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Reportage

Mis en ligne le 03/07/2006

Vu et Lu pour vous: : «Le premier pas» et «Regards et espoir»


La « première » a eu lieu à Huy, fin juin, ville où les réfugiés albanais sont intégrés dans la cité, avec l’appui incontestable de la bourgmestre Anne Marie Lizin. Anne Marie était là, bien là avec ses convictions à l’emporte pièce et son dynamisme constructif. La veille de la projection les auteurs du film et du livre avaient rencontré l’actuel premier ministre d’Albanie, Sali Berisha à Bruxelles.

Berisha, l’ancien cardio du dernier dictateur

Un personnage. Ancien cardiologue personnel du dictateur communiste Henver Hodja, il avait déjà été au pouvoir et compromis dans le scandale des pyramides bancaires de 1992 à 1997. Sa réélection en 2005 face à l’ancien marxiste socialiste Fatos Nano est-elle un gage de stabilité ? A droite sur l’échiquier albanais, jouant le populisme il fut un temps partisan de la « grande Albanie » prônée par le régime fasciste italien…

Une aspiration à l’indépendance

Les albanais de Huy n’étaient guère présents à la projection. Mais il y avait ce soir là un grand mariage de 300 personnes… Le film d’une durée de 30 minutes, émouvant, dur, fait peur, nous plonge dans le quotidien d’une Région qui aspire à devenir un pays. Pour le meilleur, car le pire toute la population du Kosovo l’a déjà vécue.
Pour l’instant, le Kosovo constitue une espèce de protectorat protégé par les contingents de l’ONU mais faisant toujours partie de l’entité « Serbie Monténégro ». Or le Monténégro beaucoup moins peuplé vient de réaliser son référendum qui en fait un nouvel état sur le fil du rasoir. Moins de 60% des votes pour l’indépendance Monténégrine…

Un regard liégeois

Journaliste, photographe, cinéaste, ils sont belges, plutôt liégeois et même Hutois. Le documentaire, « Le premier pas » a été réalisé par Etienne Hansez et Stéphane Schommer. Il ne déparerait pas une programmation à la RTBF et sur Arte.

C’est le Kosovo de cet été, nous sommes loin des frappes de l’Otan, des émeutes albanaises s’attaquant aux minorités serbes et roms.
Mais ce sont toujours des images des forces de l’ONU avec les bérets français, les usines qui se rouillent sur place, la pollution industrielle manifeste comme cela se passe dans la région voisine de Macédoine à forte population albanaise où des gosses sont victimes des émanations de fonderies de plomb et zinc à Veles.

Une économie maffieuse

A Gyrokaster en Albanie les grosses voitures Mercedes croisent les charrettes et les ânes. Sur le territoire du Kosovo étonne le nombre de pompes à essences… Cette multiplicité des pompes à essence qui blanchissent l’argent maffieux de la drogue et de la prostitution.
Drogue, prostitution, économie souterraine s’évoquent à mots couverts par des officiels en costumes gris cravate qui feraient des parfaits sosies de la nomenklatura soviétique des années soixante.
Ce sont des témoignages, des paysages, des bouffées d’espoir, des coups dans l’estomac quand on a l’impression d’être dans une réalité plus proche de la Wallonie des années trente que ne l’étaient le Kosovo sous Tito et l’Albanie sous Henver Hodja.

Une naïveté politique évidente

Le film a une naïveté politique évidente, essaye de bric et de broc de montrer des images de vie multi ethnique possible, n’évite pas les discours de propagande ni les malaises.
Particulièrement lorsque le film s’attarde sur une ancienne partisane de l’UCK qui fleurit les tombes et parle de reprendre les armes si l’indépendance n’est pas obtenue…

La fraîcheur c’est la rencontre des petits bouts dans les écoles, ceux qui n’ont pas connu la guerre, les affrontements entre serbes et albanais.
C’est aussi la débrouille qui fait sourire mais est grave pour l’avenir. Un médecin produit sa vigne, rêve de l’exportation européenne et avoue qu’il gagne beaucoup moins à exercer la médecine…
Ce sont des bandes de jeunes qui déambulent, forment les troupes naturelles de tout affrontement ethnique. Deux adolescents tués en 2004, cela avait entraîné une chasse aux serbes et l’incendie de 40 églises orthodoxes…

La population la plus jeune d’Europe

La population du Kosovo est la plus jeune d’Europe et il y a 50% de chômage. Le niveau des études a considérablement baissé. La majorité des jeunes diplômés ont manqué de stages, de formations. Ils ont fait partie d’une génération se scolarisant en albanais dans des écoles parallèles ou la prise de conscience nationaliste prenait le pas sur la qualité de l’enseignement. Mais si en Croatie, en Bosnie, la nostalgie culturelle yougoslave existe, les jeunes albanais la réfutent. Ils attendent beaucoup de l’Europe, espèrent étudier en Italie et les « bons de sortie » sont dans les mains de la maffia…

Des « retours » au compte goutte

Quelques familles serbes reviennent au compte goutte. Retrouvent leurs maisons dévastées, leurs appartements occupés mais se sentent au Kosovo chez eux, comme un pied noir se sentait en Algérie… Humainement cela fait une belle image, statistiquement c’est nul.
Le même phénomène se passe en Croatie constate « le courrier des Balkans » même si des discours apaisants sont prononcés et mettent en évidence les respects des minorités serbes en Croatie et des minorités croates en Serbie….

L’irrationnel au pouvoir

Mais Belgrade par rapport au Kosovo reste dans l’irrationnel. La grande plaine où les serbes ont été vaincus par les ottomans, le rite des processions…C’est encore plus dingo que les nostalgiques du nationalisme flamand à la tour de l’Yser « Le Kosovo est et restera toujours une partie de la Serbie » s’époumone le premier ministre serbe en s’invitant au Kosovo le 28 juin, jour de la fête de Vidovdan, célébrée par le calendrier orthodoxe serbe et bulgare. Nous sommes au monastère de Gracanica et les autorités du Kosovo doivent même arrêter une centaine de protestataires.
Pour Agim Cecu qui a succédé au charismatique Ibrahim Rugova récemment décédé et dont le documentaire nous montre les obsèques, « le gouvernement et moi-même n’étions pas en situation ni de permettre ni d’interdire la visite de Monsieur Kosturica. Je ne répondrai pas à la provocation et je considère sa visite comme uniquement pour motif religieux »

La condition des femmes occultée

Quel avenir pour le Kosovo ? Les images du film oscillent entre réalité brute et espoir. Il y a aussi un non dit, finalement regrettable. C’est le recul indéniable de la condition de la femme albanaise. Aussi bien au Kosovo, en Macédoine, en Albanie. Lors des élections les patriarches mettent dans l’urne les bulletins de vote des femmes. Pas question qu’elles entrent dans le bâtiment électoral, elles restent sur le seuil. Les coups, les mauvais traitements que subissent les femmes albanaises, il suffit chaque année d’ouvrir les dossiers que constitue Amnesty International ou la cours des droits de l’Homme d’Helsinki. Sans le respect des femmes, il n’y aura jamais de paix et de démocratie véritable.

Un beau livre…diplomatique

Didier De Hoe et Philippe Luc, journaliste au « Jour » ont réalisé un beau livre de portraits en noir et blanc.

Un livre à deux mémoires : des photos d’aujourd’hui, avec des personnes d’hier qu’ils avaient rencontrées au début de l’été 1999, les frappes de l’OTAN étaient toutes chaudes… Ils se sont envolés pour Pristina en janvier 2006, « les enfants ont grandis, les ados sont devenus adultes, certains sont morts, d’autres sont nés, s’ils ignorent tout du devenir de leur patrie, tous semblent oser croire en un avenir meilleur »
Ce beau livre est cher, non pas pour nous quoique… 30 euros. Mais aucun albanais qui s’y retrouve ne pourra se l’offrir. Par contre et Anne Marie Lizin le soulignait avec justesse, ce livre est un pont et doit être offert, distribué, vendu à tous les fonctionnaires internationaux, à ceux et celles qui ont un pouvoir de décision pour que demain le Kosovo soit synonyme d’avenir…

Le film « Le premier pas »peut être projeté dans des foyers culturels par des ASBL. Contact 0476/75.26.05
Le livre « Regards et espoirs » se trouve dans les librairies hutoises « Raconte moi » et « La Dérive ». On peut aussi l’obtenir par souscription auprès de l’éditeur da press http://www.da-press.info

-Contact GSM 0495/770448 et 0474/26.70.03





Jean-Pierre Keimeul