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Musique

Mis en ligne le 12/03/2007

Entendu pour vous : des «Ballets russes» qui intéressent et font rêver à encore plus d’audacieuses coopérations artistiques à Liège !


Je suis allé écouter sept fois les concerts du Festival « Les ballets russes » organisé du 3 au 11 mars par l’Orchestre Philharmonique de Liège sous la direction musicale de Pascal Rophé: Satie et Poulenc le samedi 3, Borodine et Falla le dimanche 4, des mélodies du début du XXème siècle chantées par la québécoise Hèlène Guilmette le mardi 6, le « dessous des quartes » lors duquel Claude Ledoux présenta le « Sacre du Printemps » le mercredi 7, les deux concerts du vendredi 9 : Liadov et Balakirev d’abord, Debussy et Schmitt ensuite et, point d’orgue, le dimanche 11 après-midi, Stravinsky dont « le Sacre » fut dansé par la compagnie Heddy Maalem.
Nous avons, comme l’écrivait, dès après le premier concert, le chroniqueur de « La Libre Belgique » Nicolas Blanmont, apprécié un « orchestre de Liège en bonne forme, dirigé attentivement par un Pascal Rophé décontracté ».
La complexité du répertoire symphonique des années 1909-1926 est particulièrement appréciée par Pascal Rophé qu’il s’agisse de compositeurs russes comme Borodine, Balakirev, Liadov et surtout bien sûr Stravinsky ou bien de compositeurs français tels Debussy, Poulenc, Satie et Schmitt.
L’Orchestre philharmonique de Liège a des racines plus anciennes (qui concernent aussi la musique des XIX et XVIIIèmes siècles) à la fois françaises, certes mais aussi germaniques, comme le fut notre Principauté épiscopale.
Des cordes aux cuivres, en passant par les percussions (qui, elles, nous ont paru parfois un peu trop bruyantes), l’adaptation fut remarquable et la gageure réussie le samedi 3 mars après-midi (avec notamment la Parade de Satie et les Biches de Poulenc), le dimanche 4 (avec le Tricorne de Falla succédant aux danses polovtsiennes de Borodine qui nous rappelèrent la publicité des pneus Kléber-Colombes qui, lors des premières années de la seconde moitié du siècle dernier, sponsorisaient les concerts de musique classique de l’orchestre de Radio-Luxembourg ), le mercredi 7 mars lors de l’interprétation par l’O.P.L. du « Sacre du printemps » introduit par un Claude Ledoux assurément très érudit mais éloigné du charisme d’un Langrée (qui, dans ce genre d’exercice, rendait ses auditeurs littéralement plus intelligents) et le vendredi 9 mars à 18 heures 30’ et 20 heures (avec les russes Liadov et Balakirev puis avec le Prélude à l’après-midi d’un faune et les Jeux de Debussy ainsi que la terrible tragédie de Salomé de Florent Schmitt).
La durée des trois œuvres interprétées le samedi 3 mars à 15 heures atteignait au total 49 minutes, celle du dimanche 4 à la même heure 45 minutes et celles du vendredi 9 de 30 puis de 54 minutes, entrecoupées de près d’une heure d’entracte. Plusieurs réflexions d’auditeurs regrettaient d’aussi courtes prestations et, par contre, une aussi longue interruption.
Autre remarque : l’inadaptation de l’offre à la demande. Je ne suis pas un grand admirateur des règles du marché mais au XXIème siècle, que ce soit au niveau économique ou dans le domaine culturel, il est souhaitable que ce qui est proposé corresponde à ce qui souhaité.
Trop de personnes auraient voulu assister au récital de la cantatrice québécoise Hélène Guilmette « chez la princesse de Polignac » dans les salons du Palais des Princes-Évêques mais ils durent se contenter de la Salle philharmonique dont l’atmosphère était bien plus éloignée de salons princiers (même si j’ai beaucoup apprécié une chanteuse qui a terminé son éclatante prestation en second bis par une très belle composition de Gilles Vignault).
Quant à la compagnie de ballet Heddy Maalem, ses deux représentations du Sacre du Printemps de Stravinsky (interprété par l’Orchestre Philharmonique) durent, dans le manège de l’ancienne caserne Fonck rue Ransonnet (où, dimanche après-midi 11 mars, s’avéra déficient l’accueil de spectateurs, contraints à de longues files d’attente) être portées à trois ce qui fut encore très loin de satisfaire les demandes de places.
Par contre, la Salle philharmonique s’avéra bien moins remplie que d’habitude lors des concerts des 3, 4 et 9 mars. Si gouverner ou diriger, c’est prévoir, encore convient-il lorsque les prévisions ne se concrétisent pas de s’adapter aux données nouvelles.
Un second récital dans le même ou dans un autre salon liégeois était-il impossible pour la soprano d’outre-Atlantique ?
Et pour la compagnie Maalem, sortir des habitudes du Théâtre de la Place pour gagner d’autres lieux comme le country hall, par exemple, était-ce inenvisageable ?

On peut en outre se demander si ce n’est pas se servir de Stravinsky plutôt que le servir, de présenter son Sacre du Printemps comme une œuvre reflétant l’identité africaine du début du XXIème siècle plutôt que l’éclatement sauvage du printemps dans la plaine russe au début du siècle dernier ? Et ce n’est pas mettre en cause les qualités et le dynamisme des six danseuses et des sept danseurs africains que préférer voir servir un chef d’œuvre plutôt que s’en servir. Une autre réflexion entendue : ce festival « Ballets russes » est un festival sans ballet et quand, par exception, il y en a un, il n’est pas russe.
En tout cas, personnellement, ce à quoi je rêve, c’est à des responsables culturels liégeois qui jouent ensemble et mettent tous les atouts artistiques de notre cité au service d’un même objectif.
Jean-Pierre Rousseau écrit : « A vrai dire, il faut être un peu fou – mais c’est la marque de Pascal Rophé et de l’OPL !- pour avoir imaginé de livrer en deux week-ends une telle profusion de chefs d’œuvre». Ce n’est pas faux et nous pouvons lui en savoir gré.
Les Ballets russes étant à la fois musique, danse, décors, costumes, etc…, il aurait cependant été plus « fou » encore de mobiliser pendant huit jours non seulement l’O.P.L., le Théâtre de la Place, le Musée d’Art moderne et d’Art contemporain, l’Ecole d’Hôtellerie ou le Service des Plantations de la Ville (ce qui est déjà bien) mais en outre l’Opéra Royal de Wallonie, le Conservatoire royal de musique et d’art de la parole, l’Académie des Beaux-Arts et/ou Saint-Luc, plusieurs autres musées et théâtres et aussi engager un grand Ballet… russe.
Reconstruire les décors des ballets, leurs costumes, reconstituer des chorégraphies, voilà qui serait de nature à créer un évènement dont le retentissement rejaillirait sur notre Cité.
Point ne devrait être besoin d’attendre l’inauguration de la nouvelle gare des Guillemins (voire de ses abords) pour oeuvrer ensemble de la manière la plus large possible.
Un début de démonstration a été donné par ce Festival les Ballets russes (comme par l’ORW et le Théâtre Arlequin lors du meilleur spectacle de cette saison que fut le Bourgeois gentilhomme) : puisse celle-ci être encore élargie et développée.





Jean-Marie ROBERTI