• Visiteur(s) en ligne : 8
  • |
  • Visiteurs total : 3199259

Musique

Mis en ligne le 01/08/2005

ENTENDU POUR VOUS: « Musique en fête » au 48ème « Festival de Stavelot »

Ce dimanche 31 Juillet, nous avons assisté aux six prestations musicales programmées en introduction du 48ème Festival de Musique de Chambre de Stavelot qui se déroule jusqu’au 13 Août.Malgré un temps morose, la journée fut excellente.
Le matin, à 10 h. 30’, en l’église primaire Saint-Sébastien (dont nous avons admiré l’élégant orgue Korfmacher de 1841, avec aux claviers Ghislain Zeevaert), huit charmantes sopranes de la classe de chant de Greta de Reyghere au Conservatoire de Liège (Florence Huby, Aurore Hustinx, Marie Jennes, Barbara Menier, Marie-Caroline Lefin, Natacha Polet, Gwendoline Spies et Sarah Verhoeven) ont talentueusement incarné « Les Demoiselles de Port Royal » dans des extraits de la messe composée pour cette abbaye par Marc-Antoine Charpentier. Sous la direction de Jérôme Lejeune, à la basse de viole, et avec l’accompagnement d’Edward Vanmarsenille, à l’orgue positif, ces œuvres écrites en latin pour les religieuses (telles quatre chants de l’ordinaire de la célébration du jour et cinq motets parmi lesquels la « prière pour le Roi ») ont - à l’occasion de cette traditionnelle « messe des artistes », ouvrant le Festival de Musique de Chambre de la cité de Saint-Remacle – enthousiasmé un très large auditoire.
Ensuite à midi, en la Salle François Prume de l’Abbaye, près d’une cinquantaine d’interprètes d’instruments à vent ou à percussion de la Royale Harmonie « Zur Alten Linde » de Weywertz, sous la direction de Robert Sarlette, ont démontré à nouveau le degré d’excellence auquel peuvent accéder, grâce à leur intense formation, les meilleurs des musiciens « amateurs » de notre Communauté germanophone. Le concert débuta par un hommage à René Defossez, né à Spa il y a cent ans. Après l’exécution de sa « Marche triomphale », l’adagio de Barber fut remplacé par un lied de Schubert. L’ « Ouverture festive » du bernois Stephan Jaeggi séduisit par sa richesse harmonique. Nous avons ensuite redécouvert avec plaisir la « symphonie militaire » du musicien révolutionnaire franco-wallon François-Joseph Gossec (1734 – 1829) et les « Danses villageoises d’André-Modeste Grétry, danses dont une fut reprise en second bis, après que nous ayons pu apprécier le troisième mouvement de la première partie des « danses arméniennes » d’Alfred Ried.
Après-midi au réfectoire des moines
L’après-midi, les deux concerts de musique de chambre, retransmis en direct par la R.T.B.F. sur Musiq’3, se déroulèrent dans l’admirable « Réfectoire des Moines » (ou « Salle du Chapitre » aux remarquables stucs blancs sur murs rose pâle).
A 15 heures, deux brillants lauréats belges du Concours Reine Elisabeth, aujourd’hui professeurs au Conservatoire de Bruxelles, le pianiste Jean-Claude Vanden Eynden (aujourd’hui très grisonnant) et la violoniste Véronique Bogaerts interprétèrent deux sonates pour violon et piano, dans l’ordre inverse de celui prévu au programme. D’abord, les quatre mouvements (largo, allegro, andante et rondo « allegretto ») de la sonate en si bémol majeur K 454 de Wolfgang Amadeus Mozart puis (œuvre moins connue) les trois mouvements (moderato malinconino, andante sostenuto e misterioso et allegro con brio, ma non troppo mosso) de la troisième sonate en la mineur opus 25 « dans le caractère populaire roumain » de Georges Enesco, ce compositeur et brillant violoniste (parisien d’adoption) de la première moitié du siècle dernier (1881 – 1955). Ces prestations de grande qualité firent l’unanimité d’un public très majoritairement composé de connaisseurs habitués du Festival.
A 16 heures 30’, cette unanimité ne se maintint que pour l’interprétation par le pianiste liégeois Marcel Cominotto et la grande (en taille, comme en talent) chanteuse helvète Eva Oltivanyi de « Trois Lieder » pour soprano et piano (Abenlied – opus 107 n°6 -, Mein Schöner Stern – opus 101 n°4 – et Mondnacht – opus 39 n°5) ainsi que pour les trois mouvements (très rapide à jouer avec une expression passionnée,





assez lent et vigoureux et très marqué) de l’œuvre pianistique « Phantasiestücke » (opus 111) de Robert Schumann. En effet, contrairement à celles du compositeur romantique allemand de la première moitié du XIXème siècle, les œuvres choisies par notre concitoyen, Professeur de notre Conservatoire, Michel Fourgon, né à Liège il y a 37 ans, dont la musique « n’est jamais tonale » ne furent pas positivement appréciées par tous. Comme d’autres auditeurs, nous sommes restés insensibles à ses « deux instantanés » pour piano (portrait de Marcel Cominotto, créé par lui-même, et comptines du fils du compositeur, « Lichter Punkt » : point lumineux) comme à ses deux compositions pour soprano et piano (« La nuit » et « Les Poissons n’ont pas de conversation » dont l’humour - que mon épouse a, elle, goûté avec plaisir - n’est, sans aucun doute, nullement à notre portée, musicale ou non).
Une très belle « histoire » de soldat
A 18 heures, après cette demi-déception, nous sommes retournés dans la Salle François Prume, où nous étions assis derrière le président et fondateur du Festival de Stavelot : Raymond Micha. A 95 ans, il conserve le privilège de l’enthousiasme et fut le premier à se lever pour ovationner l’interprétation de « L’histoire du soldat » d’Igor Stravinsky. Dix jeunes artistes du Conservatoire de Liège, formant le groupe « Polygone Musiques » (trois talentueux comédiens : Aurélie Salmon, la lectrice, François Neycken, le soldat et Fanny Gillard, la diablesse, ainsi que sept excellents musiciens : la brillante Ryo Mizota, violoniste, entourée de six garçons : Nicolas Lehembre, contrebassiste, Philippe Leblanc, clarinettiste, Hervé Degée et Michaël Tambour, joueurs respectivement de basson et de cornet à pistons, Thierry Istas - ou bien Adrien Lambinet ? les programmes varient, bien fol est qui s’y fie…-, tromboniste et Pierre Depuis, percussioniste virtuose), placés sous les directions musicale et scénique de leurs professeurs Patrick Baton et Vincent Goffin, ont rendu vie à une suite musicale, composée par Igor Stravinsky, sur un texte d’un écrivain suisse bien connu : Charles-Ferdinand Ramuz et créée, sous la direction du célèbre chef d’orchestre Ernest Ansermet, au Théâtre municipal de Lausanne, le 28 septembre 1918, époque où (même en Helvétie) mieux valait se contenter du maigre effectif des théâtres de foire plutôt que de grandes distributions comme l’avait été celle , pour Stravinsky - avec le danseur Diaghilev - du « Sacre du Printemps » en 1913. Ce conte moralisateur (« contentez-vous du bonheur qui vous échoit ») et gentiment fantastique constitue un divertissement de qualité, bien servi par des jeunes (presqu’) aussi enthousiastes que Raymond Micha.
Enfin, vers 20 heures, la convivialité, caractéristique du Festival de Stavelot, se confirma dans les caves romanes, toujours aussi impressionnantes de l’Abbaye et, en particulier, dans celle agréable des « Blancs-Moussis ». Un barbecue de bonne qualité fut, en effet, accompagné musicalement par le Trio Jean-Luc Rousseau dont le répertoire, inspiré par les variétés et le jazz du XXème siècle, et les interprétations plurent à beaucoup, même si tout cela restait – lors d’un moment de détente - fort éloigné de la Musique de Chambre dont la grande tradition se maintient donc heureusement sur les bords de l’Amblève.





Jean-Marie Roberti