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Musique

Mis en ligne le 23/08/2007

«Nuits de Septembre» du 8 au 16 septembre

C’est du samedi 8 au dimanche 16 que se dérouleront, à Liège, les 50ème « Nuits de Septembre »
Ces dernières, pour leur 50ème anniversaire, auront pour thème général « Musiques en voyage » et qui, à l’exception du mercredi 12 (concert en l’église Saint-Jacques) auront lieu en la Salle philharmonique du Boulevard Piercot à Liège (Abonnements de 60 à 100 €)

Le programme

Le samedi 8 :

- à 18 h., présentation du Festival par son Directeur Jérôme Lejeune (ci-contre) .(Gratuité)
- à 20 h . concert d’ouverture par l’Orchestre Philharmonique de Liège placé sous la direction du chef finlandais Hannu Lintu avec en soliste la soprano Céline Scheen dans des œuvres de Sibélius (« Pelléas et Mélisande ») et de de Grieg (« Peer Gynt »). (Places de 16 à 26 €.)

Le dimanche 9


- à 16 h. le pianiste franco-libanais, lauréat du Concours Reine Elisabeth, Abdel Rahman El Bacha (ci-contre) interprétera des œuvres de Grieg (« Au temps de Holberg », « Ballade » et des extraits des « Pièces lyriques ») et d’Enesco (« Deuxième suite »).
- à 18 h. l’ensemble « Les Agrémens » sous la direction de Guy Van Waas avec en soliste le flûtiste Michaël Schmidt-Casdorff jouera le 1er concerto pour flûte de Mozart et trois symphonies : celle en ré majeur de Kraus, la troisième, opus 8, de Gossec et la 85ème dédiée à Marie-Antoinette Reine de France par Haydn. (Places de 16 à 26 € pour les 2 concerts, de 12 à 16 € pour 1 des 2).

Le mercredi 12 (dans la plus belle église liégeoise):



- à 20 h. la Capella Henry Du Mont (ci-contre) - dirigée par Vincent Grégoire, avec à l’orgue Jean-Luc Thellin– interprétera « Messe, motet, chorals » de Pedersen, « Musikalische Exequien » de Schütz, « Trauer Musik » de Buxtehude ainsi que des œuvres de Geist et Lorentz ( Places de 12 à 16 € )

Le jeudi 13

- à 18 h. 30’, dans la série « Écouter la musique », écoute consacrée au « Stabat Mater » de Pergolèse de disques comparés par Peter Van Heyghen, Jérôme Lejeune et Jean-Pierre Rousseau, directeur général de l’OPL. ( Gratuité).

Le vendredi 14


- à 20 h. sous le titre « Buenos Aires Madrigal », l’ensemble « La Chimera » dirigé par Eduardo Egüez avec en solistes Susanna Moncayo (ci-contre) et Furio Zanassi, chant, ainsi que Gabriel Rivano, bandonéon, jouera des œuvres de Monteverdi, Marenzio, Cavali, Piazzolla et Gardel (Places de 12 à 16 €).

Le samedi 15

- à 16 h., le pianiste Gabriel Teclu jouera la première « Partita » de Bach et « Le tombeau de Couperin » de Ravel.
- à 18 h., la luthiste Pascale Boquet interprétera des danses italiennes : pavane, gaillarde, saltarello, tedesca et piva
- à 20 h. l’Orchestre Philharmonique de Liège dirigé par Jean-Pierre Haeck avec au clavecin Guy Penson jouera la 3ème suite de Respighi « Airs et danses antiques », l a « Suite française » et le « Concert champêtre » de Poulenc ainsi que la « Capriol suite » de Warlock. (Places de 12 à 16 € pour 1 des 2 récitals et de 16 à 26 € pour la journée ou pour l’OPL)

Le dimanche 16

- à 16 h. « The King of Denmark delight » par le groupe « Les Witches » (ci-contre) dans des œuvres de Dowland, Hume, etc…
- à 18 h. une « rencontre imprévue » entre des œuvres d’Abel, Schenk ou Marais et des musiques traditionnelles norvégiennes par Philippe Pierlot à la basse de viole, Nils Okland, joueur de « hardingfele » et Elisabeth Seitz, au tympanon.

- à 20 h., l’ensemble « Les Muffatti » (ci-contre) dirigé par Peter Van Heyghen avec en solistes la violoniste Sophie Gent, la soprano Elena Cecchi-Fedi et la contralto Alicia Berri clôtureront ces 50èmes Nuits de Septembre par un concert « Parnasse ou Paradis ? » de Pergolèse dont seront présentés son Concerto pour violon en si bémol majeur , sa cantate « Orfeo » et son célèbre « Stabat Mater ». (Places de 12 à 16 € par concert et de 16 à 26 € pour la journée).

Autres renseignements et réservations : www.opl.be

La fondatrice des «Nuits de Septembre» Suzanne Clercx.

Rendre hommage à Suzanne Clercx à l’occasion du demi-siècle des « Nuits de Septembre » revient à souligner l’action d’une des fortes personnalités qui ont contribué à maintenir Liège comme centre musical d’importance européenne.
Certes le trio « Conservatoire – Orchestre philharmonique – Opéra » se trouve à la base de cette réputation justifiée. Mais, après l’éclosion de l’école liégeoise du violon au XIXème siècle, il est important que nous ayons pu compter sur une musicologue comme Suzanne Clercx qui ne se contenta pas de mettre en valeur des compositeurs tels que ceux de la cour de Charles de Lorraine, Pierre van Maldere et Henri Jacques De Croes, mais qui expliqua avec talent comment des musiciens liégeois comme les Ciconia et Grétry surent harmoniser les apports des écoles musicales française et italienne.
Dans les deux volumes de l’ « Encyclopédie de la Pléiade », imprimés sur papier-bible aux Editions Gallimard et consacrés sous la direction de Roland-Manuel à l’ « Histoire de la Musique », il faut relire le chapitre intitulé « L'ère du style concertant : Pays-Bas et Pays de Liège » où, sous la signature de Suzanne Clercx-Lejeune, on trouve une contribution d’intérêt majeur de plus d’une vingtaine de pages. Dans cette publication qui fait autorité, la musicologue démontre bien l’importance, dès la Renaissance, de la création musicale dans deux pays distincts, les Pays-Bas et celui de Liège qui possède de longues traditions fondant, bien mieux que des prétentions contemporaines, sa vocation de pouvoir s’affirmer comme une véritable capitale culturelle régionale.

Née à Houdeng-Goegnies le 7 juin 1910 et décédée à Liège le 28 septembre 1985, après une très pénible maladie, Suzanne Clercx, disciple de Charles Van den Borren, se perfectionna comme boursière de la Fondation Reine Marie-José à Rome et auprès d’un grand historien de la musique à l’Université de Heidelberg, Heinrich Beseler auquel, après avoir,de son côté, participé à la Résistance, elle reprocha publiquement ses complaisances à l’égard du pouvoir hitlérien. Sa thèse de doctorat défendue à l’Université de Liège et intitulée « Du baroque au classique, l’évolution de la musique instrumentale dans les Pays-Bas autrichiens au dix-huitième siècle » s’avéra magistrale. Après avoir été bibliothécaire au Conservatoire de Bruxelles, elle devint professeur de musicologie au sein de la section « Histoire de l’art et archéologie » du département des Sciences historiques de la Faculté de Philosophie et Lettre de l’U.Lg. Comme l’écrivait son collègue Robert Wangermée, ancien patron de la R.T.B.F., elle fit « renaître des symphonies, des concertos, des suites pour clavecin, des messes, des motets » qui enrichissent à présent notre patrimoine musical. Parmi ses très nombreuses publications, un recueil intitulé « A l’entrée du temps joli, Rondes et chansons » n’est pas le moins sympathique. Cette femme dynamique fonda les « Colloques de Wégimont » consacrés à d’importants centres d’intérêt professoral : à l’«Ars Nova» du XIVème siècle, au baroque musical et à l’«ethnomusicologie». Mais elle voulait aussi s’adresser à un public de mélomanes moins spécialisés et c’est ce qui a suscité sa volonté de créer en 1957 un « Festival de Liège » (musical, voire - à l’origine - aussi théâtral encore que, dans ce domaine, sous l’égide de Robert Maréchal, un brillant Festival du Jeune Théâtre prit, en 1958, un relais qu’aujourd’hui la Communauté française n’assure plus, de manière contestable, que tous les deux ans).
D’aucuns rappelleront que pour ces « Nuits de Septembre », Suzanne Clercx vit sa tâche simplifiée par le fait que son mari Jean Lejeune était à la fois professeur dans la même Faculté qu’elle (son livre sur « la Principauté de Liège » rédigé durant ses cinq ans de captivité au nord-est de l’Allemagne et paru en 1948 reste une référence incontournable), échevin libéral des Travaux (où ses conceptions urbanistiques sont à présent très largement contestées mais qui, dans ses chantiers de rénovation, veilla notamment à permettre aux Jeunesses musicales de disposer de locaux décents) et enfin dirigeant influent de l’A.S.B.L. « Le Grand Liège ». Il est effectivement évident (et on ne peut que s’en féliciter) que l’Univeristé, le « Grand Liège » et les Jeunesses musicales ont joué un rôle majeur dans la naissance et la pérennité des « Nuits de Septembre ». Celles-ci (intitulées de 1985 à 1994 les « Nuits transfigurées ») connurent d’ailleurs des hauts et des bas, sous les directions successives de Suzanne Clercx, de son fils Jérôme Lejeune (quand la maladie ne permit plus à sa mère de remplir ses fonctions) , de feu Claude Micheroux, cheville ouvrière des Jeunesses musicales, de Philippe Vendrix, chargé du cours de musicologie à l’Université, de Philippe Gilson, professeur et bibliothécaire au Conservatoire et directeur artistique des « Concerts de midi » et, à nouveau, de Jérôme Lejeune, musicien, professeur au Conservatoire (Histoire de la musique et organologie), animateur de la firme de disques classiques « Ricercar » et collaborateur de la R.T.B.F. ainsi que de l’O.P.L. notamment dans un de ses domaines de prédilection, la musique baroque.
Les Jeunesses Musicales coproduisent donc à présent les Nuits de Septembre avec l’Orchestre Philharmonique qui, l’an dernier, avait mis à leur disposition non seulement sa très belle salle du Boulevard Piercot (déjà utilisée en 2005) mais, en outre, le professionnalisme de ses collaborateurs permanents et qui, cette fois, s’implique plus directement encore en confiant deux concerts à l’Orchestre.
Décrit comme le « festival le plus pur et le plus authentiquement curieux du royaume » (Thierry Lassence), explorant des thématiques éclectiques et révélant des œuvres et des artistes d’ampleur internationale, les Nuits de Septembre auront été parmi les pionniers de la découverte de Marin Marais (1958), de la « Sinfonia » de Berio peu après sa création, du Collegium Vocale Gent. Elles ont accueilli aussi bien Pierre Froidebise et Henri Pousseur que Miles Davis ou Chick Corea.
Ce Festival quinquagénaire n’a pas toujours été, a souligné Jérôme Lejeune, « consacré à la musique ancienne ! C’est avant tout un festival d’audaces, qui a proposé des musiques jamais entendues à Liège ».
Et le directeur des Nuits de Septembre poursuivait : « Il faut emmener les gens vers la découverte ; c’est cela, la vraie intelligence du festival. Ainsi, en 1969, le thème général était Monteverdi, et le festival a été ouvert avec la Sinfonia de Berio (qui cite Monteverdi) !
» Je veux aider le public à décloisonner les genres. L’histoire de la musique, c’est autre chose qu’une répartition en catégories, c’est une continuité, avec des moments de rapprochement. » Ce décloisonnement est aussi une forme d’humanisme, il revendique le droit à l’existence de tout le monde. Une réaction à l’extrémisme majoritaire : les frontières, ça n’existe pas ! ». Et Jérôme Lejeune concluait : « Depuis 2006, les Nuits de Septembre sont intégrées à la saison de la Salle Philharmonique. La nouveauté cette année, c’est la participation de l’orchestre lui-même à deux concerts importants, dans le cadre d’une programmation élaborée (…) avec la direction de l’O.P.L. ».
Puissent, en tout cas, ces Nuits de Septembre continuer à servir le rôle de Liège comme métropole régionale européenne dans le domaine musical.






Jean-Marie ROBERTI