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Reportage

Mis en ligne le 18/09/2007

Aventure sur le Pandora (4)

Avant-propos

En exclusivité, Proxi-Liège présente le périple effectué de mi-juin à début août, par Luc Toussaint aux confins de l’Union Européenne, à bord du voilier « Le Pandora ». Ce bâtiment a quitté le port des yachts de Liège, en 2006, en direction de l’Est de l’Europe, une traversée rarement tentée.
Depuis une quarantaine d’années, Luc Toussaint, producteur audiovisuel à la RTBF , est connu, sur la place de Liège, pour ses diverses activités tant sur le plan associatif que politique. En 1968, en octobre, il figure parmi les leaders étudiants aux côtes, notamment, du futur baron Guy Quaden, Gouverneur de la Banque Nationale de Belgique ! Quelques années plus tard, en 1982, il amorce une carrière politique qui l’amène d’Echevin de Liège – « du rock et du boulot » - à la Chambre des Représentants.
Depuis une quarantaine d’années, Luc Toussaint est connu, à travers le monde, comme un impénitent voyageur, un bourlingueur. En 1973, il est à Kabul, lors de la destitution du roi Zaher Chah et l’instauration de la République. Il est aussi un sportif. Dès 1988, il participe à divers Marathons – crée celui de Liège devenu depuis, ailleurs, le « Marathon de la Meuse ».
En 2008, Luc Toussaint - né à Retinne, le 27 avril 1948 -, participera, pour la quatrième fois, au Marathon de New-York en novembre. Il entre dans ses intentions d’y emmener nombre de ses concitoyennes ou concitoyens soit comme participants ou supporters - luctoussaint@skynet.be.

Bonne lecture de « Aventure sur le Pandora » ou « Les carnets de voyage de Luc Toussaint ». Vous retrouverez un parfum de vacances ! Les titres et sous-titres sont de nous.

Pierre ANDRÈ

Quatrième chapitre : l’armée turque au service du Pandora

Je reprends l’écriture de ces Carnets sous la garde et l’autorité de l’armée turque, non que je sois prisonnier ou en difficulté, mais simplement parce que les formalités d’entrée en Turquie ne peuvent se faire qu’à Istanbul. Si un bateau doit faire étape dans l’un ou l’autre port avant Istanbul, les passagers sont cantonnés à bord et le bateau amarré à un quai de l’armée !
Mais que les choses soient claires, on sait l’armée turque loyaliste et fidèle aux principes fondateurs de la République de Mustafa Kemal, on la sait également laïque, et bien je vous annonce une exclusivité : depuis le 30 juin 2007, l’armée turque est également lavandière !

Voici l’anecdote racontée par le menu.
Le Pandora a quitté Nessebar le 29 juin à 4h45 du matin dans la nuit noire pour prendre le chemin de la Turquie. La route ne peut être directe en fonction des mystères liés aux papiers, documents et autres formalités d’entrée et de sortie réservée aux bateaux !
Un détour s’impose donc et le cap est mis sur Burgas, petit port bulgare seul habilité à la délivrance des dits documents de sortie. Le Pandora prend le large de Burgas vers 10 h toutes voiles dehors, en route vers de nouvelles aventures, en route pour la Turquie, objectif final de 2007.
Navigation sans problème, bon vent, des dauphins, tant le génois que le spi font merveille chacun à leur tour selon le vent et ses directions. Arrivé dans la nuit tombante à 21 heures dans le très petit port très bien protégé de Igneada (ne cherchez pas sur une carte classique, il faut disposer d’une carte très détaillée ou aller sur Google Earth pour tout voir et comprendre).
Accueil souriant et très sympa des militaires turcs qui souhaitent la bienvenue à ces navigateurs sortis de nulle part et leur proposent leurs services. Exténués, les passagers mangent une des merveilleuses salades de Francine et se laissent gagner par un repos bien mérité.
Les faits remontent donc au samedi 30 juin 2007 ! Dès le matin, le vent n’étant pas favorable, il est décidé de passer la journée avec l’armée et de procéder aux tâches habituelles de remise en ordre, d’inspection des voiles et du moteur, etc…
Rapidement, les miliciens vont s’approcher du bateau, tenter le contact, se faire photographier sur et à côté du Pandora, bref, le contact est établi et de nouvelles relations se nouent en vue de l’adhésion de ce grand pays à l’UE, ce sera à nous par la suite à convaincre Nicolas de l’intérêt pour l’Europe et sa France !
Le sous-officier réitère ses propositions de la veille : « Peut-on faire quelque chose pour vous ? ». Ayant aperçu une machine à lessiver dans le petit bâtiment qui abrite ces vaillants militaires, je n’ai pas hésité à tenter le coup et ce fut bingo ! Toute la literie du Pandora est passée dans les mains de l’armée et de ses laveries pour lui revenir impeccablement propre et sèche ! Merci Atatürk !
La journée s’est poursuivie dans le repos et la bonne humeur, les pourparlers ont bien progressé et dès notre retour, rendez-vous sera pris avec l’Elysée pour conclure et concrétiser nos engagements.

Le Bosphore à portée de main du Pandora

Le dimanche 1er juillet dès 9 h tout a recommencé. La distance nous séparant de l’entrée du Bosphore est de 70 milles marins (le mille marin équivaut à 1852 m, c-à-d une minute de l’arc de circonférence de la terre) soit 14 heures de navigation à 5 nœuds, ce qui correspond à l’allure moyenne du Pandora.
Entre Igneada et le Bosphore, deux ports figurent sur les cartes, assez petits mais capables d’accueillir le Pandora. La traversée au vent est d’emblée sportive et amusante pour ceux qui aiment la « navigation de compétition » d’autant que François a sorti la trinquette – deuxième voile d’avant- portant de la sorte le Pandora à 4 voiles : la grande voile, la voile d’artimon à l’arrière et les deux que je viens d’évoquer.
Durant toute la journée, le bateau penche fortement sur le côté de façon permanente (tout comme les grands voiliers que l’on voit lors des régates à la télé) et les vagues de 80 cm atteignent dans l’après-midi la hauteur d’1 m 5 puis 2 m !
La décision est prise à ce moment de se réfugier pour la nuit dans l’un des deux petits ports annoncés, celui de Karaburun. Il est 18 h et le rocher masquant et abritant à la fois le port est en vue. Mais la vie en général n’est pas simple, tout le monde le sait. Qui l’eut cru, sur un voilier en Mer Noire, c’est encore moins simple ! Il est 20 h. nous nous trouvons à 50 m de l’entrée du port, nous découvrons une épave en travers du chenal d’accès ! Impossible de se faufiler et de se réfugier à Karaburun !
Entre-temps, le vent a redoublé de puissance, les vagues se soulèvent toutes de 2 m. et la distance à parcourir jusqu’au prochain abri est de 20 milles soit 4 à 5 heures de navigation selon la vitesse c-à-d la force du vent qui souffle maintenant de face.
François pousse le moteur à 2.000 tours tout en maintenant la grande voile et le génois. Nous reprenons notre courage à deux mains pour vivre – une fois de plus et encore – de nouvelles aventures. À ce moment, je dois avouer un découragement certain dû à la fatigue et au fait que nous n’avons mangé que des « Petits Beurres » aux repas de la journée (en « navigation au bateau penché », Francine n’est pas en forme et il est par ailleurs impossible de préparer correctement un repas dans de telles conditions). À dire vrai, à vous je peux l’avouer, j’ai un peu peur, peur des vagues qui grandissent dans le noir, peur du froid !

Direction : Turkelifeweri

Le cap a donc été fixé sur l’entrée du Bosphore soit le port de Turkelifeweri, situé à l’entrée ouest, juste derrière plusieurs rochers et prudemment, nous avons revêtu les gilets de sauvetage qui se gonflent automatiquement dès qu’ils sont immergés.

Très rapidement, nous avons aperçu les lumières des bateaux cargos ancrés pour la nuit, dans l’attente du passage du Bosphore le jour. Il faut faire du gymkhana entre les cargos illuminés comme des sapins de Noël, ce qui rend l’épreuve un peu ludique et moins angoissante (pour moi). Malgré certaines vagues de 3 m et un vent de face, tout le monde a bien résisté et tenu, le bateau d’abord, le moteur ensuite et l’équipage enfin.
Il faut dire que le spectacle est magnifique. On peut distinguer clairement les lumières scintillantes et flashantes des discothèques de la côte mais aussi le halo de lumière blanche s’élevant au-dessus des collines masquant Istanbul, halo imposant à un point tel qu’il éclipse une partie de la constellation du scorpion accroché dans le ciel. Et puis, telle une cerise sur le gâteau, la lune est apparue ! Magique, un lever de lune dans cette nuit noire et menaçante pour moi : époustouflant ! Que la lune peut être grande et rousse par cette nuit noire !
La fin de la navigation approche, le vent se calme au fur et à mesure que le Pandora se rapproche de l’entrée du Bosphore et des phares qui nous ouvrent les bras.
A minuit le calme revient à l’entrée du port et nous nous sommes faufilés comme des voleurs entre les bateaux de pêche pour nous accoupler à l’un d’eux pour la nuit en espérant ne pas être réveillés à 4 h. par les marins pêcheurs sur le départ ! Francine a préparé en dix minutes des « chapati » (de la farine, de l’eau, du thym, malaxer la pâte puis l’étendre en pizza et la cuire à la poêle dans l’huile d’olive : un vrai régal avec de la fêta moulue et/ou des filets d’anchois). (A suivre…)

Luc TOUSSAINT

Prochain épisode « Le grand jour s’est levé! A nous le Bosphore à la voile!

- Légende photo 1 : François discute avec le sous-officier de la marine
turque : "Oui, pour la lessive de la literie, il faut le programme à
60 degrés !".
Légende photo 2 : La lune se lève sur les premières illuminations des bateaux et des discothèques aux abords de l'entrée du Bosphore.