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Théâtre

Mis en ligne le 24/09/2009

Le 50ème Festival de Théâtre de Spa a illustré l’injuste répartition des moyens entre Bruxelles et la Wallonie

Un Festival qui s’est terminé moins bien qu’il n’avait débuté.
Parmi les quatre derniers spectacles que nous voulions voir, il en est un que nous avons raté en raison d’une confusion horaire dont nous sommes seul responsable. Nous avions mal noté l’heure de la programmation tardive (21h.45’) du spectacle grand guignolesque « Le faiseur de monstres » par la compagnie Arsenic dans une mise en scène d’Axel De Booseré. Nous le regrettons encore.
Par contre, deux jeunes gens sérieux, diplômés de nos Universités mais ayant quitté les professions pour lesquelles ils avaient été formés, en préférant embrasser de précaires carrières de comédiens, nous ont beaucoup amusé dans la représentation de quatre dialogues imaginés par Georges Courteline et regroupés sous le titre : « Faire le malin est le propre de tout imbécile ». L’exceptionnel dynamisme de Stéphanie Van Vyve et la feinte gravité de son faire valoir Dominique Rongvaux (la photo ci-dessous) ont fait mouche et ravi un public qui sait gré à celle et ceux qui le conduisent à rire sans réserve de la médiocrité et de la bêtise des petits bourgeois comme des bureaucrates bornés. Nous avons aussi aimé entendre Didier Lelong nous parler théâtre avant sa représentation. Par contre, la lecture de textes de Léo Ferré, accompagnée à la guitare par Jean-Paul Vigier nous a déçu. « Poète, tes papiers ! », loin de permettre de mieux réentendre des mots avec lesquels tout s’en allait, s’avère difficilement audible et ajoute des effets qui n’apportent rien à la passion et parfois à la démesure d’un Ferré.

Enfin, n’étant pas masochiste, nous ne sommes pas restés jusqu’à la fin d’un spectacle auquel nous nous réjouissions pourtant d’assister : Lorenzaccio d’Alfred de Musset, mis en scène par Antoine Bourseiller. Celui-ci qui fut un metteur en scène apprécié dans les années 50 et 60 a été embauché par un industriel du mobilier urbain afin de donner par son nom une crédibilité aux productions culturelles de cet entrepreneur. « C’est Ollivier Verra, jeune producteur avignonnais qui m’a redonné le goût de la mise en scène en me déchargeant du poids administratif de la gestion d’une troupe de théâtre » déclarait Bourseiller au sujet de ce sieur Verra qui n’a rien de jeune mais qui entend rentabiliser des investissements plus que modestes. Lorenzaccio qui requiert des moyens importants pour respecter l’esprit et la lettre du texte de Musset a été « adapté » afin d’être joué par une dizaine de comédiens dans une vingtaine de rôles qui au TNP et chez Musset sont trois fois plus nombreux. La plupart des comédiens étaient en outre inaudibles, les décors brillaient par leur absence, les éclairages s’avéraient dignes d’une salle d’interrogatoires policiers, les costumes de la Renaissance mélangeaient tenues contemporaines et excentricités. Bref, par égard pour le passé de Bourseiller et par respect pour l’avenir de dix comédiens, n’allons pas plus loin dans la dénonciation d’un spectacle qui se sert de Musset et ne le sert nullement. Retenons simplement combien nous pourrons nous méfier du sigle OV Productions du sieur Ollivier Verra. Mais cela ne nous empêchera nullement d’apprécier la haute qualité d’ensemble de ce cinquantième Festival de Théâtre de Spa, le onzième de l’ère Armand Delcampe – Cécile Van Snick, toujours placé sous le signe de la création comme le souligne justement Philip Tirard dans l’ouvrage illustré qu’il vient de consacrer aux quarante neuf premières éditions et dont nous tirons le montage photographique mettant face à face Cécile Van Snick et Armand Delcampe.
Cela signifie-t-il que les prochaines éditions de cette importante initiative culturelle wallonne sont assurées. Il n’en est malheureusement rien. On pouvait espérer que la Communauté française consacrerait un effort significatif pour un jubilé comme celui de cette année. Ce fut loin d’être le cas. Et alors que le 49ème Festival se déroula du 8 au 22 août 2008 et présenta, dans neuf lieux, en 15 jours, 76 représentations de 37 spectacles dont 10 créations, le 50ème cette année a été amputé de quatre soirées et de cinq spectacles dont deux créations . La majorité des 32 spectacles avaient une distribution réduite à un(e) seul(e) comédien(ne) dans neuf cas et à deux dans neuf autres. Un hasard ? Certainement pas car les exigences financières ne sont pas étrangères au choix de programmation. Le contrat-programme signé à l’initiative de Richard Miller avec la Ville et le Festival de Théâtre de Spa n’a pas été renouvelé et les subventions stagnent et restent même hypothétiques. Ce désintérêt à l’égard d’une manifestation majeure de la vie dramatique en Wallonie est d’autant moins admissible que la part wallonne dans la répartition géographique des crédits communautaires à l’art dramatique sont honteusement déséquilibrés au détriment de nos cinq provinces et au profit de la région de Bruxelles. L’ « observatoire des politiques culturelles » possède les chiffres exacts qui ne sont plus diffusés. Si l’on ajoute en ce qui concerne l’ensemble des dépenses culturelles la localisation à Bruxelles de toutes les institutions restée fédérales (à trois exceptions près : le Jardin botanique de Meise, le Musée de l’Afrique centrale à Tervueren et les sièges provinciaux des Archives Générales du Royaume) le déséquilibre au détriment de la Flandre comme de la Wallonie s’avère insupportable. Et cela même si un certain Bourgmestre décerne à sa Ville le titre de capitale culturelle de la Wallonie ce qui n’a aucun sens car tant que la culture ne sera pas régionalisée, Bruxelles reste la capitale des deux grandes communautés et donc de la culture dans chacune de celles-ci. En 1980, les quatre Bourgmestres des principales Villes Wallonnes Close (Liège), Harmegnies (Charleroi) Dubois (Mons) et Namèche (Namur) alors tous socialistes l’avaient bien compris en se gardant d’enlever à Bruxelles son statut de capitale communautaire de la culture.

Armand Delcampe qui incarnera le Tartuffe ou l’Imposteur de Molière du 15 au 30 Octobre prochain à l’Atelier Théâtre Jean Vilar de Louvain-la-Neuve (en la salle de l’ « Aula magna ») conclut pour sa part le Festival de Spa par des propos sévères mais lucides.
Le préalable à tout progrès véritable est pour lui la formation des formateurs. L’inculture règne alors que le rôle des cercles locaux d’éducation populaire était hier fondamental. Aujourd’hui seul le politiquement correct l’emporte démagogiquement . Par exemple les incantations sur le thème « le multiculturalisme ou rien » ne manquent pas de charme électoraliste selon Armand Delcampe qui souligne la nécessité de mettre en valeur notre propre culture, notre identité wallonne et française. En outre, remarque-t-il, en citant Peter Brooke au théâtre « le péché mortel, c’est l’ennui ». Et le Directeur du Festival de Théâtre de Spa de s’en prendre non sans raison à la lâcheté de trop de domestiques qui peuplent le monde théâtral, ces gens qui s’abaissent devant l’establishment, qui veillent à avoir la carte qu’il faut au moment qui convient …
Conclusion : si Armand Delcampe et (il ne la laisse pas assez parler) Cécile Van Snick (la photo ci-dessus) obtenaient à Spa et à Louvain-la-Neuve les contrats programmes qu’ils méritent, ce ne serait pas là l’effet de la flagornerie.

Jean-Marie ROBERTI