.
Ayons tous le ferme espoir de voir ces institutions démocratiques se maintenir, se développer encore dans l'avenir ». En dépit de son éloquence, Paul Janson n’est pas parvenu à convaincre le POB et la loi est adoptée par 112 oui contre 25 non.

Un refus de Maurice Maeterlinck au temps de l’Expo

A une demande gouvernementale d’un texte relatif au soixante-quinzième, l’écrivain Maurice Maeterlinck – prix Nobel de Littérature en 1911 – réplique : « j’entends ne prendre aucune participation à la célébration d’une fallacieuse indépendance qui présentement, nous afflige du gouvernement le plus rétrograde, le plus ennemi des idées de justice, de liberté qui subsiste en Europe – la Russie et la Turquie dûment exceptées ».
En 1905, la Belgique compte 1.354.498 personnes absolument illettrées soit le quart de sa population âgée de plus de cinq ans. En dépit de la loi que, à juste titre, Paul Janson a rappelé avoir fait adopter, « une modeste loi sur le travail des enfants dans les mines », on cesse d’être « enfant » à douze ans. Aussi, en 1905, on trouve chaque jour, au fond des mines, 6976 personnes âgées de moins de 16 ans dont 2391 ont entre 12 et 14 ans.
De ci, de là des grèves éclatent comme la grève des cochers de fiacre à Verviers. Une grève qui ne lèse guère les usagers puisqu’un service minimum est assuré par les patrons qui reprennent les rênes des attelages. Que voilà une idée pour la prochaine grève des TEC : des bus conduits par les administrateurs du TEC – la ligne la plus fréquentée sera celle desservie par la sénatrice Christine Defraigne – qui connaîtront ainsi la réalité quotidienne subie par les chauffeurs de bus…
Plus importante est la grève des 3000 cotonniers de Gand qui, entamée le 23 juin 1905, dure des semaines, des mois.
En 1905, le mot à la mode est « patriotisme » tout comme le sont en 2005, les mots « unité du pays, forces vives ». Jules Destrée est fatigué de ces verbiages qui rendent tout « patriotique » et faisant sienne l’observation d’un parlementaire anglais « le patriotisme est le dernier argument des scélérats », il confesse dans un éditorial du journal « Le Peuple » : « … notre républicanisme nous sauve des emballements loyalistes … nous aimons notre pays tout simplement ».
Succinctement, voilà où est l’état de la Belgique à l’heure de l’Exposition Universelle qui règne sur Liège.

Les XXXII Bons Métiers à l’honneur

Mais parmi les festivités organisées à Liège, dans la foulée de la Fête nationale et s’inscrivant dans le cadre du « soixante-quinzième », est prévu, en ville, les 26 et 30 juillet, le « Cortège des XXXII Bons Métiers ». Difficile pour un journal tel « Le Peuple », sous-titré « Organe quotidien de la démocratie socialiste », d’ignorer cet événement populaire fastueux même si comme l’assure le député socialiste de Seraing, Alfred Smeets « je ne puis m’associer ni de près, ni de loin à aucune fête organisée en vue de célébrer l’anniversaire de notre indépendance nationale ».
La parade est trouvée par le biais du feu d’artifice qui clôt, à l’Expo, ces deux journées. C’est dans la rubrique « A travers l’Exposition » que le journal « Le Peuple » aborde ces « Fêtes historiques » préparées par d’éminentes personnalités dont Théodore Gobert et Godefroid Kurth. Ces « Fêtes historiques » mettent en scène 600 personnages dont 60 à chevaux. Ces figurants sont, pour la plupart, des soldats du 2ème Lanciers. Ils représentent une scène du 16ème siècle, organisant l’élection de deux nouveaux bourgmestres entourés des six étendards de « vinâves » – autrement dit comités de quartiers de la Cité - à savoir Vinâve d’Ile, Saint-Servais, Marché, Neuvice, Saint-Jean-Strée ou Feronstrée et Chaussée-des-Brés, le tout avec au milieu l’étendard de la Cité. Les costumes et accessoires ont été réalisés, selon des documents d’époque par Jean Ubachs, auteur de l’affiche artistique magnifiant l’événement tandis que les musiques et airs d’époque ont été reconstitués par Théodore Radoux.

Un discours royal contesté au temps de l’Expo

Quelques jours auparavant, le 21 juillet, Léopold II dit quelques mots : « A coté des discours, quel que soit leur éloquence, il faut des actes. Ce sont ces derniers qui assurent la vie des peuples et leur permettent de surmonter les difficultés de l’existence. Si les hommes de 1830 n’avaient pas agi, aucun de nous ne serions ici en ce moment. Puisse le 75ème anniversaire de notre indépendance soit marquée par l’adoption de ce beau projet soumis aux Chambres, le plus utile depuis 1834, depuis la loi décrétant nos chemins de fer, les premiers du continent ».
Ce discours court provoque, tant à gauche qu’à droite, des tollés. Le Roi empiète sur la séparation des pouvoirs. L’Exécutif ne peut agir sur le Législatif. En 2005, une « lettre à mon juge » provoquera également un tel tollé. Le Législatif ne peut empiéter sur le Judiciaire.( à suivre...)





Pierre André