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Musique

Mis en ligne le 09/09/2007

Entendu pour vous : Brillante ouverture des cinquantièmes Nuits de Septembre

Ce samedi 8 septembre, après un propos anecdotique sur le thème de « Musiques en voyage » de leur directeur artistique Jérôme Lejeune, les cinquantièmes « Nuits de Septembre » se sont ouvertes en la Salle Philharmonique de Liège, devant un nombreux public, par un périple vers le Nord de l’Europe à l’occasion des anniversaires des décès de deux compositeurs : le Norvégien Edvard Grieg en 1907 et le Finlandais Jean Sibélius en 1957.
Au XIXème siècle, des écrivains comme le Prix Nobel symboliste francophone gantois Maurice Maeterlinck et comme le dramaturge norvégien Henrik Ibsen remirent à la mode, pour leurs œuvres théâtrales, la musique de scène. Du poète belge « Pelléas et Mélisande » séduisit Sibélius et bien d’autres grands musiciens (notamment Debussy, Fauré et Schoenberg). Neuf des pièces de la musique de scène composée par Sibélius constituèrent la première partie d’un concert qui se poursuivit par neuf autres extraits de musique de scène, celle que Grieg conçut pour le drame lyrique et satirique d’Ibsen : « Peer Gynt » dont deux mélodies, la chanson et la berceuse de Solveig, sont aussi connues qu’une de ces pièces musicales, intitulée « Le Matin » et censée illustrer le lever du soleil au Sahara…. alors qu’elle sert aujourd’hui à évoquer les fjords norvégiens !
Ces deux chefs d’œuvre de la musique nordique européenne s’avèrent pleins de magie mais sont très différents l’un de l’autre : souvent sombre, intense, menaçant chez Sibélius, fréquemment plus allègre et plus inspiré chez Grieg par la musique populaire (celle de son pays davantage que de l’Orient qu’en réalité, il ignorait).

Pour ce premier concert des 50èmes Nuits de Septembre et de la saison 2007-2008 de l’Orchestre Philharmonique de Liège, nous eûmes droit à une prestation d’une exceptionnelle qualité tant de la part des musiciens de l’O.P.L. que du jeune chef d’orchestre finlandais Hannu Lintu (notre photo) qui venait pour la première fois à Liège et qui s’y affirma comme une valeur sûre dans la conduite de grands ensembles symphoniques car son intelligence musicale et son charisme naturel n’ont cessé de transparaître dans la manière magistrale dont il fit interpréter ces œuvres de Sibélius et de Grieg.
Quant à la Verviétoise Céline Scheen, elle confirma avec une aisance apparente et même un véritable brio ses talents de soprano aujourd’hui vouée à Mozart et à la musique ancienne mais qui fut heureuse de retrouver l’O.P.L. afin de renouer avec les mélodies simples mais subtilement orchestrées que sont cette chanson (reprise en bis pour un auditoire enthousiaste) et cette berceuse de Grieg.
Il y a cinquante ans, les « Nuits de Septembre » furent un Festival d’emblée prestigieux car il emmenait le « tout Liège » dans des lieux remarquables (du Palais des Princes-Evêques à l’Emulation, en passant par le Théâtre Royal, la vieille salle du Conservatoire et nos plus belles églises) en s’inscrivant dans le programme d’une rentrée culturelle foisonnante comprenant notamment aussi le Festival du Jeune Théâtre ou un grand Concours international comme celui des quatuors à cordes. Ces Nuits firent entendre et parfois découvrir Monteverdi et Marin Marais, Stravinsky et Bartok sans oublier le jeune chorégraphe, alors danseur, qu’était Maurice Béjart. Ce Festival donnait le ton à une « Quinzaine liégeoise » (lors de laquelle notre Cité alla jusqu’à accueillir… pendant tout un mois, les principaux dirigeants et artistes des « pays de langue française »), quinzaine à laquelle participaient les commerçants qui décoraient leurs vitrines et nos rues en s’inspirant du thème choisi pour ces Nuits de Septembre.
Aujourd’hui, on n’en est plus là et les Festivals se multiplient mais la coproduction développée par les Jeunesses Musicales de Liège et notre Orchestre Philharmonique sous la direction artistique de Jérôme Lejeune nous permet de rester qualitativement au premier rang wallon et cela sans nous replier sur nous-mêmes mais en veillant à être largement ouverts au Monde comme le démontre la programmation de Nuits qui ne seront pas seulement nordiques mais qui deviendront même argentines.

Une surprise

Tout Orchestre Philharmonique (Liège ne fait pas exception) compte, outre un Chef permanent qui assume la direction artistique et des Chefs invités, deux violonistes appelés « concertmeisters » qui se relaient pour assumer, chacun à leur tour, pendant les répétitions et les concerts, un rôle de trait d’union entre ces chefs et les solistes, d’une part, et l’ensemble des musiciens, d’autre part.

Cette fonction très importante (puisqu’il ne suffit pas de donner le « la ») a été confiée à Liège à Richard Piéta et Endre Kleve. Ce dernier (à droite sur la photo où il figure avec l’ancien directeur musical de l’OPL Louis Langrée), vient de décider de « faire valoir ses droits à le retraite ». Le très talentueux Endre Kleve a aussi été professeur de violon au Conservatoire Royal de Bruxelles et animateur d’un quatuor qui porte son nom,
Dès lors l’OPL s’est mis à la recherche d’un remplaçant qui ne se choisit pas comme les autres violonistes par concours car ce qu’il convient de tester ce ne sont pas seulement des qualités de musicien mais ce sont aussi les capacités d’autorité devant exister entre tout concertmeister et ses collègues de l’Orchestre.
Nous avons, ce samedi soir 8 septembre, eu la surprise de découvrir une femme dans cette fonction. C’était, pensons-nous, la première fois à Liège que le concertmeister était une concertmeister. Cette violoniste d’origine asiatique qui allie le charme à une autorité semblant naturelle a acquis une partie de son expérience en Flandre. Le nom de cette concertmeister ne figurait pas au programme : peut-être attend on pour l’y réinscrire d’avoir pris, sans énumérer l’identité d’invités qui ne seront pas tous retenus, une décision quant au remplacement d’Endre Kleve. En attendant, il convient de saluer l’apport de celui-ci à notre Orchestre : il y a joué, en alternance avec Richard Piéta, un rôle d’autant plus important que les fonctions qu’il a longuement assumées l’ont été pendant une période où l’OPL n’a pas cessé de progresser qualitativement pour acquérir une réputation digne d’une grande métropole culturelle européenne.





Jean-Marie ROBERTI