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Reportage

Mis en ligne le 12/09/2007

Aventures sur le Pandora (2)

Avant-propos

En exclusivité, Proxi-Liège présente le périple effectué de mi-juin à début août, par Luc Toussaint aux confins de l’Union Européenne, à bord du voilier « Le Pandora ». Ce bâtiment a quitté le port des yachts de Liège, en 2006, en direction de l’Est de l’Europe, une traversée rarement tentée.
Depuis une quarantaine d’années, Luc Toussaint, producteur audiovisuel à la RTBF , est connu, sur la place de Liège, pour ses diverses activités tant sur le plan associatif que politique. En 1968, en octobre, il figure parmi les leaders étudiants aux côtes, notamment, du futur baron Guy Quaden, Gouverneur de la Banque Nationale de Belgique ! Quelques années plus tard, en 1982, il amorce une carrière politique qui l’amène d’Echevin de Liège – « du rock et du boulot » - à la Chambre des Représentants.
Depuis une quarantaine d’années, Luc Toussaint est connu, à travers le monde, comme un impénitent voyageur, un bourlingueur. En 1973, il est à Kabul, lors de la destitution du roi Zaher Chah et l’instauration de la République. Il est aussi un sportif. Dès 1988, il participe à divers Marathons – crée celui de Liège devenu depuis, ailleurs, le « Marathon de la Meuse ».
En 2008, Luc Toussaint - né à Retinne, le 27 avril 1948 -, participera, pour la quatrième fois, au Marathon de New-York en novembre. Il entre dans ses intentions d’y emmener nombre de ses concitoyennes ou concitoyens soit comme participants ou supporters luctoussaint@skynet.be.

Bonne lecture de « Aventure sur le Pandora » ou « Les carnets de voyage de Luc Toussaint ». Vous retrouverez un parfum de vacances ! Les titres et sous-titres sont de nous.

Pierre ANDRÈ

Deuxième chapitre : le Pandora vogue sur la Mer Noire

C’est dans la pluie et les orages que la première navigation en Mer Noire, le 18 juin, s’est terminée. Il a fallu 17 heures pour relier Sulina à Constanta, 17 heures de vents contraires dont 5 heures d’orages.
Tout avait très bien commencé à 4 heures lorsque, plein d’émotion, l’équipage a parcouru les derniers mètres de Danube pour entrer en Mer Noire et inconnue pour nous (du moins en navigation). Très beau soleil levant comme toujours, nombreux goélands escortent le bateau et le petit-déjeuner – des œufs au plat -est un vrai régal.

Vers 8 heures 30, des centaines d’insectes – des taons gros comme ça ! – ont envahi le pont contraignant de la sorte les vaillants navigateurs à se réfugier dans la timonerie. Il y en a partout sur le Pandora, ils sont des milliers à virevolter ou se poser, certains réussissent même à pénétrer à l’intérieur lors des entrées ou sorties de François, mouvements nécessaires à border une voile ou resserrer les élastiques fixant les 2 vélos attachés dans le dinghy (ou Zodiac). C’est donc la guerre dans un espace clos de 3 m sur 3, la tapette assommant puis tuant un à un les taons devenus agressifs ! « Quelle affaire et quelle chaleur à la timonerie ! ».
A 10 heures, au moment du contact radio avec Noël Faux de Cornesse (Pepinster), permettant de faire le point sur la météo, la pression a progressivement baissé et les insectes ont disparu comme ils sont arrivés. Leur apparition est vraisemblablement due à la proximité de la troisième embouchure du Danube à hauteur de Saint-Georges et l’entrée des eaux douces du fleuve dans la mer.
Une demi-heure plus loin, le Pandora fend les eaux bleu foncé de la mer abandonnant définitivement les eaux douces chargées d’alluvions et à nuances souvent brunes déversées par le Danube sur plus de 100 Km de largeur du delta. Après ces émotions, la navigation s’est poursuivie de façon banale (vents contraires et vagues courtes venant de face).
Le déjeuner composé de plusieurs salades dont une préparation de sardines a été dégusté dans la joie et la bonne humeur, puis vers 15 heures, des nuages porteurs de pluie se sont amoncelés sur les terres voisines transformant le vent et les vagues.
Très rapidement, les données ont changé du tout au tout, les vagues sont devenues plus hautes et plus courtes (la Mer Noire étant relativement étroite et peu profonde – 30 m sur notre trajectoire – les vagues plus courtes entraînent une navigation moins agréable).
Une heure plus tard, l’orage nous surplombe pour éclater vers 18 heures plongeant la mer dans la pénombre et la tempête. La visibilité a été réduite d’un coup et la navigation est devenue franchement difficile et quelque peu dangereuse à cause des nombreux bateaux perçus sur l’écran du radar de bord et dont on ne sait pas s’ils coupent notre route ou s’ils sont à l’ancre en face du port, en attente de déchargement.
Durant 10 minutes, 6 à 8 dauphins se sont rapprochés pour évoluer à cent mètres du bateau en se jouant des vagues aussi sombres qu’eux.
Entrée dans le port vers 21 heures 15 et accueil pour l’amarrage par des policiers de la Police des frontières du port de Constanta, formalités d’entrée du service d’immigration, venus sur le bateau dans la minute de l’accostage et repas chaud préparé par Francine remise, elle aussi, des émotions des dernières heures.

Constanta la plaisante

Deux jours passés à Constanta. C’est d’abord, comme toujours après une navigation, le moment de remettre de l’ordre, de lessiver (sur un bateau, on lessive souvent mais en petites quantités), de vérifier si rien n’a disparu.
Ici dans le port de Constanta, pour la première fois depuis des semaines, il y a de l’eau potable et de l’électricité à disposition des plaisanciers et ça, c’est important pour ne pas dire inestimable. Terminé les économies d’eau lors de la douche et de la vaisselle !
Enfin, on peut recharger les batteries du moteur et des nombreux accessoires (radar, frigo, pompes) de meilleure façon que durant les navigations avec moteur, mais également les batteries des téléphones mobiles, des appareils photo et des ordinateurs portables. Quel plaisir et quelle sécurité !
Un port équipé pour bateaux de plaisance, c’est également une station de carburants, Francine m’a raconté sur le long, très long parcours du Danube, qu’on ne trouve pas de stations ni pour l’eau ni pour le carburant. À plusieurs reprises, c’est avec des jerrycans de 20 L qu’il a fallu transporter eau et fuel sur des distances parfois très longues afin de pouvoir continuer le voyage.
A Constanta, tout cela est et restera dorénavant du ressort du passé puisque le Pandora fait, à partir d’aujourd’hui, régulièrement escale dans des ports et des marinas équipés et accueillants pour les plaisanciers.

Découvrons la ville de Constanta, troisième du pays, ville antique puisque la présence humaine remonte au 5ème millénaire avant notre ère. Au 6ème siècle avant J-C, les Grecs fondent la colonie de Tomis et en 29 avant J-C, l’Empire romain s’installe pour six siècles en Dobrogea. Vivotant jusqu’alors dans l’ombre des cités voisines d’Histria et Callatis, Tomis devient peu à peu le siège du commandement militaire romain. Au 6ème siècle de notre ère, elle est rebaptisée Constantiana (en l’honneur de la sœur de l’empereur Constantin), qui devient Constanta (ou Küstendje pendant la domination ottomane).
Pour sortir du site du port et découvrir la ville, il faut franchir une passerelle et trois volées d’escaliers qui s’ouvrent sur une place où trône, majestueux, le musée d’histoire et d’archéologie abrité dans un bâtiment exceptionnel datant du 19ème siècle et imposant son immense silhouette. Juste à côté, une grande brasserie : le café mosaïc and wireless ! Quel raccourci, quel choc des civilisations ! Quelle joie et quelle opportunité pour ces voyageurs en mal d’informations et à la recherche d’eux-mêmes. La décision a été facile à prendre et elle est double : s’asseoir pour se connecter et commander une Stella (40 cl très bien tirés à la pompe). Et me voilà en phase avec le monde ou plutôt avec Charleroi, puis avec Reynders, puis avec Sarko. Rien de neuf dans l’actualité ! Alors, au point où l’on en est, on peut reprendre l’écriture des Carnets.

Jogging à Constanta pour le marathonien liégeois

« Tout est relatif », comme disait Bon-Papa - mon père -, cependant une chose est certaine, c’est à Constanta que j’ai retrouvé l’envie et le plaisir du jogging. Depuis plusieurs jours, je me suis posé la question de savoir s’il est possible de pratiquer un sport terrestre par excellence en étant navigateur (quel prétentieux !) ?
Et bien oui, puisqu’un matin à 6 heures, je n’ai pu résister à l’attirance de cette paire de Nike dans mon sac ! Et le voilà tout d’un coup, ce navigateur, s’élançant dans le levant à la poursuite et la recherche d’idées et de projets. Mais que raconte-t-il ? Depuis quand les idées et les projets se trouvent-ils sous le pas d’un joggeur ? Et bien je vais vous livrer un secret, c’est durant un entraînement, bref durant un jogging, que me viennent le plus souvent les réponses à des questions de toutes sortes restées longtemps sans réponse, c’est en joggant que la majorité des idées me viennent.
Je suis sorti du Pandora affamé, affamé de kilomètres, affamé d’envie de parcourir une distance ! Qu’est-ce qu’une distance ? Les coureurs de fond parlent de distance, mais ils parlent aussi de temps : « J’ai couru une heure », ou « Je cours en général une heure trente ». Ce matin de Constanta, je ne sais pas, simplement je sais que je veux courir, courir et enfin me retrouver, me reconnaître et suer, oui, suer et perdre de l’eau, perdre les bulles de bières englouties, perdre de ces graisses et des sucres si facilement acceptés ! Je suis sorti du Pandora léger, en forme, heureux et excité. Le tour du bassin de la marina a pris 5 minutes, ensuite le chemin est fait d’asphalte puis de sable le long des plages, plages parsemées de pêcheurs à la ligne, un chemin encombré de détritus puant la charogne, parfois empilée dans des conteneurs.
Très vite, je les ai vus. Ils sont là et m’attendent ! Il faut savoir que le premier ennemi du coureur de fond, en dehors de lui-même, est le chien !
Et en Roumanie, les chiens errants sont légions. Mon cœur s’est donc mis à battre très fort, non que l’effort physique soit intense, tout simplement la trouille me gagne. Putain de merde, pourquoi faut-il que ces chiens soient déjà levés, si nombreux, et laids, et sales, couverts de parasites et à la recherche d’aventures ou simplement décidés à défendre une parcelle de territoire. Putain de merde, j’ai vraiment eu peur ! Ici, les chiens aiment manifestement se défouler, courir, aboyer et poursuivre tous ceux qui osent se déplacer à leur allure. Je crois donc, j’en suis même certain, que mon chrono s’est amélioré en un instant, et je sautais, et je criais : « Couchez, allez coucher ! ». Mais comment dit-on tout cela en roumain ! J’aurai bien fait d’apprendre quelques mots de plus, pour l’avenir, je demanderai à Carmen de me conseiller à ce sujet aussi !

Bière, grosse cylindrée, grande pointure

La Roumanie et ses habitants aiment la bière; Skol, Ursus, Silva sont parmi les principales bières domestiques, mais on trouve partout Heineken, Stella Artois, Carlsberg, etc. Toutes généralement en bouteilles ou canettes de 480 ou 500 cl, et en plus à des prix très démocratiques (moins d’un euro en magasin et 1,80 € dans les restos et brasseries). Il convient de mentionner que le taux d’alcool des bières roumaines est rarement supérieur à 5° et que pour les automobilistes, c’est la tolérance zéro !
C’est certainement la raison pour laquelle on trouve beaucoup de bières non alcoolisées dans les rayons boissons des supermarchés. Bref, que des bonnes nouvelles d’autant que le coureur de fond doit toujours veiller à prendre suffisamment de sels minéraux, surtout en période de canicule ! On en reparlera certainement……..
Si les Roumains aiment la bière, certains d’entre eux apprécient aussi particulièrement les grosses cylindrées. Beaucoup d’Audi dans les rues mais uniquement des A6 et des Q7 (généralement des 4,2 L et Quattro), aucune A3, beaucoup de Mercedes, de BMW, des Touaregs et autres 4X4, toutes de très grosses cylindrées, généralement noires avec les vitres arrière fumées sombres. Comme je disais, les Roumains ou du moins ceux qui commencent à faire du business disposent de grosses voitures et expriment leur réussite sociale à travers le nombre de cylindres, de carburateurs et de vitres teintées. Et pour être complet - «objectif », comme ils disent à la RTBF - il convient de souligner que les usines Dacia produisent la Logan de Renault, voiture exportée dans de très nombreux pays dont la France et la Belgique.
Et puis la Roumanie, c’est aussi la musique ! Les Rolling Stones seront à Bucarest et Julio Iglésias à Constanta fin juillet ! (A suivre..).

Luc TOUSSAINT

Prochain épisode « Cours de voile en mer »

- Légende photo 1 : Parmi les différentes voiles d'un bateau, c'est le
spy qui a la préférence de François le skippeur, le voici gonflé par le vent entraînant le Pandora à plus de 8 noeuds.

- Légende photo 2 : Constanta, le grand port roumain de la Mer Noire, ici le port des yachts.