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Sport

Mis en ligne le 22/07/2008

AVIRON : Cléon Bauduin n’est plus


Rameur hors du commun, vice-président du RCAE-Aviron de Liège, Cléon Bauduin a déposé ses pelles. À 65 ans, Cléon est allé ramer sous d’autres horizons, pour l’éternité. Souque bien l’ami !

C’est un peu par hasard, ce week-end, en passant en revue les quelques 2500 courriels accumulés pendant 45 jours d’inactivité, que j’ai trouvé le courriel de Paul Wauters datant du 16 juillet m’annonçant le décès de Cléon Bauduin, vice-président du RCAE-Aviron de Liège. Pour toutes celles et ceux qui connaissaient bien Cléon, et j’en étais, nous savions qu’il était au terme de sa vie.
Il y a plusieurs mois, il m’avait téléphoné à propos du terrible diagnostique : «Gaston, j’ai une mauvaise nouvelle à t’annoncer, je viens d’apprendre que j’ai un cancer du foie… ». Mais tout de suite Cléon embrayait sur un autre sujet, comme si la nouvelle qu’il venait de m’apprendre n’était pas la plus importante et qu’en fin de compte il devait me rassurer.
La dernière fois que j’ai rencontré Cléon, c’était le 17 mai dernier, sur les berges de la Meuse, dans les installations du RCAE qui organisait ce jour là des joutes nautiques dans le cadre des « 30 ans du Service des Sports de la Province ». Il m’avait dit : « Gaston, je n’en ai plus pour très longtemps. Si tu parles de moi, parle surtout aviron. C’est vraiment un sport qu’il faut promouvoir et soutenir ». Jusqu’au bout, il a fait preuve d’un courage extraordinaire et d’une abnégation sans borne. Sa dernière régate, il l’a courue le 30 juin. Lors du « Handicap de Visé », remporté par le RCAE, Cléon a barré la yolette de pointe. Sa dernière course.
Si Cléon a commencé à ramer en 1987, c’est en 1993 que mon fils et moi avons été initiés à l’aviron au RCAE. C’est à cette époque que je l’ai connu. Il y cumulait les fonctions de moniteur et de vice-président. Très vite, le courant est passé entre nous deux à tel point qu’il m’avait, même s’il savait que je n’avais pas l’endurance et la technique nécessaire pour une telle épreuve, convaincu de m’inscrire au mythique « Marathon de la Meuse ». Rien que pour savoir ce que c’était. Je me rappelle toujours de cette épreuve même si, c’était couru d’avance, je ne suis jamais allé jusqu’au bout. Mais pour Cléon, ce n’était pas grave. L’important c’était d’avoir essayé.
Si Cléon a déjà ramé sur tous les types de bateau existant en aviron, en vitesse notamment, ce sont probablement les courses de fond qui sont ses préférées. C’est ainsi qu’il a participé – et en y gagnant l’une ou l’autre médaille - à 18 reprises au « Marathon de Liège » (± 43 km autour d’Outremeuse par la Meuse et la Dérivation), 5 fois au Marathon de Paris (Nogent sur Marne). Il a aussi a ramé entre Liège et Marseille en 1998, Liège et Bordeaux en 1999 et Liège et Paris en 2001. Il avait une capacité extraordinaire, aussi grande d’ailleurs que son humilité.

A ses côté pour son dernier défi

Les lecteurs assidus de « Proxi-Liège » s’en souviendront peut-être. Le samedi 1er mai 2004, Cléon Bauduin, quittait, à bord de son « Virus » (un canoë mer aménagé aviron par ses soins), les installations nautiques du RCAE (Royal Cercle athlétique des étudiants de l’ULg) et du Royal Sport Nautique de la Meuse à destination de Castillon-Bergerac puis retour. Soit, à la rame, sur les fleuves et canaux de Belgique et de France, un périple de quelques 4000 km. Il avait deux objectifs : récolter un maximum de fonds pour la Fédération Belge contre le Cancer et la Ligue Nationale Française contre le cancer et promouvoir l’aviron, un sport extraordinaire et nettement plus démocratique qu’on le croit et qu’il n’a cessé de promouvoir. D’ailleurs le jour de son départ, il m’avait dit : «Si mes objectifs premiers restent inchangés (promotion de l’aviron, défi sportif), le décès de mon épouse, à 53 ans en août 2003, après 21 mois de lutte courageuse contre deux tumeurs cérébrales inopérables m’ont incité à considérer ces motivations comme bien trop personnelles et égoïstes. Aussi ai-je décidé d’aider bénévolement la Fédération Belge et la Ligue Nationale française contre le Cancer, dans leur soutien pour la recherche contre cette maladie.»

C’est ainsi que pendant 13 semaines, j’ai relaté le périple de Cléon. Avec un entretien téléphonique hebdomadaire (chaque vendredi), j’ai pu ainsi être à ses côté alors qu’il naviguait sur la Meuse, le canal de l’Est (Nord), le canal de la Marne au Rhin, la branche sud du Canal de l’Est, la Saône, le Rhône, le Canal du Rhône à Sète, l’étang de Thau, le Canal du Midi, le canal latéral de la Garonne, la Garonne et enfin la Dordogne. Puis l’inverse pour le retour.
Pendant 13 semaines, j’ai pu avec, lui partager ses joies, ses inquiétudes, mais aussi son désarroi lorsqu’en panne à l’aller, (il avait cassé une pièce importante), notre navigateur a soudain cru qu’il devrait abandonner. Nous avons aussi supporté sa douleur physique (ce n’est pas rien de faire entre 30 ou 90 km par jour avec parfois des conditions atmosphérique infernales) mais nous avons également ri de certaines anecdotes… et nous nous sommes réjouis de pas mal de moments de grands bonheur au fil des rencontre dans d’autres clubs nautiques.
Prudent, Cléon avait estimé qu’il serait de retour pour le 10 août. Après une randonnée de près de 4000 km, il a accosté d’où il était parti le mercredi 28 juillet. Ces 13 semaines, je ne les oublierais jamais, ni ce qu’il me dit à son arrivée : «Ça va me manquer tes coups de fils du vendredi soir». Lui, c’est maintenant qu’il va manquer.

Je n’ai pu assister au dernier voyage de Cléon, je le regrette vraiment. A sa compagne, à sa fille et à ses amis rameurs, j’adresse toute ma profonde sympathie.
Et pour répondre à son dernier vœu, si vous voulez suivre l’actualité de l’aviron à Liège, vous pouvez vous rendre sur les sites du RCAE: www.rcaeaviron.be du Royal Sport Nautique de la Meuse: www.rsnm-liege.com/ ou encore de l’Union Nautique: www.srunl.com

Les photos de haut en bas :

- Cléon lors d’une parade nautique en 2005
- Son arrivée à Liège le 28 juillet 2004
- De dos comme barreur, lors de sa dernière course le 30 juin.







Gaston LECOCQ