• Visiteur(s) en ligne : 6
  • |
  • Visiteurs total : 3199887

Musique

Mis en ligne le 25/05/2007

A l’O.R.W., du 15 au 23 Juin


En onze ans, sous la direction générale de Jean-Louis Grinda (la photo), plus de cent quinze ouvrages différents se sont inscrits à l’Opéra Royal de Wallonie dans des programmations qui, assez souvent, sortirent des sentiers battus (trente-trois de ces cent quinze œuvres étant représentées pour la première fois).
En outre, Jean-Louis Grinda a lui-même mis en scène deux cycles complets de la Tétralogie de Wagner « L’anneau du Nibelung » et aussi plusieurs comédies musicales : « Chantons sous la pluie » (couronné d’un Molière parisien), le « Titanic », « Certains l’aiment chaud » ou « Georges (Simenon) et Joséphine (Baker) » ainsi que des opéras comme « I Pagliacci » ou « La Gioconda ».
Doté d’une culture lyrique acquise naturellement dès sa prime jeunesse, ce fils d’un directeur d’opéra et d’une cantatrice réussit à Paris une formation économique universitaire de haut niveau qui lui servit évidemment beaucoup en tant que gestionnaire d’une maison obligée de se battre pour recevoir des moyens équitables (l’O.R.W. n’obtenant que le tiers environ des subventions publiques octroyées dans ce domaine au T.R.M. à Bruxelles).
Ce qui nous a toujours profondément séduit chez Jean-Louis Grinda, c’est son amour de notre Cité.
Dans son dernier éditorial du bimestriel de l’O.R.W., (éditorial intitulé «Addio, mio bel Figaro »), après s’être réjoui de la « merveilleuse liberté » dont il a joui chez nous, Jean-Louis Grinda conclut cet ultime billet par ces lignes : « …il n’y avait qu’à Liège que tout cela pouvait être possible. Alors, merci Liège….et à très vite, tu me manques déjà ».
Certes, plus d’une décennie de direction générale représente une durée suffisante dans l’évolution d’une grande institution culturelle si l’on veille à sa rénovation permanente.
Mais il importe de souligner combien Grinda a contribué à la progression de la qualité artistique de l’Opéra Royal de Wallonie et tout particulièrement de son orchestre.
Grâce, en grande partie, à lui, notre opéra « provincial » est devenu une des maisons européennes dignes de servir très valablement le rayonnement d’une véritable métropole régionale culturelle (plutôt qu’une pseudo-« capitale »). Et ce ne sont pas les spectateurs de l’Eurégio qui nous démentiront.
Ce 15 juin, lors de la première de « Mefistofele », que Jean-Louis Grinda a choisi de mettre en scène comme point d’orgue à sa direction générale, nul doute que des éloges unanimes lui seront adressés.
A cette occasion, les Éditions Versant Sud publieront un livre de 144 pages écrit par Nicolas Blanmont et Serge Martin et illustré par les photos de Jacques Croisier.

Il s’intitulera : «L’Opéra Royal de Wallonie 1996-2007 LES ANNÉES GRINDA», ouvrage que les Amis de l’O.R.W. proposent en souscription à 20 € (au lieu de 25) avant la mi-juin (commande par fax 042210201 ou par courriel deffense@orw.be , en versant 5 € d’acompte au compte 240-0021632-05).
Enfin rappelons que Jean-Louis Grinda nous reviendra du 20 au 28 juin 2008 lors de sa mise en scène (réalisée par sa complice Claire Servais) du « Don Carlo » de Giuseppe Verdi.
Dès lors, point trop de nostalgie mais une reconnaissance amplement méritée.

Mefistofele

Après le « Faust » de Gounod présenté la saison dernière, voici une autre grande variation lyrique sur le thème immortalisé par Goethe. « Mefistofele » est un opéra monumental et totalement atypique, dont les scènes entraînent le spectateur du ciel à l'enfer, en passant par les bourgades allemandes de la Renaissance ou les limbes de la Grèce antique. Le pacte conclu entre Faust et Mefistofele ne débouche pas tant sur un drame amoureux (comme chez Gounod) que sur une interrogation métaphysique dont la dimension cosmique résonne d'emblée, magnifiée par un orchestre aux effets surpuissants et des chœurs envoûtants. Arrigo Boito, que la postérité connaît plus comme le librettiste des derniers opéras de Verdi (« Otello » et « Falstaff » notamment) que comme compositeur, signe un opéra où poésie musicale et poésie textuelle s'unissent dans un même élan. Boito s'affirme ainsi en brillant littérateur aussi bien qu'en compositeur talentueux.

Il offre en outre un rôle magnifique à la basse qui interprète le rôle-titre, et qui sera chez nous, Paata Burchuladze (la photo), l'une des plus belles voix qui soit dans ce registre.
Sous la direction musicale de Patrick Davin, qui a choisi de quitter Liège pour Bruxelles mais qui reste actuellement premier chef invité non seulement à l’O.R.W. mais aussi à Marseille, l’Orchestre, les Chœurs (dont le chef est Edouard Rasquin) et la Maîtrise (qui a comme responsable Jean-Claude Van Rode) de notre Opéra seront mis à l’épreuve dans la nouvelle production et la première à l’O.R.W. du prologue, des quatre actes et de l’épilogue de cette rareté du répertoire vériste qui sera donnée dans sa version remaniée à Bologne en 1875, après une création à la Scala de Milan le 5 mars 1868.
Dans des décors de Rudy Sabounghi, des costumes de Buki Shiff, une mise en lumières de Laurent Castaingt, « Mefistofele » sera interprété au Théâtre Royal de Liège, les vendredi 15, mardi 19, jeudi 21 et samedi 23 juin à 20 heures ainsi que le dimanche 17 juin à 15 heures.

Outre la célèbre basse géorgienne Paata Burchuladze (Mefistofele), la distribution comprend aussi l’excellente soprano néerlandaise Barbara Havemann (Margherita)(la photo), le ténor italien Antonello Palombi (Faust), la mezzo-soprano transalpine Tiziana Carraro (Elena), le ténor français Guy Gabelle et une mezzo bien de chez nous : Christine Solhosse.
Pour la dramaturgie, c’est Frédéric Roels qui apporte, une fois de plus, sa collaboration compétente au metteur en scène Jean-Louis Grinda.
Et c’est en citant celui-ci que nous conclurons. Dans un entretien avec Chantal Cazaux pour « L’Avant-Scène Opéra », Jean-Louis Grinda déclare :
« Mon désir de mettre en scène « Mefistofele » venait du fait que cela semblait sinon infaisable du moins très complexe. Ceci se plaçait bien dans la suite de mon travail sur la « Tétralogie » et représente le même type d’investissement intellectuel. Il faut s’intéresser à Goethe davantage qu’à Boito et cela rend l’œuvre extraordinaire. C’est une cosmogonie, un univers, et le travail du metteur en scène est non pas d’unifier – ce qui n’est pas le but de l’œuvre de Goethe – mais de présenter tous les enjeux fondamentaux de l’opéra. Il a une ambition européenne – un compositeur italien, un sujet allemand – et trouve sa place dans un moment du XIXe siècle qui tourne le dos à l’opéra national verdien, avec la « Scapigliatura » (avant-garde échevelée N.D.L.R.) transnationale. Le Faust de Goethe, lui, se place à une période charnière de l’Histoire, qu’il s’agisse du moment de son écriture ou de celui où se situe son personnage principal – juste avant les Temps Modernes. Il traduit donc une rupture. Si l’on voit cette rupture comme un moteur essentiel de la dramaturgie de Goethe et donc de Boito, cela devient plus clair. Placer chaque tableau dans une histoire générale qui ait un sens profond, voilà qui est motivant. »
Motivant comme un départ qui n’est pas tout à fait une rupture car «le plus Liégeois des Monégasques» nous gardera quelque part dans son cœur.





Jean-Marie ROBERTI