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Musique

Mis en ligne le 02/10/2005

Entendu pour vous: Anne Froidebise, Jean Ferrard, l'O.P.L. et Louis Langrée pour la clôture du "festival inaugural" de l'orgue rénové de la salle philarmonique

C’est ce dimanche 2 octobre après-midi que s’est achevé le Festival organisé pour fêter un événement musical et patrimonial très heureux pour notre Cité: le grand orgue de la salle philharmonique a bel et bien retrouvé sa voix.
Ce second concert avec l’orchestre, dirigé par Louis Langrée, a permis d’entendre en introduction, avec comme organiste Anne Froidebise, la « Fantaisie symphonique » que François-Joseph Fétis a écrite en 1866 (afin d’inaugurer le premier orgue de concert du Conservatoire qu’il dirigeait à Bruxelles) puis une grande œuvre que Joseph Jongen a composée en 1926-27 et qu’il a intitulée : « Symphonie concertante pour orgue et orchestre » (opus 81) avec, cette fois, comme soliste Jean Ferrard.
Il convient de souligner que l’exécution de telles œuvres a un caractère exceptionnel.
Il ne s’agit pas en effet de « classiques » qui reviennent régulièrement au répertoire d’un grand Orchestre Philharmonique comme une Symphonie de Beethoven ou, pour l’O.P.L., celle en ré mineur de César Franck. En vrais professionnels, les musiciens et leur chef ont cependant tenu, dans l’exécution de ces compositions, à approcher un degré de perfection aussi poussé que s’il s’agissait d’œuvres qu’ils auraient à répéter régulièrement. Le public l’a bien ressenti et leur en sait gré, l’estime à l’égard de Louis Langrée et des musiciens étant à présent plus manifeste que jamais.
En présentant sa symphonie, Joseph Jongen écrivait : « l’orgue, cet autre orchestre joue le rôle prépondérant qui lui revient ». Et François-Joseph Fétis déclarait avoir conçu « une lutte de deux grands orchestres ».
Et, en effet, dans sa « fantaisie », après s’être échangé de puissants accords, notre ensemble Philharmonique et son orgue rénové ont dialogué avant de se lancer ensemble dans une éblouissante cavalcade finale.
Professeur d’orgue de notre Conservatoire et militante active de la sauvegarde et de la promotion de notre patrimoine organistique, Anne, la fille du toujours très estimé compositeur et organiste liégeois Pierre Froidebise (prématurément disparu à 48 ans alors qu’Anne venait d’en avoir 12) avait enregistré l’œuvre de Fétis en 1987.
La qualité de l’orgue et celle de l’orchestre ayant beaucoup progressé ces dix-huit dernières années et la maîtrise d’Anne Froidebise s’étant encore épanouie, la beauté du concert, enregistré par la R.T.B.F. et qui sera diffusé le jeudi 20 octobre à 20 h. sur Musiq3, s’en trouve magnifiée.
L’ élégance de la soliste ne résidait pas seulement dans son ensemble veste-pantalon beige clair mais elle s’affirmait bien davantage encore dans la maîtrise d’un orgue dont la puissance sonore a été utilisée au même niveau que celui atteint par un orchestre philharmonique.
Et c’est le professeur d’orgue au Conservatoire de Bruxelles, Jean Ferrard (la photo) , qui a conclu le Festival. Dès 1997, pour l’a.s.b.l. « S.I.C. » (Sauvegarde des Instruments de musique à Claviers), il fut l’auteur du projet de restauration de l’orgue Pierre Schyven, rédigea le cahier des charges et assuma, avec d’autres, la surveillance des travaux.
La Symphonie concertante de Jongen se veut gigantesque : elle a été conçue pour l’agrandissement à 451 jeux ( le grand orgue rénové à Liège en compte 55 !) de l’orgue des magasins Wanamaker à Philadelphie, inauguration avortée en raison du décès du commanditaire, le sieur Rodman Wanamaker. Elle fut cependant jouée en 1928 au Conservatoire de Bruxelles et, en 1935, au Carnegie Hall de New York. « Laissez-moi vous dire combien mon vieux cœur de musicien et de Wallon fut réjoui, ému, conquis par votre nouvelle symphonie » écrivit le célèbre violoniste liégeois Eugène Ysaye à Joseph Jongen .
Celui-ci fit débuter son œuvre par une fugue puis, après un motif très vif, a inséré un mouvement très lent, mais remarquablement expressif, avant de conclure par une puissante toccata, au thème répété dans une sorte de mouvement perpétuel. Après avoir interprété avec l’orchestre cette œuvre monumentale, Jean Ferrard fit encore applaudir les trois facteurs d’orgue, principaux artistes de la restauration de l’orgue, MM. André et Dominique Thomas de Ster-Francorchamps et M. Georg Westenfelder de Lintgen au Grand-Duché.
Puis, un grand festival d’orgue ne pouvant se concevoir sans rendre au maître le plus éminent de la polyphonie l’hommage qui naturellement lui revient, Jean Ferrard joua une des innombrables cantates de Jean-Sébastien Bach.
Ainsi se termina, de la meilleure façon, sept jours de récitals, de concerts, de visites guidées qui auront permis aux Liégeoises et aux Liégeois de redécouvrir un grand orgue enfin digne de la splendeur de leur salle philharmonique.





Jean-Marie Roberti