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Musique

Mis en ligne le 25/09/2005

O.P.L. Inauguration de la saison 2005-2006 et du grand orgue restauré.

Un beau cadeau pour l’inauguration du grand orgue restauré de la Salle Philharmonique: neuf invitations dont sept… gratuites! A partir de ce lundi 26 septembre...

Après les « Nuits de Septembre » et une ouverture « impériale » de sa saison 2005-2006 – avec les 21, 22 et 24 Septembre, à Eupen, à Liège et en la Cathédrale de Laon, un programme lors duquel l’Orchestre Philharmonique jouera, sous la direction de Louis Langrée, du Beethoven (un extrait de Fidélio, la 5e Symphonie et, avec le jeune et brillant pianiste bulgaro-liégeois Peter Petrov, le 5e Concerto dit « l’Empereur »), – un Festival inaugural animera, du lundi 26 septembre au dimanche 2 octobre, la Salle du Boulevard Piercot, heureuse de retrouver enfin les milliers de tuyaux, refaits de neuf et soigneusement harmonisés, du seul grand orgue de concert fonctionnant dans notre pays.
Cette renaissance, me direz-vous, en me rappelant mon article précédent, a coûté à la seule Wallonie près de 20 des quelque 25 millions d’anciens francs belges (environ 605.000 €) nécessaires à ce travail de promotion de notre patrimoine musical.
À cette générosité régionale répond celle de Jean-Pierre Rousseau, directeur général de l’OPL, qui a organisé ce Festival inaugural d’une semaine en veillant à ce que sept des neuf manifestations programmées soient gratuites.
C’est évidemment, au sens propre, exceptionnel.
N’hésitez dès lors pas à venir découvrir cet orgue remarquable en réservant vos places : 25, Boulevard Piercot à 4000 Liège (tél. : 04 220 00 00)
Le programme.Du lundi 26 au jeudi 29 à 18h30, lors de quatre premières soirées gratuites, quatre organistes présenteront deux douzaines d’interprétations et dévoileront (le 29) « quelques tuyaux sur l’orgue », en en illustrant le fonctionnement par des improvisations.
Le 26, Benoît Mernier (né à Bastogne il y a une quarantaine d’années, ancien étudiant du Conservatoire liégeois où il professe actuellement et, à présent aussi, compositeur d’un opéra commandé par le Théâtre de la Monnaie) jouera la brillante Toccata du Liégeois Joseph Jongen, l’Allegro de la 6e Symphonie de Widor (qui, successeur de César Franck à la tête de la classe d’orgue du Conservatoire de Paris, vint, précisément avec sa 6e Symphonie, inaugurer le 1er mars 1890 l’orgue aujourd’hui rénové) et – outre deux de ses cinq « inventions » – des œuvres de Duruflé, Alain et Franck (le 2e Choral).
Le lendemain, le picard Stéphane Detournay, docteur en musicologie de l’Université de Lille et enseignant à Tournai et Mons (un des experts choisis pour la rénovation de l’orgue de la Salle Philharmonique) interprétera, outre deux de ses Esquisses grégoriennes et une improvisation, la transcription par Liszt du prologue de l’Orphée de Gluck mais surtout des œuvres poignantes : d’une part, celle d’un autre « successeur » de César Franck (cette fois à l’orgue de l’église parisienne de Sainte-Clotilde), Charles Tournemire qui composa 51 offices liturgiques basés sur des thèmes eux aussi grégoriens (on entendra ses Supplications et fugue modale de la Messe du neuvième dimanche après la Pentecôte) et, d’autre part, cinq des 14 stations du Chemin de la croix du compositeur Marcel Dupré, spécialiste encyclopédique de Jean-Sébastien Bach durant l’entre-deux-guerres.
Mercredi, c’est le rédacteur des programmes de l’OPL qui sera, c’est bien son tour, au… programme.

Éric Mairlot (la photo) , né à Liège le 20 août 1968, admire le regretté Hubert Schoonbroodt et les orgues Cavaillé-Coll de Toulouse et de Caen mais il doit souvent se contenter de celui de Chênée (deux claviers et aujourd’hui 16 jeux, œuvre en 1871 du facteur Arnold Clérinx, « baroquisée » par André Thomas en 1973). Il ne se trouve cependant pas en permanence à Saint-Pierre (non pas à la Basilique romaine mais en l’église du centre de Chênée) ni au Boulevard Piercot puisque, dans l’« actualité » le concernant, nous lisons :
« récitals à New York (Saint-Thomas), Liège (Abbaye des Bénédictines), Paris (Notre-Dame d’Auteuil, avril 2005), San Francisco (Cathédrale St Mary, juillet 2005) ; récital trompette et orgue avec Guy Touvron (Festival du Comminges, août 2005) ».
Éric Mairlot a choisi les six œuvres suivantes (en commençant par deux compositions de célèbres titulaires des orgues de Notre-Dame, non plus d’Auteuil mais de Paris où il rêve de jouer en récital) :
Berceuse improvisée à la mémoire de Louis Vierne de Pierre Cochereau (1973) ;
Toccata de Louis Vierne (1926) ;
Les mages (et leur lente procession), avant-dernier épisode de « La Nativité du Seigneur » d’Olivier Messiaen (1935) ;
Le 3e Choral de César Franck (dernière composition avant son décès en 1890) ;
Mon cuer, my fire, première œuvre pour orgue inspirée (par une chanson de Gilles Binchois au XVe siècle et par une composition contemporaine des « Doors »…) au professeur au Conservatoire de Liège, Michel Fourgon, né la même année qu’Éric Mairlot (cette création lui a été commandée par l’association des « Amis de l’Orchestre Philharmonique de Liège ») ;
et enfin la Sonata eroïca de Joseph Jongen (1930).
Les jeudi 29 et vendredi 30, Thierry Escaich se trouvera en tête d’affiche.
Né il y a quarante ans, à Nogent-sur-Marne, il improvisait à l’orgue, tout « en faisant des bals » à l’accordéon dès l’âge de sept ans ! Il devient professeur au Conservatoire de Paris en 1992, titulaire en 1997 (à la suite de Maurice et Marie-Madeleine Duruflé) du prestigieux grand orgue parisien de Saint-Étienne-du-Mont. Il est actuellement compositeur en résidence à l’Orchestre National de Lille (avec lequel, sous la direction de l’Américain Paul Polivnick, sera d’ailleurs créé à Liège, le 4 février de l’an prochain, le nouveau Double concerto pour violon, violoncelle et orchestre d’Escaich avec, en solistes, les frères Renaud et Gautier Capuçon).
Dès 2002, sous la direction de Pascal Rophé (qui succédera l’an prochain comme directeur musical à Louis Langrée), l’OPL a enregistré (chez Universal/Accord) le Concerto pour orgue, la Symphonie concertante avec piano et la 1re Symphonie du même Thierry Escaich qui a remporté le Diapason d’Or 2002 puis, la même année, le « Grand Prix des Lycéens » et, en 2003, une « Victoire de la musique classique ».
Jeudi, ce compositeur vous dévoilera, en nonante minutes de dialogue et d’improvisations illustratives de haut vol, « quelques tuyaux » et pas mal de petits secrets relatifs au fonctionnement de cette drôle de machine que sont de grandes orgues.
Vendredi (à 20 heures), notre Orchestre Philharmonique, sous la conduite de Louis Langrée se confrontera, publiquement, pour la première fois, à ses orgues rénovées que tiendra, à nouveau, Thierry Escaich qui débutera par des improvisations pour orgue seul.
Ensuite, il interprétera, avec l’orchestre, son propre Concerto pour orgue que l’OPL avait enregistré à Liège tandis qu’Olivier Latry le faisait sur les orgues de Notre-Dame à Paris, avant que soient ajoutées les parties orchestrales. Il n’y aura plus d’acrobatie de ce genre, ce 30 septembre : l’Orchestre, Louis Langrée et le compositeur se retrouveront sur la même scène.
Et ce concert (un des deux qui ne seront pas gratuits avec celui de dimanche après-midi) se clôturera par la célèbre 3e Symphonie « avec orgue » de Camille Saint-Saëns, composée en 1886 et jouée en ouverture de la soirée inaugurale des orgues de Pierre Schyven à Liège le 1er mars 1890.
Journée faste, familiale et, à nouveau gratuite, le samedi 1er octobre avec, de 13h30 à 18h, un « Buffet à volonté » (buffet d’orgue principalement puisque Thomas Deserranno jouera, à 15h et à 17h, six œuvres célèbres) puis, dès 20 heures, un ciné-club avec un film-muet… surprise, accompagné par les improvisations de l’un des titulaires actuels des grandes orgues de Notre-Dame de Paris, Philippe Lefebvre.
Thomas Deserranno, né à Liège en 1978, est un des facteurs d’orgues qui a participé à la restauration de l’orgue. Il jouera en première partie le Minuetto des Dix pièces pour orgue d’Eugène Gigout (compositeur du début du siècle dernier), puis la transcription du» de Tchaïkovski et sa propre transcription d’extraits des célèbres Carmina Burana de Carl Orff. En seconde partie, il interprétera la Fantaisie en mi bémol de Saint-Saëns, ensuite sa transcription d’extraits du fameux Carnaval des animaux du même compositeur et, enfin, le Prélude et fugue sur B.A.C.H., hommage rendu par Liszt, en 1855, lors de l’inauguration de l’orgue de la cathédrale de Merseburg, œuvre étincelante, au romantisme exacerbé, qui prend appui de manière renversante sur les quatre notes fournies par le nom BACH : si bémol , la, do et si bécarre.
De 1910 à 1930, les cinémas accompagnaient les films muets par de la musique d’orgue qui pouvaient même imiter sirènes, klaxons, bruits de vaisselle ou souffles de vent…
Le 1er octobre à 20h, l’OPL projettera un grand classique du cinéma muet (son titre reste à découvrir), accompagné d’une improvisation musicale en direct. C’est le Nordiste Philippe Lefebvre, titulaire depuis 20 ans des orgues les plus prestigieuses : celles de Notre-Dame de Paris, qui fera honneur à Liège par cette création en direct . Philippe Lefebvre est aussi membre du comité d’accompagnement de la restauration de l’orgue Schyven.

Enfin, le dimanche 2 octobre à 15h, ce Festival inaugural se clôturera par une prestation de l’OPL, dirigé par Louis Langrée, avec comme solistes aux claviers la Professeur d’orgue de notre Conservatoire, Anne Froidebise (la photo) ainsi que l’auteur et coordinateur de la restauration de l’orgue Schyven : Jean Ferrard, son collègue du Conservatoire de Bruxelles.
La fille de feu le grand musicien et organiste liégeois Pierre Froidebise, elle-même membre de la Commission royale des Monuments, Sites et Fouilles de la Région wallonne, jouera la Fantaisie symphonique pour orgue et orchestre de François-Joseph Fétis, œuvre qu’elle a enregistrée il y a 18 ans. Cette composition est conçue comme « une lutte de deux grands orchestres », l’orgue pouvant en être un à lui seul. Le rôle de la soliste culmine dans une « chasse » finale.
Enfin, Jean Ferrard rejouera une œuvre qu’il a interprétée en 1990 avec l’OPL et Alexandre Myrat : la Symphonie concertante pour orgue et orchestre du compositeur wallon Joseph Jongen. Le célèbre violoniste liégeois Eugène Ysaye, présent, en 1928, lors de la création de cette composition, affirmait « c’est une musique qui parle, exprime, chante, intéresse constamment, suscite l’enthousiasme ». Il concluait : « …c’est un chef d’œuvre ! ».

Ce Festival inaugural sera, en tout cas, l’occasion ou jamais d’apprécier l’apport de l’orgue à notre musique classique. N’hésitez pas à y goûter .
Réservation souhaitéedu lundi au vendredi de 12h30 à 17h30, dès le 12 septembre prochain, au 25 boulevard Piercot à 4000 Liège (tél. : 04 220 00 00) pour chacune des prestations gratuites comme pour les deux payantes (5, 10, 15 ou 25 €) des 30 septembre et 2 octobre.





Jean-Marie Roberti