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Il y a déja

Mis en ligne le 13/10/2005

Expo Universelle de 1905: Comme si " Proxi-Liège " y était allé. N° 24

Quand on écrit, en 2005, que, de l’Exposition Universelle de 1905, Liége n’a conservé que le Pont de Fragnée, le Pont Hennebique et le Palais du Mamac, c’est vraiment faire peu de cas du Congrès Wallon qui s’est tenu du samedi 30 septembre au lundi 1er octobre. Certes, ce Congrès Wallon de 1905 n’est pas le premier. Déjà, les 20 et 21 juillet 1890, à l’initiative de la « Société de propagande wallonne » à Bruxelles s’est tenu un premier Congrès wallon qui a été suivi de trois autres : à Namur en décembre 1891, à Liège en novembre 1892 et à Mons en novembre 1893. Le Congrès de 1894 prévu à Verviers n’a pas lieu suite à des dissensions internes et une absence de préparation. Ces quatre Congrès wallons ont « pour objectif principal d'organiser la résistance wallonne face aux exagérations du flamingantisme. L'action wallonne qu'ils envisagent doit surtout multiplier les sociétés littéraires dialectales. Leur autre préoccupation essentielle étant la sauvegarde des intérêts matériels des fonctionnaires, voilà qui explique en partie leur manque d'influence sur les masses ». (1)

Des pionniers du mouvement wallon

En décembre 1892, Olivier Colson, Joseph Defrecheux et Georges Williame fondent la revue « Wallonia » sous-titrée « Archives wallonnes d’autrefois, de naguère et d’aujourd’hui ». Sous l’impulsion du libéral Julien Delaite se crée la « Ligue wallonne de Liège », en 1897, en réaction aux exagérations flamandes qui se traduisent notamment par le vote de la loi de Vriendt-Coremans. Exagérations qui vont jusqu'à l’injure telle celle proférée, récemment, le 10 août 1905, par le député anversois Coremans qui a osé dire : les Wallons ont un passé sans gloire ! « C’est là une sortie Coremanesque » s’est indigné le parlementaire Hoyois tandis les Destrée et Fléchet n’ont pu faire taire leur indignation. La « Ligue wallonne de Liège » possède, jusqu’en 1902, son organe «L’Âme Wallonne ».
« C'est de ce moment que date la première revendication fédéraliste dans un journal wallon de combat. Le 15 mars 1898, L'Âme wallonne publiait en première page un long plaidoyer en faveur de la séparation administrative du pays : "prenons ouvertement l'offensive et poursuivons dès aujourd'hui l'obtention d'un régime séparatiste, avant qu'on ne nous ait dépouillé et réduit plus encore". En décembre suivant, Delaite présente un projet de séparation administrative, le premier du genre du côté wallon. Certes, le poète Albert Mockel (le portrait) a déjà préconisé une solution de type fédéraliste aux problèmes belges dans un article paru en 1897 dans Le Mercure de France. Mais le rapport présenté par Delaite en décembre 1898 est plus précis à ce sujet, tout en demeurant encore fort rudimentaire ». (2)

Préparation du Cinquième Congrès Wallon de 1905

« La Ligue Wallonne de Liége » a décidé d’organiser le Cinquième Congrès Wallon dans le cadre de l’Expo. Elle demande le patronage du Gouvernement Belge au prétexte que celle-ci est l’occasion rêvée de manifester « l’union de nos deux races nationales, cimentée par le Pacte de 1830 ». Le gouvernement – bien que majoritairement flamand – accorde son patronage. Ce dont Hector Chainaye s’amuse. Le thème du Congrès est « Le rôle des Wallons dans l’histoire ».
Vingt deux rapports sont rédigés, publiés dans « Wallonia » qui fournit, en outre, un compte rendu analytique dans son numéro de décembre 1905. Des vingt-deux rapports, deux seulement évoquent des problèmes économiques. L’un, rédigé par le comte Albert du Bois – auteur en 1902 du « Catéchisme du Wallon » - souhaite voir l’affranchissement postal, dans les relations France-Belgique, ramené à un taux uniforme, celui du tarif interne. L’autre concerne le détournement des grands express internationaux, au détriment de Liège et de Verviers, avec la création envisagée d’une ligne Aix-la-Chapelle-Anvers via Visé, Louvain, Bruxelles.

Les Wallons ont la fibre de l’Indépendance nationale

La première activité du Cinquième Congrès Wallon est d’aller déposer « une couronne sur la Tombe de Sainte-Walburge, en mémoire des combattants morts en 1830 pour la Patrie et inhumés en cet endroit ».
Ensuite, c’est le dîner au cours duquel Julien Delaite constate avec plaisir la présence de « Henri Bragard (le portrait), président du Club Wallon de Malmédy, délégué par ses amis au Congrès de tous les Wallons ». Julien Delaite déclare qu’il a « tout espoir que le Congrès sera fructueux en résultats durables ». Après ce discours, « le champagne fait son apparition, et l’on passe aux chansons, suivant la coutume traditionnelle des Wallons, et l’on s’en donne à cœur joie ».

Le sens du Congrès Wallon de 1905

Le dimanche matin, aux côtés des autorités officielles, toutes les personnalités du mouvement wallon sont présentes, en la salle académique de l’Université. Le président Julien Delaite précise que ce Congrès se veut « pacifique ». « Nous l’avons organisé en dehors de tout esprit de parti, pour exposer les justes revendications des Wallons et pour exalter l’âme wallonne. Nous ne voulons critiquer que ce qui est critiquable, mais voulons tout dire, le dire sans crainte. Nous n’attaquons pas les Flamands, mais nous entendons flageller les exagérations flamingantes qui menacent l’intégrité de la patrie belge. Nous voulons aussi mettre en lumière ce que les Wallons furent dans le passé, ce qu’ils réalisent dans le présent, ce à quoi ils aspirent pour l’avenir ».

Ne pas se méprendre

Le vice-président du Sénat, le libéral Emile Dupont assure que « il ne faut pas se méprendre sur le sens de ce Congrès. Il n’a pas pour but de détrôner la langue française, admirable d’élégance, de clarté, de précision, à telles enseignes que tous les peuples en ont fait leur seconde langue. Mais gardons une ardente affection et une vive sympathie pour notre vieille langue wallonne. Non, nous n’oublierons pas notre vieux wallon, la langue de nos pères, cette langue dans laquelle ont été écrites tant de choses charmantes et fortes. Exigeons qu’on encourage nos œuvres au même titre que les autres ; que tous les subsides utiles soient accordés pour le Dictionnaire scientifique et général de la langue wallonne, comme il en est accordé pour le Dictionnaire flamand. Revendiquons les droits de notre langue. Le wallon est le langage aimé de nos ouvriers et de nos paysans. On a le devoir de le comprendre pour pouvoir s’adresser aux masses laborieuses. Notre race doit être respectée comme tout autre.

La Wallonie prussienne

Représentant de la Wallonie prussienne, Henri Bragard adresse en wallon de Malmédy un discours entrecoupé d’applaudissements et salué d’ovations.
« Acsèptoz, Wallons rassonlés voci du totes les cwanes du vosse Bèlgique, lu vigreûs Diè-wâde quu v’s avoyèt, do l’aute des costés dol frontiére, les Wallons dol Prûsse, - vos fréres. Lu song ést rodge, dit-st-on ».

Il y a encore des Liégeoises

Plus de cinq cents personnes participent au Congrès dont de nombreuses dames. Hector Chainaye les salue tout particulièrement. « La femme de Liège est homme par la raison, et doublement femme par le sentiment. Plébéienne, bourgeoise ou aristocratique, la femme wallonne est profondément attachée au pays natal. En 1684, c’est une femme du peuple, qui, rudoyée par des soudarts allemands, avant la mise à mort d’un de nos martyrs, s’écria : Il y a encore des Liégeoises ! (…) et je crois même qu’il y en aura, des Liégeoises et des Liégeois, des Wallonnes et des Wallons, aussi longtemps que la Meuse s’épandra des Ardennes françaises pour parcourir notre pays ».

« L’âme belge » de l’historien Henri Pirenne

Dans ce milieu wallon, le Verviétois Henri Pirenne (la photo), professeur d’Histoire de Belgique à l’Université de Gand, (d)étonne un peu en déclarant : « les Wallons, à proprement parler, n’ont pas d’histoire. Il n’y a pas davantage, d’ailleurs, d’histoire des Flamands. L’une et l’autre se confondent qu’on le veuille ou non, dans l’Histoire de la Belgique ». L’éminent professeur de se lancer dans une longue histoire d’Histoire. Il parvient à susciter les rires : « de chez nous aussi Rodolphe de Saint-Trond (…) originaire de Moustier-sur-Sambre (…) chargé d’apprendre à lire à de jeunes enfants : il étudia le flamand. C’est vraisemblablement l’un des plus anciens Wallons qui aient appris cette langue ».

« Les origines wallonnes » au travers les crânes du professeur Fraipont

Appelé à discuter des origines de la race wallonne, le professeur Julien Fraipont déclare, tout de go, qu’il n’y plus de race pure - ni wallonne, ni flamande – au sens où une race naturelle est « un ensemble d’individus d’une même espèce, ayant des caractères particuliers, fixes et transmissibles par hérédité ». Le savant professeur définit le Wallon : « généralement de petite taille, trapu, à tête ronde (brachycéphale), aux pommettes saillantes ; il a le nez large et court, les yeux foncés et les cheveux châtains ou noirs ». Julien Fraipont précise : « on rencontre des représentants presque purs de ce type wallon, parmi les ouvrières de nos fabriques liégeoises ; car souvent le caractère ethnique se conserve mieux chez la femme que chez l’homme ». A l’appui de ces thèses, le professeur a amené nombre de crânes se rattachant « à la race sous-brachycéphale néolithique. Ils appartiennent à des hommes de la pierre polie, à des Liégeois du moyen-âge et à des Wallons actuels ». Une autre série de crânes est exhibée. « Ils appartiennent à des Francs du IV° siècle, du IX° siècle, à des Flamands modernes ». Enfin, Julien Fraipont présente une dernière série des crânes montrant un métissage et ajoute « la plupart d’entre nous, Wallons wallonisants, avocats, ingénieurs, médecins, industriels, professeurs ou commerçants, nous sommes des métissés à tous les degrés. C’est ce que j’ai encore constaté ce matin… ». Le président du Congrès, Julien Delaite remercie l’orateur « il n’y a rien de plus attachant que cette science quand on entend exposer ses principes de façon si claire, si vivante ». Il est permis de douter qu’en 2005, le même discours obtienne un succès identique à celui de 1905. Et c’est heureux…mais chacun vit avec son temps en son temps.

Troisième journée du Congrès

Les Congressistes examinent les divers rapports. Les discussions ont été à certains moments vives. Toutefois, comme l’a dit Julien Delaite, dans son discours de clôture, ceci résulte de « la vigueur de nos sentiments wallons qui nous animait mais nous sortirons d’ici sans aucune animosité les uns contre les autres ». Un certain nombre de propositions ont été renvoyées au prochain Congrès dont celle qui vise a « donner à la langue française la suprématie en Belgique, tout en tenant compte des droits sacrés des langues wallonne et flamande » ou celle qui exige que « un nombre égal d’heures soit affecté dans les écoles primaires du pays flamand à l’enseignement du français et à celui du flamand ». En 2005, on appelle ce genre d’enseignement des «classes d’immersion ».
Parmi les nombreux vœux adoptés par le Cinquième Congrès Wallon, vœux qui n’ont pas été nécessairement exaucés, citons celui-ci, adopté à l’unanimité, qui exige « des magistrats la connaissance du wallon de la région où ils sont appelés à siéger ».
Ce vœu est motivé ainsi : « actuellement, les Flandres sont fermées aux magistrats wallons qui, pour la plupart, ne connaissent pas le flamand ; tandis que les magistrats flamands peuvent être nommés dans nos provinces, sans que l’obligation soit reconnue pour eux de connaître le wallon ».

De l’actualité du Cinquième Congrès Wallon

Le comte Albert du Bois a vu son souhait d’uniformiser les tarifs postaux franco-belges se réaliser vers 1995. Mais cela n’a pas persisté puisque en 2005, le timbre Prior vaut 0.5 € pour une lettre en Belgique et 0.7 € si elle destinée à la France.
Quant aux express internationaux, le Congrès a eu raison de dire « Non »à la solution prévoyant le passage via Visé. En 2007, Thalys et ICE emprunteront le « tunnel Pierre Clerdent » pour rejoindre Aix-la-Chapelle.
Le rapport d’Auguste Donnay sur « le Sentiment wallon en Peinture » reste aussi d’actualité. En 1999, dans un fichier pédagogique, « La Wallonie : toutes les cartes en mains … », publié par l’Institut Destrée, l’historien Paul Delforge constate que « le jour où se concrétisera la suggestion qu’Auguste Donnay formula lors du Congrès wallon de 1905, ce jour-là seulement il sera possible de trancher sur l’existence – ou non – d’une école wallonne de peinture. Donnay suggérait de réunir une collection complète de bonnes photographies de tous les tableaux wallons éparpillés à travers le monde afin de dévoiler la beauté originale et personnelle de ce patrimoine ». Présent au Congrès Wallon de 1905, l’échevin des Beaux-Arts, Alfred Micha s’est associé au vœu et le Congrès tombe d’accord « pour exprimer le désir que la Ville de Liège donne l’exemple de cette importante initiative ».(à suivre)
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(1)Eric Smets-le mouvement wallon vu à travers son attachement à la France: site Internet: «Rassemblement Wallonie-France » http://rwf.ifrance.com

(2) Freddy Joris – Les étapes du mouvement wallon – Gvt wallon – Namur - 1995





Pierre André