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Economie

Mis en ligne le 30/10/2010

C’est bon pour une fois Mr Marcourt !


Annonçant la réouverture des mines wallonnes, le ministre Jean-Claude Marcourt a bluffé la presse belge pour présenter le projet «Creative Wallonia»…à Blegny-Mine

Lundi dernier, la plupart des rédactions belges (la nôtre également) recevaient, de la part du cabinet du ministre régional wallon de l’Economie Jean-Claude Marcourt une « Invitation à une conférence de presse», dont nous vous livrons l’intégralité ci-dessous : «30 ans après la fin de son exploitation industrielle, c’est au charbonnage de Blegny que le Ministre Jean-Claude Marcourt vous convie ce mercredi 27 octobre 2010 à 9h30.
Le choix du lieu, peu habituel pour ce genre d’exercice, s’est imposé presque naturellement puisque cette conférence de presse portera sur la réouverture de mines en Wallonie.»


Même si quelque part, cette invitation sentait un peu l’arnaque, un bon journaliste n’allait pas la classer verticalement sans avoir vérifié. J’ai eu beau envoyer un courriel demandant des explications au cabinet du ministre : pas de réponse. Alors quoi ? Allais-je passer à côté d’une information capitale pour la région ? Pour quelles raisons allait-on rouvrir les mines wallonnes : stockage du CO2, exploitation du méthane ou véritable réouverture de l’exploitation charbonnière comme les Anglais viennent de commencer à le faire, ou autre projet révolutionnaire ?
C’est qu’avec un tel intitulé, l’imagination d’un journaliste gamberge. Alors il n’y avait plus qu’à y aller. D’autant que j’ai beaucoup de sympathie pour Blegny Mine et toute l’histoire humaine et économique qu’elle représente pour notre région.

Sur place, les responsables du centre touristique, historique et culturel de Blegny-Mine attendent les journalistes avec veste de mineur et casque. Ils n’en savent pas plus, sauf que le ministre Marcourt attend les journalistes dans le fond de la mine à l’étage – 60 mètres.
Harnachés du casque de protection et du sarreau bleu des mineurs, les journalistes descendent les premiers 30 mètres dans la cage, les 30 suivants se font à pieds. Au bout d’une galerie nous nous trouvons en face d’un écran sur lequel est projeté en trois dimensions (on nous avait fourni les lunettes adéquates) le prolongement de la galerie. Avec en générique «Creative Wallonia». C’est alors que surgissant comme un diable, casqué de jaune et sarreau bleu, le ministre Marcourt qui vient nous saluer et nous dire que la conférence de presse aurait lieu en surface. En fait d’ouverture des mines de Wallonie, il fallait lire (mais il fallait encore le deviner) « mines de créativité ».Même le directeur de Blegny Mine ne savait pas le sujet exacte de la conférence de presse.

Il faut faire Yale et Harvard (au moins) pour suivre Marcourt…


C’est dans la salle du Puits Marie que le ministre a alors développé son sujet «Creative Wallonia», un titre anglais (très tendance) pour un programme cadre qui « place la créativité et l’innovation au cœur du projet wallon» et qui «s’inscrit dans la logique du plan Marshall».
Pour étayer un discours souvent très ésotérique et ponctué d’anglicisme et autre néologismes très clinquant (vive le bling-bling), le ministre Marcourt qui pense peut-être que tous les journalistes présents ont fait Yale ou Harvard se faisait projeter son schéma directeur en mode « Prézi ». C’est autre-chose que le «PowerPoint» et c’est surtout très nouveau, donc très tendance aussi.

Pour en revenir à «Creative Wallonia», si j’ai bien compris (j’ai renoncé à lire la brique de 63 pages remise à la conférence de presse), il s’agit d’un programme doté d’un budget de 5 millions d’euros pour 2010 et de 20 millions pour 2011 (si tout va bien) qui s’articule autour de trois grands axes.

1) «La promotion de la société de la créativité, via la formation des futurs managers mais aussi, plus largement, par des actions dans tout l'enseignement obligatoire et vers la société civile». En matière d’enseignement, notamment en collaboration avec les HEC, l’Université de Liège et le Conservatoire de Liège (école d’acteurs), Jean-Claude Marcourt croit beaucoup à l’interpénétration entre les professeurs et les étudiants de ces trois catégories d’études pour en faire ressortir une multitude d’idées qui seraient immédiatement prêtes à être mises en pratique.
2) «La fertilisation des plaques innovantes ». Selon Jean-Claude Marcourt : «Je souhaite que la Wallonie se dote d'un outil de captation des tendances à l'échelle mondiale, que le travail en réseau (clusters) soit encore davantage encouragé et que les PME puissent faire procéder à des audits sur leur potentiel d'innovation. La culture d’innovation n’a de chance de s’étendre que s’il est perçu que les acteurs proches s’illustrent en la matière. Parvenir à la démontrer sera la tâche des «Zénobes » prix de l’innovation en Wallonie. »

3) «Soutenir directement la production innovante dans le processus de passage d'un prototype innovant à un produit de service ou commercialisé ».
Comme le dira le ministre : « D'importants efforts ont déjà été accomplis et ont porté leurs fruits mais il s'agit de franchir une étape supplémentaire dans la mutation de l'industrie wallonne afin de répondre toujours mieux aux défis posés par le monde global » (sic).

On sait que la Wallonie a souvent été à la première place dans les innovations qu’elles soient technologiques, artistiques, culturelles. Faire en sorte que cela soit encore le cas demain est évidemment une bonne chose et nous ne pouvons que souhaiter que «Creative Wallonia» porte ses fruits. Il faut oser l’avenir.
Mais de grâce, Monsieur Marcourt, lorsque vous vous souhaiterez développer une nouvelle idée pour la Wallonie, lorsque vous souhaiterez que les citoyens sachent ce que vous faites pour eux, utilisez un langage plus simple, moins ésotérique et à la portée des toutes les lectrices, de tous les lecteurs…

Allez, c’est bon pour une fois… mais attention vous ne nous aurez plus comme ça!

Pour en savoir plus sur « Creative Wallonia » : prezi.com/lapjfd8ivs3c/creative-wallonia





Gaston LECOCQ