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Politique

Mis en ligne le 11/06/2007

Les élections fédérales vues de Liège


Les élections législatives fédérales laissent un goût amer à certains, un goût de trop peu à d’autres. Les grands thèmes de compétence fédérale non pas été abordés. Un ancien ministre socialiste – Jean-Maurice Dehousse – est allé jusqu’à écrire : « Le programme électoral du PS est cette fois si outrageusement mauvais que je comprends ceux d’entre vous qui me signalent la difficulté qu’ils éprouvent à s’y rallier (. . .) Avec raison, les fédéralistes n’admettent pas l’hypocrisie du retour déclaré à l’amour de l’unitarisme (. . .) Quant au plan européen, n’en parlons pas : le programme Sarkozy, qui a au moins compris l’urgence d’une union méditerranéenne, est meilleur. C’est tout dire (. . .) » (1).
Tandis que le Ministre-Président du gouvernement flamand frise les 800.000 voix nominatives, le Président du MR Didier Reynders franchit, dans sa province, la barre des 100.000 talonné de près par un Michel Daerden qui rend au PS, le leadership des sièges dans la circonscription électorale de Liège. Les cantons germanophones ont à nouveau une présence, Kattrin Jadin, au niveau fédéral. ECOLO retrouve de la verdeur et le cdH garde l’espoir de jours encore meilleurs.

Le nombre d’électeurs s’est accru en province de Liège

En province de Liège, davantage d’électeurs se sont présentés au vote (661.712 contre 648.187 en 2003 – différence 13.529). Ils ont émis davantage de votes valables (624.459 contre 607.249 – différence 21.210). Seuls les partis atteignant la barre des cinq pour cent de votes valables, participent à l’attribution des sièges en sorte que 59.832 (9% 58) votes ont été écartés. Cette mesure adoptée, début du 21ème siècle, pour empêcher à la fois, la prolifération des « petites listes » farfelues et l’expansion de l’extrême-droite a eu des effets pervers, en 2003, en écartant toute représentation parlementaire d’Agalev.

Agalev, de 1999 à 2003, a constitué un groupe politique avec Ecolo, groupe dont le chef était la Liégeoise Muriel Gerkens. Sans l’apport d’Agalev – devenu aujourd’hui Groen -, Ecolo réduit à quatre élus n’a pu, de 2003 à 2007, constituer un groupe politique qui nécessite un minimum de cinq élus. Or former un groupe est important. En effet, « les groupes reçoivent des moyens financiers de la Chambre pour leur permettre de garantir le fonctionnement du groupe (rémunération du personnel, charges administratives, ...). La subvention actuelle s’élève à 46.707,12 euros par an et par député (montant pour 2006) » (2).

Attribution à la proportionnelle

Ce 10 juin, pour la Chambre, quatre formations, totalisant 564.627 suffrages, ont participé la répartition des 15 sièges attribués à la circonscription électorale de Liège. L’attribution s’effectue sur base de la loi sur la représentation proportionnelle adoptée le 24 novembre 1899 et proposée par le comte Paul de Smet de Nayer, chef du gouvernement catholique. « Le mode de calcul pour l’application du système de la représentation proportionnelle a été mis au point par le juriste belge Victor D’Hondt (1841-1901) » (3). Appliqué pour la première fois au monde, lors des élections de mai 1900 (catholiques 86 sièges – moins 26 -, libéraux 33 sièges, socialistes 32 sièges), le système D’Hondt est également utilisé, aujourd’hui, dans de nombreux pays.

Le chiffre électoral de chacune de ces quatre formations est : cdH 88.874 (en 2003, 91.469 – en 1999, 92.673), MR 190.699 (en 2003, 186.582 – en 1999, 140.196), PS 200.450 (en 2003, 216.293 – en 1999, 167.828), Ecolo 84.604 (en 2003, 46.026 – en 1999, 112.288). Les sièges sont attribués dans l’ordre dégressif des quotients obtenus par les divisions par 1, 2, 3 et suivant. Nous avons placés, entre parenthèses, les divers quotients.

Le système D’Hondt attribue au PS, le siège I (200.450), le siège III (100.225), le siège VII (66.816), le siège IX (50.112), le siège XIII (40.090), le siège XV (33.408), soit un total de six sièges (en 2003, six sièges – en 1999, cinq sièges).

Le système D’Hondt attribue au MR, le siège II (190.699), le siège IV (95.349), le siège VIII (63.566), le siège X (47.674), le siège XIV (38.139), soit un total de cinq sièges (en 2003, six sièges – en 1999, quatre sièges).

Le système D’Hondt attribue au cdH, le siège V (88.874), le siège XI (44.437), soit un total de deux sièges (en 2003, deux sièges – en 1999, trois sièges).

Le système D’Hondt attribue à Ecolo, le siège VI (84.604), le siège XII (42.302), soit un total de deux sièges (en 2003, un siège – en 1999, trois sièges).

La dévolution des sièges attribués

Le soir du 10 juin, les six sièges attribués au PS, ont été dévolus, dans l’ordre à Michel Daerden (classé 1er titulaire), Guy Coëme (classé 3ème titulaire), Marie-Claire Lambert (classée 2ème titulaire), Alain Mathot (classé 15ème titulaire), André Frédéric (classé 4ème titulaire) et Linda Musin (classée 5ème titulaire).

Le classement en voix nominatives des six candidats élus donne en 1- Michel Daerden 92.922 (en 2003, 55.565), 2- Guy Coëme 29.126 (en 2003, pas candidat), 3- Alain Mathot 24.574 (en 2003, à la 3ème suppléance 14.531), 4- André Frédéric 10.764 (en 2003, 12.780), 5- Linda Musin 9.851 (en 2003, 9.264), 6- Marie-Claire Lambert 9.096 (en 2003, 11.446). En voix nominatives, Marie-Claire Lambert est devancée par Thierry Giet, non élu, 9.675.

Les cinq sièges attribués au MR, ont été dévolus, dans l’ordre à Didier Reynders (classé 1er titulaire), Kattrin Jadin (classée 2ème titulaire), Daniel Bacquelaine (classé 3ème titulaire), Pierre-Yves Jeholet (classé 5ème titulaire), Hervé Jamar (classé 15ème titulaire).

Le classement en voix nominatives des cinq candidats élus donne en 1- Didier Reynders 102.762 (en 2003, 96.854), 2- Pierre-Yves Jeholet 20.046 (en 2003, à la 1ère suppléance, 13.228), 3- Hervé Jamar 19.235 (en 2003, 10.454) ; 4- Daniel Bacquelaine 18.435 (en 2003, 15.835), 5- Kattrin Jadin 14.765 (en 2003, pas candidate).

Les deux sièges attribués au cdH, ont été dévolus, dans l’ordre à Melchior II Wathelet (classé 1er titulaire), à Marie-Dominique Simonet (classée 2ème titulaire).

Le classement en voix nominatives des deux candidats élus donne en 1- Melchior VII Wathelet 28.538 (en 2003, 24.154), 2- Marie-Dominique Simonet 21.482 (en 2003, pas candidate).

Les deux sièges attribués à Ecolo, ont été dévolus, dans l’ordre à Muriel Gerkens (classée 1ère titulaire), Philippe Henry (classé 2ème titulaire).

Le classement en voix nominatives des deux candidats élus donne en 1- Muriel Gerkens 14.866 (en 2003, 6.865), 2- Philippe Henry 7.106 (en 2003, pas candidat). En voix nominatives, ils sont deux devancés par Jean-Michel Javaux – classé en 9ème suppléance – 23.599.

Qui siégera à la Chambre ?

Obtenir un siège à la Chambre le 10 juin ne signifie pas nécessairement que l’on va exercer le mandat de député jusqu’à la prochaine législature. Etre député n’est pas un boulot stable, d’aucuns le qualifient de «job Mac Do» (4). Certains candidats élus dans la circonscription électorale de Liège vont retourner à leurs « corps d’origine ».

Ainsi, au PS, Michel Daerden, sitôt sa prestation de serment de député fédéral – « Je jure d’observer la Constitution » - ira rejoindre sa charge de Ministre wallon et communautaire. Idem, au cdH, pour Marie-Dominique Simonet. Siègera à la Chambre, sur les bancs PS, le 1er suppléant élu avec 9.477 voix nominatives, en l’occurrence Thierry Giet coutumier du fait depuis le 28 juin 1995. Ce sera sa quatrième législature placée sous le signe de la suppléance !

Siègera à la Chambre, sur les bancs cdH, le 1er suppléant élu avec 5.103 voix nominatives, en l’occurrence Joseph George. Depuis 22 ans, il siège, dans l’opposition au Conseil provincial, depuis près de 20, dans l’opposition au Conseil Communal de Huy. Il a un espoir de ne pas siéger dans l’opposition à la Chambre. En effet, Yves Leterme – actuel Ministre-Président du Gouvernement flamand -, recordman (à la Tindemans, enfin un peu moins, l’ère de l’Etat-CVP est révolue) des voix de préférence (796.521) a promis que si le CD&V-NVA est au gouvernement fédéral, il y emmène sa « kleine zuster ». Auquel cas, le ministrable de la « kleine zuster », Melchior VII Wathelet serait susceptible de laisser son mandat de député fédéral à l’échevine de Herve, Marie-Martine Schyns, élue 2ème suppléante avec 6.814 voix nominatives. Il est encore trop tôt pour lui envoyer des fleurs . . .

En revanche, il est permis d’en envoyer à Isabelle Lissens, échevine de Huy. Elle suppléait Hervé Jamar, élu parlementaire wallon en juin 2004 mais empêché de siéger vu sa charge de Secrétaire d’Etat. Elu député fédéral, Hervé Jamar siègera en cette qualité et démissionne de son mandat de député wallon.

Reste en suspens, le mandat de Pierre-Yves Jeholet. Reviendra-t-il à ses premières amours parlementaires ? Elles datent du 14 juillet 2003 et ont duré moins d’un an. Délaissera-t-il le Saint-Gilles à Namur et l’Hôtel de Ligne à Bruxelles.
Nous aurions aimé le savoir mais sa ligne est en dérangement momentané !

Sénat, deux Liégeois élus, deux en espoir de l’être.

Après ce tour de Chambre, jetons un coup d’œil sur les élections au Senat.

- Sur la liste PS – 4 sièges obtenus -, titulaires et suppléants confondus, figuraient six Liégeois. Leur score va de 10.618 voix nominatives (Resi Stoffels) à 148.927 (Anne-Marie Lizin) en passant par 15.916 (Julie Fernandez-Fernandez), 25.405 (Christie Morreale), 35.270 (Gaston Onkelinx), 46.167 (Jean-Marie Happart). Seule Liégeoise élue, Anne-Marie Lizin. Anne-Marie Lizin, « une valeur-refuge » de l’avis de Jean-Maurice Dehousse.

- Sur la liste MR – 6 sièges obtenus -, titulaires et suppléants confondus, figuraient quatre Liégeois. Leur score va de
14.878 nominatives (Berni Colas) à 58.705 (Philippe Monfils) en passant par 20.332 (Charles Gardier), 27.502 (Isabelle Lissens. Aucun n’est élu. Toutefois, élu 1er suppléant, Philippe Monfils garde deux chances de siéger. La première celle du retour à la Commission européenne de Louis Michel, nonobstant le fait que celui-ci soit le 1er élu devançant largement avec ses 232.328 voix nominatives la tête de liste Armand De Decker (145.198). La seconde chance – mais elle est minime – est que le sénateur de communauté Alain Destexhe – né en Hors-Château, à Liège – élu sixième sénateur direct, avec 79.813 voix nominatives, abandonne ce mandat acquis le 10 juin et garde le statut de sénateur de communauté jusque juin 2009.

- Sur la liste cdH – 2 sièges obtenus -, titulaires et suppléants confondus, figuraient quatre Liégeois. Leur score va de 11.380 voix nominatives (Rodolphe Sagehomme) à 21.803 (Vanessa Matz) en passant par 15.727 (Mathieu Grosch), 17.040 (Dominique Drion). Aucun n’est élu. Toutefois, élue 1ère suppléante, Vanessa Matz garde une chance de siéger. Elle est que le sénateur de communauté Francis Delpérée élu sénateur direct, avec 109.399 voix nominatives, abandonne ce mandat acquis le 10 juin et garde le statut de sénateur de communauté jusqu’en juin 2009. Sans être dans les secrets de « kleine zuster », quoique Vanessa Matz soit distancé par Hamza Fassi-Fihri de 210 voix nominatives, il nous semble que l’éminent constitutionnaliste fera don de son mandat de sénateur direct à l’Aqualienne (5). En effet, un mandat d’échevin pourrait se libérer bientôt à Bruxelles, la présidente « kleine zuster » n’ayant actuellement plus besoin de sa « visibilité ». Cela peut paraître compliqué mais quand l’électeur ne fournit pas assez de voix pour faire élire trois sénateurs, faut faire avec ce qu’on a !

- Sur la liste ECOLO – 2 sièges obtenus -, titulaires et suppléants confondus, figuraient cinq Liégeois. Leur score va de 9.957 voix nominatives (Monika Dethier-Neumann) à 57.747 (Carine Russo) en passant par 11.507 (Murielle Frenay), 28.450 (José Daras), 48.422 (Jacky Morael). Le ministre d’Etat José Daras est élu grâce à l’effet dévolutif du « pot ».


Pierre ANDRE

(1) Cfr - « Liège 28 » – 7 juin 2007
(2) Fiche Info n° 10 – Chambre des Représentants.
(3) Fiche Info n° 9 – Chambre des Représentants.
(4) Cfr « Liège 28 »– 9 juin 2007
(5) Cfr « Proxi-Liège » du 27 mai 2007 – « Elections législatives fédérales du 10 juin »