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Société

Mis en ligne le 24/09/2005

Quartier Saint Léonard : "Espace Tremplin ": un rebond contre l’exclusion

C’est une ASBL de quartier à deux pas de l’esplanade Saint Léonard. Son nom « Rebonds » Elle vient de bénéficier d’un coup de pouce social de la part de la Province de Liège et plus particulièrement du secteur « Formation » qu’à en charge le député permanent André Gilles. Un département créé en 2001 par la Province. Une volonté politique d’implanter des sas de réinsertion scolaire en province de Liège. Le premier « Tremplin » était créé à Huy en 2003 avec l’ASBL « Aux sources ». La province de Liège compte quatre espaces « tremplin ». Liège, Huy, Verviers, Flémalle. Sur l’ensemble de la province, c’est 150 jeunes qui bénéficient de cette formule sociale et éducative de réinsertion.
Financièrement, « Rebonds » reçoit prioritairement une reconnaissance de fonctionnement par la Communauté Française, éventuellement une subsidiation, ce qui est le cas ici et la Province apporte « un plus ». En l’occurrence paye le traitement d’un poste enseignant temps plein
Concrètement, une trentaine de jeunes ayant entre 12 et 18 ans, bénéficient d’un encadrement social, pédagogique, culturel et même affectif. Dans le sens où il s’agit de leur reconstruire une personnalité, de transformer des exclus de l’école en jeunes reprenant pas à pas le chemin de la société. Evelyne, Joëlle, Hugues, Pierre, Géo, sont les enseignants et animateurs un peu particuliers de « Rebonds », sans oublier la coordinatrice Dominique Chandelle. Ils et elles, ne sont pas simplement enseignants.
Ils remodulent une confiance « ados adultes ». L’équipe a des pratiques professionnelles complémentaires : enseignant, éducateur, assistant social, psychologue.

Les décrocheurs

Le décrochage scolaire a de multiples facettes. Entre 5000 à 8000 jeunes pris dans cet engrenage, en Communauté française. Cela concerne aussi bien ceux qui ne vont même pas à l’école. Ils sont un dossier d’inscription mais ne matérialisent pas leur présence. C’est aussi de l’absentéisme à des degrés divers. Brosser quelques cours, brosser quelques jours, passer voir les copains… Un tourisme scolaire qui fait des dégâts. Pour eux- même et pour les autres. Violence intra muros, et violence de rue s’interpénètrent. Tous ne deviennent pas délinquants, tous passent par une exclusion d’eux-mêmes qu’ils prennent pour une révolte. C’est aussi à partir de cette révolte, canalisée qu’il faut leur faire comprendre qu’être le leader, le chef, le caïd c’est en réalité être responsables des autres… « Ils ont l’habitude d’entendre tu la fermes, ici nous leur demandons de s’exprimer. Il y a un travail de jeux de rôle. Nous travaillons sur l’ici et le maintenant. C’est quoi prendre le pouvoir ? En quoi est tu bon ? Nous pratiquons la dynamique de groupe. Nous travaillons sur leur image d’eux-mêmes. »
On les appelle « les décrocheurs » nouveau mot du jargon social qui masque une souffrance. Garçons, filles. Davantage de garçons certes, il y a un noyau dur de deux tiers de garçons, mais quand une fille décroche, elle y va fort…Elles peuvent être plus rebelles.
L’école….autrement pour y retourner plus sereinement
D’une certaine manière, le passage par Rebond, cela correspond un peu aux étudiants qui ont abandonné la filière normale d’un établissement scolaire et préparent le jury central avec une autre motivation et un autre accompagnement.
« Nous travaillons avec un petit nombre. Des expériences ont été tentées avec des groupes de 12. Cela a été un échec. C’était trop. Les groupes fonctionnent à 9 maximum. Ce n’est pas le club Med scolaire. Il y a une grille horaire, des cours, des ateliers. Ils viennent ici 4 jours semaine de 8H30 à 16 heures. Le mercredi, cela c’est incontournable ils retournent à l’école. Nous avons des contacts réguliers avec les conseils de classe. »
L’ASBL Rebond ne s’adresse évidemment pas à des jeunes qui ont des problèmes que l’école, la famille, les amis et eux-mêmes arrivent à régler. D’une manière un peu barbare, lourde et administrative, les jeunes ciblés ont fait l’objet d’un décret concernant « les discriminations positives ». Décret du 30 juin 1998, modifié par un décret du 12 mai 2004. « Articles 30,31 et 31 bis »
Il s’agit de mineurs d’âge, moins de 18 ans ayant atteint l’âge de 12 ans et qui sont dans une situation d’être exclu par leur école. Ce n’est pas la première fois, c’est même parfois la troisième, la quatrième, voire la cinquième… Aucune école ne veut de ce genre de mouton noir et il ne sert à rien de tenter dans un cadre scolaire normal et classique, un nouvel échec prévisible. Il y a les autres, qui ne sont pas exclus par leur école mais qui en sont carrément absents… L’école de la rue a ses mérites, elle a aussi ses dangers.
Il n’est pas question au niveau social et politique de tomber dans le piège de « l’irrécupérable ». Les ASBL comme Rebond ont comme objectif final de réinsérer les jeunes dans une école.
Précisons, que les jeunes qui frappent à la porte de « Rebond », le font en connaissance de cause, sans pression judiciaire, avec l’accord et la collaboration des familles. Mais ils doivent respecter une charte interne. Un code de comportement. Dans le cas contraire, mais il y a bien entendu des étapes d’évaluation, ils ne peuvent « foutre le bordel ». En moyenne, un jeune reste deux mois au sein de l’ASBL, cela peut aller jusqu’à 6 mois reconnaît Dominique Chandelle. « Il y a aussi des jeunes que nous réorientons ailleurs. Des jeunes en mauvaise santé, de jeunes toxicomanes ne sont pas parqués chez nous. »
« C’est aussi découvrir l’environnement du quartier, ses espaces sportifs, culturels. Ce n’est pas un hasard si nous utilisons le mur d’escalade, si nous les emmenons à des expositions, si nous leur faisons découvrir le respect de leur patrimoine. »
Echec, réussite, efficacité ? Chaque jeune qui réintègre une école est un succès. 50%, 75%, les chiffres divergent selon les ASBL. Cela reste un combat à chaque rentrée scolaire pour qu’un jeune ne pourrisse pas sur le trottoir.

Espace Tremplin- ASBL Rebonds71 rue Vivegnis, 4000 Liège. Tel 04.225.95.96. Courriel:rebonds.asbl@swing.beAccès bus 1, 4, 24, 5, 7






Jean-Pierre Keimeul