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Enseignement

Mis en ligne le 09/03/2007

Cri d’alarme du directeur de l’Ecole d’Hôtellerie et de Tourisme de la Ville de Liège


Gérard Georges, directeur de l’école d’Hôtellerie et de Tourisme de la Ville de Liège depuis 1990 et qui a bien géré son établissement qui fête cette année ses 80 ans et lui a donné une réputation internationale, est également un fameux défenseur de l’enseignement officiel et de l’enseignement de qualité tout cours. Aussi s’inquiète-t-il lorsque la ministre de l’Enseignement Maria Arena lui demande, ainsi qu’à d’autres collègues, de réfléchir sur un projet de décret qui lierait , notamment en matière de financement et de décisions en matière de cours pratiques, l’enseignement hôtelier au secteur HORECA (constitué à près de 60 % de cafés). Et c’est que pour répondre à la ministre, les directions des écoles hôtelières ont à peine un mois. Voyant un danger réel pour l’enseignement de qualité qu’il défend (mais suivi aussi par d’autres directions d’école comme Spa, Namur, Fleurus) Gérard Georges lance un véritable cri d’alarme. Nous vous le proposons ci-dessous. Parce que demain , ils ne faudrait pas que les écoles hôtelières de qualité et plus particulièrement celles de l’enseignement officiel, ne soient plus que des centres de formation dans lesquelles le secteur Horeca (60 % de cafés) aurait tout pouvoir.

Gaston LECOCQ

«Un protocole d’accord ET un accord de partenariat Enseignement –HORECA, oui . Mais pas à n’importe quel prix !» dit Gérard Georges à la ministre Marie Arena

Je pense qu’un protocole d’accord d’une part et un accord de partenariat d’autre part entre les écoles hôtelières et les organismes responsables du secteur HORECA sont indispensables.

Depuis plus de 10 ans, nous collaborons, notre école hôtelière de Liège et les entreprises du secteur, sur base d’un code de bonne conduite et sur base d’une convention de stage qui n’ont jamais posé de problème.
Il est évident qu’un texte général approuvé par les différentes parties devient indispensable si nous voulons légaliser nos collaborations d’autant plus que les métiers de l’alimentation sont tous particulièrement porteurs d’emplois.

Respect mutuel et franche collaboration

Le protocole d’accord.
Le texte tel que proposé a le mérite d’exister car il évoque le respect mutuel et la franche collaboration entre les écoles hôtelières et le secteur HORECA.

L’accord de partenariat ENSEIGNEMENT-HORECA.
Certains articles nous donnent à penser que c’est le secteur HORECA qui impose ses règles et ses profils de formation au sein de nos écoles hôtelières.
Les parents confient leurs enfants au secteur de l’Enseignement car ils savent que l’école remplit différentes missions telles que l’éducation d’abord et la formation ensuite.
L’entreprise hôtelière quant à elle n’a pas le temps de se consacrer à l’éducation des jeunes. Elle doit former au plus vite et tout le facteur HUMAIN, indispensable en hôtellerie est forcément négligé.

Ne vendons pas nos élèves pour du matériel

Une lecture rapide de l’accord de partenariat nous fait comprendre que, pour être aidées financièrement, les écoles devront obligatoirement signer cet accord de partenariat.
De l’argent pour les écoles qui signeront ce protocole. Et les autres ? Cette constatation nous fait craindre une véritable discrimination entre les écoles signataires qui seront plus riches et les écoles non-signataires qui resteront pauvres.

L’enjeu n’est pas la synergie école - entreprise mais le pouvoir de l’entreprise sur l’école.

Le secteur va progressivement s’immiscer dans nos écoles avec, à la clef, le pouvoir.
Qui paie, décide ! Ce constat nous l’observons ici d’une manière flagrante.
Nos propositions d’amendements
1. Pour le Protocole d’accord : pas de remarque
2. Pour l’accord de partenariat enseignement -HORECA : plusieurs remarques ou amendements
- Article 13 : (activités ouvertes au public au sein de l’école)
Ajouter en fin d’article :
D’autres activités avec ouverture au public seront organisées dans l’intérêt de l’école (mini-entreprise – banquets des stages – retrouvailles des anciens …)
- Article 22 : (prestations hors école)
A supprimer car nous avons plus de 3 prestations par année scolaire (activités « Resto du Cœur » -Télévie - armée - Palais royal - Palais provincial - Hôtel de Ville… )
- Article 24 : (seront soutenues financièrement uniquement les écoles qui signeront)
A supprimer car les aides financières doivent être valables pour tous (signataires de l’accord ou non)
- Article 25 : (HORECA imposera les formations au sein des écoles)
A supprimer car c’est avant tout l’enseignement qui est maître des initiatives en matière d’éducation et de formation au sein de nos écoles.

En conclusion

Les grandes écoles hôtelières de tradition dont l’école hôtelière de Liège qui a été la première école du secteur créée en 1927 (80 ans) ont toujours maîtrisé les matières liées à l’enseignement et la formation.
Ces grandes écoles, qui sont peu nombreuses en Belgique et qui ne doivent pas être confondues avec les écoles polytechniques, ont toujours entretenu d’excellents rapports avec les responsables du secteur HORECA.
L’évolution des secteurs de l’enseignement d’une part et de la formation d’autre part sont axées sur des synergies de plus en plus fortes entre l’enseignement et la formation.
Cependant je redoute une intrusion du secteur HORECA dans nos grandes écoles hôtelières qui devraient signer un accord de partenariat pour obtenir des subsides supplémentaires.
D’accord pour signer cet accord pour autant que l’école reste maître de ses apprentissages, ce qui entraîne une nouvelle écriture de certains articles. A défaut l’école ne sera plus école.
Elle deviendra un centre de formation parmi d’autres, un centre où l’humain n’est plus considéré à sa juste valeur.
Je devine que la Ministre et les représentants de la Communauté française (enseignement de la CF) et du Segec (enseignement libre) signeront cet accord de partenariat avec les secteurs car cette signature entraîne l’obtention, de facto, de moyens financiers supplémentaires.
Je suggère que le CPEONS (enseignement des Communes et Provinces) et ses représentants ne tuent pas nos écoles en signant aveuglement le texte tel que présenté.
Cette signature annonce en effet la mort lente des grandes écoles hôtelières francophones.

G.Georges
Directeur de l'Ecole d'Hôtellerie et de Tourisme de la Ville de Liège