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Santé

Mis en ligne le 04/09/2018

Ouverture de la salle de consommation de drogues à moindre risque ce mercredi 5 septembre à Liège.



Cette salle qui se prénomme "Såf Ti " sera ouverte 7 jours sur 7 pendant toute l'année et devrait limiter la toxicomanie en rue mais et devrait limiter la toxicomanie en rue et aider celles et ceux qui chercheraient une porte de sortie.
Ce sera aussi un moyen de secouer le cocotier face à une certaine inertie (pas à Liège en tout cas) politique générale. Prévention, accompagnement, oui…mais… il n'y a pas que ça.
Car en Belgique, la législation fédérale interdit toujours la mise à disposition d'un tel local. Mais à Liège un consensus existe autour de ce projet, tant du côté des autorités que de la population.

Liège, ce n'est un secret pour personne, est malheureusement très mal située sur la carte de la toxicomanie intra et extra muros européenne.
Il y a 33 ans, la section "drogue" du Parquet et de la P.J. de Liège lançaient un strident cri d'alarme vers le "politique" suite à la montée vertigineuse des toxicomanies (héroïne, cocaïne etc…) en région liégeoise et parallèlement dans tout le pays.
Mais évidemment, probablement parce que la lutte contre le trafic risquait de mettre à mal un pan entier de la société de consommation, les "politiques" ont préféré fermer les yeux à moins que ce ne soit par incompétence totale.
Et 33 ans plus tard, la situation est devenue presqu'ingérable.

Le bourgmestre seul, face au fléau.

Dès le début de sa prise de son mayorat en Cité ardente, (1999) Willy Demeyer avait fait une priorité de cette problématique. Un combat pour lequel il n'a jamais faibli même si en face, de la part de ses "collègues politiques" il se sentait bien seul. Mais il réussit en s'entourant d'une équipe toute aussi déterminée et en mettant l'Université de Liège dans le coup, à obtenir certains résultats au cours d'une expérience prometteuse :TADAM

TADAM et l'expérience du Dr JohnMarks à Liverpool

En discussion à Liège depuis 1995 (vous voyez que tout ça n'était pas considéré comme urgent) l'équipe du bourgmestre obtenait un accord définitif en… février 2007, date à laquelle les ministres fédéraux de la Santé publique et de la Justice annonçaient le lancement, à Liège, de TADAM (traitement assisté par diacétylmorphine) et l’octroi d’un budget.

En 2007, les estimations établies par l’ULg dénombraient entre 3500 et 4500 personnes dépendantes de l’héroïne de rue en Province de Liège, dont 1600 à 2100 pour la seule ville de Liège. Deux ans plus tard (2009) l'expérience était arrêtée, faute de financements.
Pourtant, en lisant le rapport de l'Université de Liège, l'expérience commençait à porter ses fruits. Lire le rapport à l'adresse: projet-tadam-conclusions-scientifiques-et-recommandations.
Cette expérience a-t-elle été arrêtée de la même façon qu'en 1990 Margareth Thatcher ordonnait, sous la pression croissante du gouvernement américain (on se demande bien pourquoi, mais j'ai ma petite idée), la cessation de l'expérience menée depuis près de 10 ans dans un faubourg de Liverpool par le docteur John Marks.
Il ne s'agit pas du tout d'une "fake news comme dirait Trump" et si vous vous renseignez un peu sur John Marks, vous verrez que cet homme qui s'est démené pour la lutte contre la toxicomanie et le bien être de ses "malades" est connu internationalement et dut même s'exiler. Son travail a cependant été repris avec succès, dans des pays comme la Suisse, les Pays-Bas etc…
Vous pouvez aussi lire cette page d'un organisme américain qui lançait un appel à l'aide en février 1995 contre la fermeture de la clinique de John Marks à l'adresse : Liverpool.

TADAM a eu plus de chance (mais si elle a dû cesser ses activités) elle est devenue une Fondation privée qui sera, sous la coordination générale de Dominique Delhauteur (un des fidèles dans ce domaine) l'opérateur de la salle, tandis que l'asbl Alpha assurera l'aspect psycho-social.Le Centre Alfa est un Service de Santé Mentale spécialisé dans le traitement, la prévention et la réduction des risques en matière d'assuétudes. Agréé et subsidié par la Wallonie.et aussi comme Service d'Education Permanente par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Créée en 1962, l'asbl ALFA (Aide Liégeoise aux Alcooliques et à leur Famille), est devenue, depuis 1975, un Service de santé mentale qui s'est spécialisé dans le traitement, la prévention et la réduction des risques en matière d'assuétudes.

"Såf Ti", Protège-toi en wallon liégeois.

C'est Dominique Delhauteur, qui présente cette salle de consommation de drogues à moindre risque baptisée "Såf Ti", "Protège-toi" en wallon liégeois que beaucoup appellent déjà "salle de shoot". Il dit notamment :
"Cette salle s'adresse aux usagers de drogues problématiques, héroïne et cocaïne et qui consomment principalement en rue".

""On les estime à 300environ sur le territoire liégeois. En ce qui concerne la fréquentation que l'on attend, on ne calcule pas nécessairement en nombre de personnes, on calcule en actes de consommations et là on s'attend à une moyenne de 150 actes de consommation par jour. Nous sommes équipés de deux salles de consommation: une salle réservée à l'injection et une salle réservée à l'inhalation. Nous y avons aussi un cabinet de consultations médicales ou pour des entretiens d'ordre social ou psychologique. Cela nous permet d'organiser des permanences six heures par semaine, gérées par deux médecins généralistes."

Rappelons que la salle est installée dans les anciens locaux de TADAM, rue Florimont (anciennes rotatives du journal "La Wallonie") et est ouverte (dès ce 5 septembre) 7 jours sur 7 toute l'année.

La conclusion du bourgmestre

Après plusieurs années de travail sur ce sujet, Willy Demeyer estime que cette salle n'est que le maillon d'une chaîne qu'il faut compléter: "Ce qu'il faudrait, c'est d'abord une prise en considération sans œillère du phénomène du cannabis. Il faudrait un système de régulation par les pouvoirs publics de la consommation de cannabis. Il faut avoir de la prévention. Pour l'instant, elle est quasi inexistante. Il faut rouvrir un dispositif pour que les toxicomanes que nous allons accrocher dans la salle de consommation puissent commencer à se soigner à l'intérieur de Tadam. Il faut aussi de la répression contre les dealers - et là, c'est au gouvernement fédéral d' agir."

Il y a encore manifestement du travail à accomplir et des étapes à franchir. On ne peut espérer que les dinosaures de notre petite planète politique (Belgique) laissent la place à de nouvelles pousses dont l'ouverture d'esprit, mais aussi le simple bon sens qui feront avancer le "dossier".Mais un seul homme...





Gaston LECOCQ