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Musique

Mis en ligne le 23/09/2005

ENTENDU POUR VOUS : Le premier des trois concerts d'ouverture de l'O.P.L

Le meilleur « Ambassadeur de Liège » - notre Orchestre Philharmonique - ovationné en Communauté germanophone et consécration de notre concitoyen l’étincelant pianiste Peter Petrov

Notre première soirée d’automne, ce mercredi 21 septembre, nous avons écouté les trois œuvres de Beethoven choisies pour les trois concerts d’ouverture de la saison 2005-2006 de l’Orchestre Philharmonique de Liège, placé sous la baguette de son directeur musical, Louis Langrée, avec, comme soliste, le pianiste Peter Petrov (ci-contre).
Avant la « rentrée » plus officielle et protocolaire de l’O.P.L. au Boulevard Piercot à Liège, ce jeudi 22, et une nouvelle prestation, ce samedi 24 septembre, au Festival de Laon – dans la prestigieuse Cathédrale de l’ancienne ville haute - c’est dans la plus modeste salle de concert de la « Jünglingshaus » à Eupen et dans le cadre du treizième festival de l’Est de la Belgique, (l’ « Ostbelgien Festival » qui, du 9 avril au 5 novembre 2005, propose seize prestations très diversifiées et souvent très justement commentées par le directeur artistique, Hans Reul) , qu’a eu lieu le premier de ces trois concerts d’ouverture.
J’ai souvent entendu dire, à juste titre, que notre Orchestre Philharmonique est « le meilleur Ambassadeur de Liège ». Encore serait-il souhaitable que les élus politiques liégeois, notamment celles et ceux qui font partie de son Conseil d’administration l’accompagnent plus souvent dans ses déplacements et utilisent à bon escient ses qualités pour améliorer, notamment sur le plan culturel, les relations extérieures du « Pays de Liège ».
A Eupen, par exemple, cela aurait été l’occasion de discuter avec la jeune ministre de la Culture de la Communauté germanophone, Isabelle Weykmans, des coopérations entre Liège et cette institution, petite certes mais très dynamique, particulièrement dans le domaine musical.
De longues et enthousiastes ovations des mélomanes de l’est du Royaume ont suivi les interprétations des deux principales œuvres du programme.
Le pianiste Peter Petrov a même été invité à donner un « bis » pour lequel il choisit la très belle cantate 147 de Jean-Sébastien Bach qui s’appellerait (lisons-nous) « Herz und Mund und Tat und Leben ». Dans une retranscription de Ferrucio Busoni ? J’ai oublié de le demander.
L’Orchestre interpréta d’abord la quatrième et dernière version des ouvertures du seul opéra de Beethoven : « Fidelio » (les versions précédentes étant intitulées « Léonore »). Cette œuvre, assez brève, exprime les résolutions de son héroïne, le mystère menaçant qu’elle perce et déjoue puis, enfin, l’éclat de son triomphe. Cette introduction au romantisme constitua une agréable « mise en bouche » avant le festin dont allaient se régaler les convives de cette soirée avec deux des chefs d’œuvre, les plus connus et – néanmoins - les plus remarquables, du plus grand génie musical viennois du premier quart du 19ème siècle : les cinquièmes Concerto pour piano et orchestre ( en mi bémol majeur, opus 73 ) et Symphonie (en ut mineur, opus 67) de Ludwig van Beethoven (compositeur allemand, d’ascendance malinoise, né à Bonn en décembre 1770 et décédé à Vienne le 26 mars 1827, atteint d’une surdité progressive dès la fin du 18ème siècle mais devenue totale huit ans avant sa mort). Le cinquième concerto pour piano et orchestre, intitulé par certains « L’Empereur », fut écrit en 1809 alors que Vienne était occupée par les troupes napoléoniennes. La cinquième Symphonie date, elle, de 1808. Alors, Beethoven n’avait pas atteint la quarantaine mais bien, les sommets de son génie.$

Le Concerto de l’Empereur

Cet ultime concerto pur piano s’avère réellement impérial par la majesté de ses thèmes et l’ampleur de ses développements. Ses trois parties (Allegro, Adagio un poco mosso, Rondo, Allegro) s’enchaînent l’une à l’autre, les deux dernières sans interruption.
« L’Empereur » débute par une sorte d’improvisation du piano puis l’orchestre expose des thèmes d’une vaste ampleur que le piano reprend ensuite pour dialoguer. La deuxième partie s’affirme comme une sereine et admirable cantilène d’abord esquissée par l’orchestre puis ornée et commentée par le pianiste. Des derniers accords de ce mouvement lent surgissent, peu à peu, d’abord avec quelque hésitation, des notes qui, tout à coup, bondissent et forment le thème d’une forme de rondeau héroïque, thème qui constitue la base d’un très brillant final.

Nous n’avons pas discuté avec Louis Langrée(ci-contre) mais nous nous sommes demandés pourquoi, après le Festival Beethoven de l’O.P.L. en 2004 et les interprétations de cette œuvre en la Salle Philharmonique de Liège en 1999 et 2002, il a décidé d’inscrire le Concerto de l’ Empereur au programme des trois soirées de rentrée de notre Orchestre Philharmonique, pour sa dernière saison comme directeur musical ? Nous voyons à cette question trois réponses qui ne s’excluent pas.
D’abord, il apprécie les grandes qualités de cette composition ; ensuite, il a éprouvé l’envie de la diriger ; enfin, il a trouvé à Liège un soliste avec lequel il a souhaité réaliser ce désir.
En mars 2004, dans le cadre du Festival Beethoven, la F.N.A.C. avait suggéré un jeune collaborateur du Conservatoire Royal de Liège pour interpréter la 32ème sonate pour piano de l’illustre musicien allemand. C’est à ce moment que Louis Langrée l’a entendu et qu’il a, sans doute, résolu de travailler avec lui en une importante occasion.
L’harmonie entre les musiciens de l’Orchestre, leur chef et le soliste est en tout cas apparue à Eupen excellente. L’échange entre eux s’est avéré remarquable : le soliste s’est intégré à un orchestre dont la respiration s’est accordée à la sienne. Peter Petrov a allié une évidente puissance à une constante musicalité, une virtuosité éblouissante à un sens harmonique sans défaut. Il a provoqué l’enthousiasme du public mais aussi le vif plaisir de musiciens qui l’applaudirent spontanément et la très souriante satisfaction de Louis Langrée, manifestement ravi de ce qui est une confirmation : en effet, Liège compte en Peter Petrov (né en 1974 à Sofia d’une maman médecin qui avait fait en ce mois de septembre 2005 le déplacement pour l’écouter à Eupen, Liège et Laon) un nouvel artiste de très haut niveau dont notre Ville peut être fière puisqu’il a choisi dès 1996 d’étudier puis de rester professionnellement sur les bords de la Meuse (dans un appartement situé sur un de nos quais, tout en répétant ses prestations sur le plus beau piano Steinway de … Beyne-Heusay) et de travailler au sein de notre Conservatoire. C’est assurément pour celui-ci une recrue prestigieuse que nous aurons encore souvent le plaisir de réécouter (par exemple en juillet et août 2006 aux Festivals luxembourgeois de Wiltz puis liégeois de Stavelot).
Le pianiste Peter Petrov rejoint ainsi parmi les grands solistes liégeois un violoniste qui, lui, a été formé en Russie, et non Bulgarie, mais qui a également fait, il y a de longues années, le choix de Liège pour y vivre avec sa famille : il s’agit du violoniste Boris Belkin qui a souvent été invité comme soliste par l’O.P.L.

Pom, pom, pom, pom…

Ainsi que nous l’écrivions ce 13 septembre, dans notre article de présentation de ce concert Beethoven, avec la Cinquième Symphonie, les trois coups de la saison 2005-2006 de notre Orchestre Philharmonique seront quatre, ceux du Destin. L’O.P.L. et son Directeur musical ont confirmé leur parfaite maîtrise de ce chef d’œuvre retraçant un combat profondément humain.
Notre orchestre et son chef, qui n’est pas seulement charismatique pour les musiciens et séducteur pour leur public mais qui s’avère en outre un merveilleux musicien et un rare pédagogue, ne seront pas cette année les meilleurs Ambassadeurs de Liège seulement en Communauté Germanophone. Ils le seront aussi une demi-douzaine de fois au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles ainsi qu’à Rotterdam, Genève, Zagreb, Vienne (où notamment le Bourgmestre de notre Ville et le Gouverneur de notre Province les accompagneront dans le prestigieux Musikverein le 20 octobre) puis au Théâtre des Champs Elysées à Paris, dans la nouvelle salle philharmonique de Luxembourg, au Palais des Beaux Arts de Charleroi, au Vrijthof de Maastricht, à l’Auditorium du Nouveau Siècle à Lille, sans oublier un retour en Communauté germanophone, cette fois à Saint-Vith.
En tout cas, mercredi soir à Eupen, il n’aurait pas fallu beaucoup insister pour faire dire à nombre d’auditeurs : « Ich bin ein Lütticher ! »…. Que le génial Beethoven, que l’O.P.L, un de ses deux Concertmeisters, Richerd Piéta et l’ensemble de ses musiciens, que leur chef Louis Langrée et que le pianiste Peter Petrov en soient chaleureusement remerciés.
Je conclus cet article au moment où d’autres longues ovations, sur Musiq3 de la R.T.B.F., confirment en la Salle Philharmonique de Liège, ce jeudi 22 septembre à 22 heures 10’, l’éclatant succès de ce concert Beethoven d’ouverture de la saison de l’O.P.L., saison qui se poursuivra par le Festival inaugural du nouvel orgue.





Jean-Marie Robert