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Politique

Mis en ligne le 21/08/2007

Réflexions enragées d'un citoyen élu ou quand Claude Emonts (Président du CPAS de Liège) nous donne, à titre privé, son avis sur la crise politique actuelle…

Certains ne le savent peut-être pas, mais depuis le 10 juin dernier, le pays attend la formation d’un gouvernement avec les deux familles politiques libérales et sociales chrétiennes francophones et flamandes qui ont « gagnés » les dernières élections législatives. Mais voilà, c’est la crispation. Nous, nous dirons carrément que c’est la crise. Après un informateur, après un démineur, le formateur désigné par le Roi, le CDNV Yves Leterme ne parvient pas à mettre les gens d’accord autour de la table. Bien évidemment, les Flamands qui voyaient en lui celui qui allait faire changer notre constitution en leur faveur, ne décolèrent pas. Tout ça est de la faute des Francophones dont les revendications sont inacceptables alors qu’ils veulent juste préserver un état fédéral équitable pour chacun.
Depuis l’annexion des Fourons en 1963 et le « Waalen buiten » de Louvain en 1968, les Francophones (Wallons et Bruxellois) ont accepté tous les compromis sans presque broncher. Erreur sans doute, grâve erreur. Mais aujourd'hui, il semble qu'ils soientun peu plus réticents et qu'ils disent enfin, presque, non...
Alors on peut aussi comprendre qu’aujourd’hui, dans la partie francophone du pays, chez celles et ceux qui s’intéressent d’un peu plus près à la politique, ça commence à bien faire. C’est le message que vient d’envoyer Claude Emonts,homme de grande ouverture et humaniste dans l’âme, mais aussi un message que nous partageons à 100 % et que nous soutenons.

Gaston LECOCQ

Voici donc quelques « Réflexions enragées » d’un citoyen élu


Ceux qui me connaissent savent que j'aime la Flandre et les flamands.
J'ai d'ailleurs une épouse et donc une belle-famille limbourgeoise, et un des mes meilleurs couples d'amis est flandrien...
Partout où je vais, en Amérique Latine par exemple, je me force à expliquer à qui me le demande, les avantages du "fédéralisme à la belge"...
Mais, cette fois-ci, je vous l'avoue - et pour la deuxième fois dans ma vie, la nausée me prend à l'écoute des "négociateurs flamands" et de leur capitaine Maître Leterme (à la Belgique).. Il me semble en effet que l'infection nationaliste est en train de provoquer une gangrène et chacun sait que cette maladie entraîne le plus souvent une amputation d'un membre.
Mais nous, Wallons et Bruxellois francophones, ne comptons pas être un membre mort, ni une colonie du "dominium nordiste".
Ainsi donc, les revendications flamandes seraient légitimes et celles des francophones insultantes...
Estimer qu'une minorité n'a pas le droit de s'exprimer officiellement dans sa langue là où les lois le permettent pourtant - une des trois langues officielles du pays, en outre - serait donc devenu une vertu.
Mais allez donc vous faire voir chez qui vous voudrez, chers "compatriotes". Et s'il faut vous le dire dans votre langue, on vous le dira donc en néerlandais. Tout en répétant, par ailleurs, qu'il est bien clair à nos yeux que la moindre des choses est aussi que celui qui va habiter chez autrui parle et comprenne sa langue, comme le disait Jules Destrée en 1932, (voir le Soir du 17/8/O7).
Ou dire que lorsque l'on voit la carte des égoïsmes européens, soit la carte des sous-régions riches qui estiment désormais que leur richesse est à eux seuls, "na", et que par conséquent ceux-là veulent autonomie ou indépendance, on est consternés de vérifier que la Flandre en fait partie.
Moi, en tous les cas, j'en ai plein les naseaux.
Et je finis par me dire que, parfois, il vaut mieux se séparer "pour les gosses". Bon, on n'en a pas, mais cela revient au même. Certes, nous ne rentrerons pas dans votre jeu, Messieurs les nationalistes flamands. Nous réaffirmerons jusqu'au bout que la solidarité, singulièrement la sécurité sociale, est pour nous une valeur centrale, qui vaut la résistance que nous vous opposerons.
Mais céder à vos ukases en courbant le dos, cela : NEE !
Tout, fors l'honneur...
On aurait des difficultés ? Sans doute... Mais au fond, ne vaut-il pas mieux être pauvres (enfin, c'est tout relatif, et certainement pour moi qui revient d'Amérique Latine (voir www.claude-emonts.be=> "24 heures dans la vie d'un homme et quelques réflexions"), que de vivre en couple avec un partenaire qui n'arrête pas de vous reprocher que la vaisselle est sale, en oubliant que depuis tout petit -avant d'être trop vieux - c'est nous qui faisions le jardin. Certes avec l'aide de beaucoup d'entre eux, mais aussi celle des Italiens, des Polonais, des Turcs, des Arabes et des "B…" de toutes sortes (enfin, ce n'est pas mon vocabulaire et surtout pas tiré de mes convictions, mais puisque tant de nos voisins y tiennent, parlons leur langue, enfin celle de ceux qui donnent le ton...).
"Allochtones" qu'ils disent, eux la race pure - à ces désormais méprisés, bien sûr. « Te arm, Mijheer, en te wenig vlaams ».
Se quitter, pourquoi pas si au bout du compte, nous ne pouvons obtenir l'essentiel, qui est au fond le respect de nous-mêmes ? Car s'il faut s'humilier pour au final ne sauver que les apparences...
Ceci dit, je n'ai pas de solution à ce jour, et je ne crois pas (plus...) au rattachement à la France. Un des mes amis me suggérait l'autre jour (mais après quelques verres de vin rouge, certes) de créer le "couloir de Toscane", mais au delà du caractère séduisant de la proposition, je ne la crois pas réalisable à court terme.
Réfléchissons donc aux sorties. Il y a la priorité à droite toutes, l'échine courbée, et puis...
Soyons créatifs...
Inutile de préciser, je crois, que je considère que nous, socialistes, et ce avec tous les démocrates disposés à faire cet effort, avons le devoir (peut-être historique...) de réfléchir à toutes les hypothèses, sans tabou.
Certes, la Belgique - digne de ses diverses communautés - doit rester l'option numéro 1.
Mais nous ne devons pas être pris au dépourvu et il s'agit d'être prêts au cas où...
J'invite donc à réfléchir à l'organisation de débats, contradictoires si possible, dans les différentes sous-régions et de refaire un tant sous peu le "sous les pavés la plage" de nos tendres années.
En attendant, je vous propose la lecture d'un texte déjà ancien sur le "divorce tchéco-slovaque".
Sans que ceci ne puisse être comparé à la situation belge, il y a néanmoins des éléments intéressants à se mettre en mémoire "active"...

Claude Emonts

«Un bilan du divorce tchéco-slovaque - Transition démocratique et construction d’États-nations» par Jacques Rupnik à lire sur :
http://www.ceri-sciencespo.com/publica/critique/article/ci02p91-115.pdf