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Musique

Mis en ligne le 10/10/2005

Huit concerts de l'Orchestre Philharmonique, de Liège à Paris,via Bruxelles, Rotterdam, Locarno, Genève, Zagreb et Vienne.

Ces jeudi 6, vendredi 7 et samedi 8 Octobre, l’Orchestre Philharmonique de Liège, sous la direction de Louis Langrée, a entamé à Liège, à Bruxelles et à Rotterdam une tournée européenne. Elle se poursuivra ces vendredi 14, dimanche 16, mardi 18 et jeudi 20 Octobre à la Chiesa di San Francesco de Locarno (dans le cadre du Festival d’Ascona), au Victoria Hall de Genève, en la Salle Lisinski de Zagreb et dans la grande salle du Musikverein de Vienne, avant de se terminer le mardi 8 Novembre au Théâtre des Champs-Élysées à Paris.

Liège, Bruxelles et Rotterdam

En présence d’un public très nombreux et très enthousiaste, nous avons écouté le premier de ces huit concerts. L’O.P.L. a interprété, dans notre Salle Philharmonique, deux œuvres majeures de César Franck (sa « Symphonie en ré mineur » et son poème symphonique «Le chasseur maudit ») et, avec en soliste, la pianiste Claire-Marie Le Guay, le second Concerto pour piano et orchestre en la mineur de Franz Liszt.
Le même programme fut joué le lendemain en la Salle Henry Le Bœuf du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Par contre, à Rotterdam dans la salle de « De Doelen Concertgebouw », on se retrouvait « In Franse sferen », avec « L’Arlésienne », première suite d’orchestre de Georges Bizet, le Concerto pour piano et orchestre en sol majeur de Maurice Ravel (avec toujours Claire-Marie Le Guay en soliste) et, à nouveau, la Symphonie en ré mineur de Franck en conclusion.
Samedi après-midi, plus de 2.500 personnes remplissaient la très belle salle hollandaise et réservèrent, une fois de plus, un accueil extrêmement chaleureux à l’O.P.L., à Louis Langrée et à Claire-Marie Le Guay (la photo). Ce ne fut pas identique vendredi soir à Bruxelles où l’assistance s’avéra plus clairsemée et, dès lors, quelque peu plus réservée.
A quoi doit-on cette situation ? A la qualité de notre Orchestre ?
Dans le programme de leur saison, les responsables du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles écrivent, nous les citons, que « volant de succès en succès depuis l’arrivée de Louis Langrée à sa tête, le Philharmonique de Liège connaît à Bruxelles aussi un regain de faveur… »
C’est, dès lors, du côté de la programmation du Palais des Beaux-Arts qu’il convient de se tourner.
Elle comporte quelque 240 prestations dans plus d’une douzaine de lieux.
Vous y avez le choix entre trente séries de concerts et dix cycles hors-abonnements.
La série 05 A et 05 B de deux fois cinq concerts concerne les provinciaux que sont l’Orchestre Philharmonique de Liège, équilibré par deFilharmonie.
Et c’est dans la grande Salle Henry Le Bœuf que bien plus d’une centaine de concerts ont lieu (nous ne dirons pas « se donnent » car, si le prix d’un siège de la série 5 va de 8 euros 50 à 32 euros, par contre, pour Cecilia Bartoli ou le Wiener Philharmoniker, la place, dans cette institution appartenant pourtant au secteur public peut monter jusqu’à 122 euros).
Une telle surabondance de choix ne permet guère pour des concerts « non exceptionnels », une valorisation médiatique convenable, avant ni d’ailleurs après la prestation. Cette surabondance serait certainement budgétairement impossible en Communautés tant française que flamande.
Le Palais des Beaux-Arts est, lui, une de ces institutions culturelles bruxelloises prétendument « bicommunautaires » (alors qu’il y a trois communautés dans ce Royaume) ou encore dites « fédérales », voire même « nationales » (mais, dans les faits, essentiellement brabançonnes par leurs abonnés).
Leurs subventions (payées par une minorité de brabançons et une majorité de contribuables flamands et wallons d’autres provinces) s’avèrent sans commune mesure avec celles plus chichement octroyées aux institutions qui ne se trouvent pas dans l’orbite bruxelloise.
D’où, une fois encore, la nécessité d’une régionalisation de la culture, à commencer par celle des institutions restées belges.
Enfin, on peut s’étonner du fait que le Palais des Beaux-Arts programme deux fois la Symphonie en ré mineur de César Franck à vingt jours d’intervalle : le 7 octobre avec l’O.P.L. et le 27 avec deFilharmonie dirigée par Philippe Herreweghe.
Ses responsables l’ont-ils seulement «fait exprès» ? Poser cette question n’est pas y répondre.

Le « Valeureux Liégeois » franco-germanique du Philharmonique

Après avoir entendu l’O.P.L. qu’il dirigeait dans « Le Chasseur maudit » et la « Symphonie en ré mineur », je voudrais citer ce qu’a déclaré un « Alsacien qui a grandi au son des « Passions selon Saint-Mathieu et Saint-Jean » de Bach », Louis Langrée, en conclusion d’un récent entretien avec Xavier Flament (publié sur son site « web » par le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles) :
« Bien qu’il soit Liégeois, on parle souvent de Franck (le portrait) comme d’un compositeur de musique française. Et, effectivement, j’y vois des qualités de clarté et de précision rythmique qui le sont. Et, en même temps, ce n’est pas de la musique méditerranéenne ni même du Ravel. C’est un musicien qui se tourne aussi vers l’Allemagne, vers Beethoven. Il y a une densité de la pâte orchestrale, une flexibilité des lignes mélodiques qui n’ont rien à voir avec la France ni avec l’orgue d’ailleurs, son instrument dont on a souvent dit qu’il l’avait transposé à l’orchestre.
»Or, il se trouve que l’Orchestre philharmonique de Liège a des couleurs françaises. Mais, en même temps, ce n’est pas l’Orchestre National de France. L’O.P.L. est aussi tourné vers le Rhin, vers la musique allemande ».
Cette explication de nos « deux facettes » me paraît lumineuse.
L’O.P.L. et César Franck sont Liégeois, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas belges mais bien franco-germaniques, comme l’a été l’histoire de notre Nation dont les racines plongent à la fois dans le Saint-Empire romain et dans notre langue et notre culture françaises.
Le 8 octobre, « La Libre Belgique » publiait, sous la plume de Nicolas Blanmont, une interview croisée de Louis Langrée et de Marie-Claire Le Guay. Le premier ajoutait alors :
« Quant à la Symphonie de Franck, elle est mon témoignage, non seulement en tant que chef d’orchestre mais aussi en tant que directeur musical de l’Orchestre, une sorte d’état des lieux de ce que nous pouvons faire ensemble ».
Ce témoignage est précieux car c’est en l’écoutant que l’on peut vraiment se rendre compte que l’O.P.L. est devenu, comme l’écrit sur son site internet, à propos d’enregistrements récents (dont celui de cette Symphonie), la firme Universal Music, « un orchestre parmi les meilleurs d’Europe ».
Le public de la Salle Philharmonique du Boulevard Piercot ne s’y trompa nullement, en faisant, à son Orchestre et à son chef, un véritable triomphe .
La Symphonie de Franck est devenue l’hymne de l’O.P.L., une sorte – plus harmonieuse - de « Valeureux Liégeois » du Philharmonique !

Osmose pour Liszt et « enthousiasme des musiciens »

Quant au deuxième concerto pour piano et orchestre en la majeur de Franz Liszt que l’O.P.L., Louis Langrée et Claire-Marie Le Guay au clavier ont joué à Liège puis à Bruxelles et ont prévu d’interpréter à Zagreb, il illustra l’osmose pouvant exister entre un ensemble musical de haut niveau, son chef et une soliste.
En juillet 2002, l’O.P.L., Langrée et Le Guay avaient enregistré à Liège ce second Concerto ainsi que le premier et deux Légendes composées par le pianiste hongrois (le portrait).
Laissons, cette fois, la parole à Claire-Marie Le Guay qui a déclaré : « Avec Louis Langrée et l’Orchestre, il y a une communion de pensée et des moments intenses durant lesquels nous allons au fond des interprétations. Nous nous connaissons bien et je ressens l’enthousiasme des musiciens. »
Et, à Nicolas Blanmont, elle ajoutait : « Je n’ai jamais été autant en confiance qu’avec Louis ».
Une telle osmose artistique conduit à servir au mieux un des chefs d’œuvre du 19ème siècle.
Les trois œuvres jouées à Liège et à Bruxelles constituent donc des bases solides pour cette tournée. Lors de celle-ci on a déjà entendu « L’Arlésienne » de Bizet à Rotterdam. On y entendra encore le « Concerto en sol » de Ravel que l’O.P.L. a joué avec Claire-Marie Le Guay dans la principale métropole portuaire européenne mais jouera aussi à Genève, à Vienne et à Paris. L’ouverture de « Fidélio » de Beethoven, déjà entendue à Eupen, Liège et Laon, remplacera « Le Chasseur maudit » à Vienne et à Locarno (où, au lieu de Claire-Marie Le Guay, le soliste sera Frank Peter Zimmerman dans le troisième concerto pour violon de Mozart). Enfin la « Symphonie fantastique » de Berlioz, expliquée sans publicité au public liégeois ce mercredi, sera à l’affiche (au lieu de celle de Franck) à Locarno, Genève, Zagreb et Paris mais non à Vienne. Là le concert le plus prestigieux car organisé dans la grande salle du Musikverein (qui devrait accueillir des personnalités liégeoises comme le Gouverneur de la Province et le Bourgmestre de la Cité ardente) réunira Beethoven, Ravel et Franck
De grands moments en perspective pour un orchestre qui est bien le «meilleur ambassadeur» du Pays de Liège.





Jean-Marie Roberti